Un bâtiment administratif sur le plateau du Kirchberg, Luxembourg
22 335m² de bureaux, concours 2009
Maître d'ouvrage : Fonds de Compensation au Regime Général de Pension
Architecte : Architectures Anne Démians
Directeur de projet : Philippe Monjaret
Chef de projet : Alain Sabounjian
Equipe : Martin Mercier, Stéphane Bauche, Pierre Lelièvre
BET Economiste : Setec batiment
BET Structure : Setec batiment
BET Fluide Electricité : Alto Ingénierie
HQE : Alto Ingénierie
Perspective : Artefactory, Martin Mercier, Cong Chen
Surface : 22335m² SHON
Coût : 65M€

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En juin 2009, des astrophysiciens ont réussi à suivre la trajectoire d’un astéroïde aperçu au voisinage de la terre, jusqu’à son explosion dans l’atmosphère.
Des milliers de fragments ont été éparpillés sur la planète. L’un d’eux, le plus important jamais arrivé sur la terre, a télescopé le plateau de Kirchberg, à Luxembourg, en plein jour.
Minuit, le 21 juin 2009. Un point mouvant s’affiche sur l’écran. Un astéroïde frôlerait-il la planète ? Les trajectoires sont calculées. Aucun doute n’est possible. L’astéroïde file à une vitesse phénoménale vers la terre. Il devrait heurter son point de chute vers 13 heures et devrait se désagréger à son entrée dans l’atmosphère. Hypothèses devenant certitudes, la terre sera bien percutée. Un bulletin est alors immédiatement publié, qui fait le tour du monde. Les mails pleuvent: «Impact ce soir».
Les télescopes du monde entier sont mis à contribution pour suivre le projectile. Une heure avant l’impact, l’objet se dissimule dans l’ombre de la terre. Et, à l’heure dite, l’astéroïde fait son entrée dans l’atmosphère à 40 000 km/h. Sous le choc, il se disloque.
L’explosion est gigantesque. Des fragments, innombrables, sont suivis et observés dans l’espace. La lueur n’échappe pas aux satellites météorologiques, ni aux témoins au sol. L’astéroïde a du fendre le ciel avant d’exploser dans un bruit de tonnerre. Histoire incroyable : en arpentant la zone du plateau de Kirchberg, les volontaires devaient découvrir, là, un caillou de plusieurs dizaines de mètres de long et de centaines de tonnes, fendu généreusement en son centre. «Et dire que ce morceau de roche voyageait encore, il y a quelques heures, dans l’espace».  Il fut conclu qu’il s’agissait d’un uréilite (astéroïde à forte teneur en carbone), astéroïde extrêmement rare.
On avait, en effet, jamais ramassé des uréilites aussi peu denses, percés d’espaces et de lumières. Contactant l’atmosphère, il s’était totalement recouvert d’une surface lisse et pâle, translucide et perforée en tout point. Sa blancheur inhabituelle, sa silhouette si étonnement parfaite et la douceur de ses arêtes, lui valurent le nom de « Princesse Grace». Il semblait avoir scellé son destin, en s’arrêtant là, sur le plateau.
L’astéroïde venait de retrouver la légèreté filante de l’aventure de son voyage. Cette absence de pesanteur que l’atmosphère semblait lui avoir définitivement retirée, à son entrée dans l’univers terrestre. Elle était désormais un corps céleste habité, grâce à l’exceptionnelle porosité de sa matière et à la richesse incomparable de sa surface.
L’évolution du plateau de Kirchberg est liée au développement des institutions européennes du Luxembourg. C’est la conjonction d’une demande toujours plus importante de bureaux et la volonté de créer plus « d’urbanité » qui a amené depuis 1991 les aménageurs à prévoir une densification du tissu urbain.
La chambre de commerce construite par Claude Vasconi est le premier bâtiment édifié sur ces directives. Ce bâtiment, particulièrement réussi comme exemple d’une densité aérée et fluide, présente la particularité d’offrir la perception d’un bâtiment unitaire constitué de plusieurs corps de bâtiments avec un CMU de 5.
Sur la parcelle limitrophe, le concours a pour objet la construction d’un bâtiment administratif avec un CMU de 2,5...
Le complexe administratif s’installe sur la parcelle sans éparpillement. Son identité se nourrit tout à la fois des tensions à l’échelle du plateau de Kirchberg et de sa situation remarquable face à une place publique. Par des interrelations morphologiques et d’orientations, le bâtiment s’inscrit dans la continuité du paysage déjà largement dessiné par Dominique Perrault à travers la réalisation de la Cour de Justice des Communautés européennes et de ses deux tours emblématiques du renouveau du plateau de Kirchberg.  (cf plan général du plateau de Kirchberg ci-dessus)
En effet, cet anneau rectangulaire est constitué de deux corps principaux, qui par leur disposition selon un axe nord-ouest/sud-est, se trouvent dans la continuité des bâtiments administratifs de la cour de justice et font le lien avec les corps de bâtiment de la chambre de commerce. Par sa disposition contenue et homogène en apparence, le bâtiment constitué de 4 entités, est disposé face à la place publique comme un objet flottant, tout à la fois léger et dense, avec un atrium en son coeur. Cet état d’apesanteur des corps de bâtiments, permet d’ancrer le complexe administratif dans son rapport aux espaces publics ainsi libérés et reliés les uns aux autres.
Le bâtiment du Fonds de Compensation milite pour une densité urbaine comme antidote à l’éparpillement et à la dilution des espaces publics existant sur le plateau. Cette disposition permet d’en faire un vecteur de rapprochement avec la chambre de commerce à l’est, et avec la place publique à l’Ouest (Cf. schéma ci-contre).
En effet, à l’Est, les espaces extérieurs du bâtiment administratif sont de niveau avec ceux de la chambre de commerce. Les restaurants administratifs de chacune des entités borderont cette place haute paysagée et accessible de plain-pied avec la rue Antoine de Saint Exupery.
A l’ouest, le bâtiment s’ouvre sur toute sa longueur sur la place publique et permet à chacune des 4 entités qui constituent le bâtiment administratif de bénéficier d’un hall directement accessible.
Ces 4 halls (Cf. schéma ci-contre) bénéficient d’une double hauteur, ce qui favorise la mise en relation visuelle entre la place urbaine à l’Ouest et le jardin haut à l’Est.
Le galet de Kirchberg relève de la décision de regrouper, de la manière la plus dense et la mieux organisée possible , les quatre ouvrages envisagés sur la parcelle choisie. L’édifice est dessiné pour donner à chacun des bâtiments un hall et une façade principale sur la place, partagée à parts égales, deux façades en vis à vis, sur le jardin intérieur ou en pignon, et une façade sur le grand jardin.
Loin de paraître monumental ou hétérogène, le bâtiment administratif du Fonds de Compensation s’installe sur toute la longueur de la place comprise entre la rue Antoine de Saint-Exupéry et la rue Alcide de Gasperi sans emphase, ni éparpillement. Le bâtiment consomme la totalité de la surface constructible. Sa morphologie est la résultante méthodique des contraintes urbanistiques des gabarits et des alignements.
Le bâtiment est un ouvrage inédit. Son enveloppe, diaphane et généreusement percée, estompe la perception de la superposition des niveaux. De loin, il apparaît UN. Fait de transparences légères, son échelle est variable selon la distance à laquelle on se trouve. Les façades sont en corian, en première peau. Cette surface, couverte de perforations circulaires de circonférences variables qui sont disposées librement, mais suivant l’orientation du bâtiment, est tantôt opaque et tantôt translucide. La lumière, diffusée abondamment grâce à la translucidité fragile du matériau, en arrière de la paroi, dans l’intervalle d’un espace d’une circulation  extérieure, se disperse, «comme en poussières d’étoiles» dans les espaces intérieurs. La surface est lisse et couvrante. Elle se tend sur la totalité du bloc et varie son motif en le dispersant pour donner à chaque partie du galet une lumière inédite et unique, presque «sur mesure»...
Passé les halls d’entrée, la découverte de l’atrium délivre de fortes impressions par son échelle et par sa vêture. L’atrium traverse de part en part l’édifice, une vaste trémie permet de relier visuellement dans un même espace les différentes entités. Le bâtiment est à la fois un et quatre...
A l’Est des patios prolongent la perception jusqu’au jardin haut...