Il est aujourd’hui plus que jamais impossible de faire l’impasse d’une réflexion sur l’architecture pour répondre à un état général de la société.
Les réponses apportées ne peuvent se limiter à ses travers consuméristes, aux attentes du moment et aux effets de mode.
J’apprécie la disponibilité, attitude qui consiste à poser un regard particulier sur chaque sujet, pour explorer les contenus mal énoncés et révéler la demande et son cadre.
Il s’agit pour moi de proposer un contenu et une réponse « sur mesure » plutôt que du «prêt à construire » et créer l’univers de pensée propice à générer une atmosphère inédite.
Cette atmosphère inédite charge le projet de sensations, de sens, de sensualité, d’un supplément d’âme indispensable corollaire à la technicité d’un projet.
Au-delà d’une réponse rationnelle, ou d’une recherche effrénée sur l’expression formelle, il s’agit de mettre en mouvement une réflexion autour du projet susceptible de répondre aux sujets d’actualité.
Pour que l’architecture continue à être le vecteur de réponses adaptées à l’évolution de notre société, elle doit traduire des prises de position affirmées sur des sujets aussi importants et variés que le développement durable, la densité, la mixité programmatique, la mixité sociale, les réponses aux variations climatiques…
La diversité des sujets abordés n’est pas synonyme de dispersion mais implique au contraire un regard autonome dans une production collective pour une implication plus forte dans la société.
La forme et le fond, l’idée et le toucher, l’atmosphère et la réalité sont des assemblages nécessaires pour plus de sensualité, plus de fluidité, plus d’efficacité, plus de légèreté aussi.
Il s’agit par un acte concentré autour de ses priorités de charger la production architecturale par plus de densité.
Il s’agit de mettre en suspension la matière, de révéler par des contrastes, une succession de passage, une alternance de moment de sérénité, de tension, proposer successivement des élancements colorés, des moments de silence.
Efficacité et économie des matières développées, c’est là que je situe notre travail d’architecture. Nous faisons appel à des formes génériques simples et des étalages de matières uniques et restreintes à leur expressivité juste. Cette expressivité peut-être faussée par l’excellence et l’efficacité de l’image et tourner le dos aux usages et espaces de l’homme. Et c’est là que je réagis en ranimant la discipline du plan, de la réponse simple et visuelle, chargée d’intimité poétique et d’esprit constituant d’abord des réponses inattendues.
Je veux des espaces en plein lumière, des densités indéfinissables et inachevées, des limites précises et pénétrées, des actions possibles à tout moment, des latitudes non répertoriées.
Et contrairement aux dessins d’ambiance qui semblent si précis quand les études sont floues, je veux donner du flou aux contours précis de mes installations, les imprimer d’atmosphères et de couleurs légères qui les font flotter dans un territoire mis en mouvement.