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Boa - Bionic oxygen Antidote, le Caire, Egypte
Réaménagement de la place Ramsès et pôle multimodal, le Caire, concours 2009
Maître d'ouvrage: Le Caire
Maître d'ouvrage mandataire: THE NATIONAL ORGANIZATION FOR URBAN HARMONY
Architecte: Architectures Anne Démians
Chef de projet: Martin Mercier & Philippe Monjaret (Directeurs)
Equipe: Cong Chen
Perspective: M. Mercier, C. Chen, P. Monjaret


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Egypte fertile et Egypte aride

L'Egypte, depuis des millénaires tire sa fertilité du Nil. Au temps des pharaons, l'Égypte toute entière était couverte d'une végétation abondante et riche. Mais, au fil du temps, l’urbanisation sauvage et la désertification aidant, cette végétation s'est réduite à une bande de quelques kilomètres le long du Nil et a laissé place au vide et à la poussière. Sombre constat que celui, devant lequel aucune solution ne semble se dessiner, quand Le Caire continue de s’engorger. Pourtant, il est possible de reconquérir ces terres surpeuplées et sur/urbanisées pour les alléger de leur surdensité et  les rendre, aussitôt après, plus fluides, plus fraîches, plus luxuriantes et mieux habitées. Des dispositifs techniques et stratégiques existent. Ils nécessitent, concomitamment,  « un projet »et  « une décision ». J’en propose le projet.



Le Caire et Masdar : Comparaison utile

Masdar (Abu Dahbi) est une ville « verte » pour laquelle toutes les mesures sont prises afin qu’elle ne produise aucune émission de CO2 dans l’atmosphère. Ville écologique à 100 %, elle s’annonce comme l’antithèse des villes polluées. Son développement se réalise à partir de terrains vierges de toute construction et d’aucune histoire. Le Caire, à l’inverse, se positionne aux yeux du monde entier, comme un patrimoine de l’humanité qui, depuis Memphis puis Babylone, a évolué avec le temps et ses dérives. La technologie répartie sur toutes les constructions neuves de Masdar, ne pouvant être modélisée et reproduite au Caire, c’est par la « total/technologie » que le problème de la transformation de l’atmosphère et de ses effets profitables sur le patrimoine sera abordé.



Le Caire : Etat des lieux (2009)

1. Asphyxie

Aujourd'hui le Caire, avec ses 17 000 000 de cairotes et  à l’intérieur de ses 1492 Km2, est saturé, asphyxié par l'expansion d'une démographie galopante et d'une modernité  qui se développe sauvagement. L'accroissement du nombre de voitures, estimé aujourd’hui à environ 1 600 000, a empiété sur l'espace public au point de confisquer la rue aux habitants et de leur laisser une des atmosphères les plus polluées au monde, avec Mexico ou Pékin.

Le Caire, dans son fonctionnement, est une ville comprimée  de partout. C’est une ville empêchée dans son développement économique par cette concentration irrationnelle de véhicules, alors même que son tissu urbain n'a pas été conçu pour la recevoir. Mais, aux gaz d’échappement de cette horde de véhicules déglingués et dangereux s’ajoutent les émanations hyper toxiques qui proviennent du brûlage de millions de tonnes de pailles de riz, après les récoltes du delta du Nil, véhiculant des particules polluantes, dont le taux est 10 fois supérieur à celui autorisé par l’OMS (Organisation Mondiale pour la Santé).

Le  «nuage noir » qui s’installe sur Le Caire à chaque automne, s’additionne à l’oxyde d’azote et  au monoxyde de carbone, produits directement par un trafic automobile inorganisé et sauvage. Des actions capables d’éradiquer, vers 2010, cette pollution,  issue de la mise en feu des pailles de riz sont engagées. Mais, beaucoup de choses restent à réaliser pour éradiquer la pollution atmosphérique, automobile et industrielle. Nous y reviendrons.





2. Surdensité

Jamais Le Caire n’avait été aussi peuplé. Mais, il faut dire que l’Egypte ne l’avait jamais été autant aussi. La densité du Caire s’élève à 50 000 hab. /km², mais certains quartiers, comme Choubra, par exemple, comptent jusqu’à 250 000 hab. /km². Une densité qui échappe aux quartiers de Maadi et de Zamalek qui comptent respectivement 20 et 9 hab. /km².

Avec un taux d’occupation de 2à 3 personnes par pièce, voire 11 personnes par pièce, dans certains quartiers du Caire, comme Sayyeda Zeinab, par exemple,  la surdensité incontrôlable et inexorable  de la population, au sein même d’espaces incapables de contenir décemment autant de monde, est le deuxième facteur du déséquilibre du Caire.

Face à l'accroissement vertigineux de la population, les pouvoirs publics ont paré au plus pressé. Des villes satellites ont été réalisées pour faire face à cette situation.  Mais, pas une seule mesure collective n'a encore été prise pour sauvegarder  un environnement sain minimum et ennoblir les espaces publics, dans les quartiers historiques, comme dans des quartiers plus récents. Et, c'est bien là, d’ailleurs, attachée aux effets risqués de la pollution, une des questions de fond posée par cet appel d’idées.





3. Asphyxie et surdensité : les questions/ les mesures

Quelles seraient donc vraiment les mesures à apporter, à l'échelle de la Métropole du Caire, pour faire reculer radicalement la pollution de l’air et l'hyperdensité humaine, afin de requalifier les espaces de la ville et plus particulièrement la place Ramsès, figure emblématique de la nouvelle urbanité du Caire ?

Peut-on répondre à la question de l’aménagement de la Place Ramsès, en proposant, comme cela devient ordinaire aujourd’hui, un espace verdoyant, voué, aussitôt terminé, à l'échec de tous les aménagements urbains dont les auteurs et les commanditaires ignorent les causes des désordres qui affectent  les villes sur/encombrées et sur/habitées ?

Une lutte pharaonique reste à mener contre ces désordres situés en amont et c’est par elle qu’il faut commencer, si on ne veut pas œuvrer dans le vide, pour l’avenir du Caire.  C’est ce que nous proposons de programmer, puis de dessiner, en faisant volontairement se succéder, dans le temps, trois phases opérationnelles majeures qui resteront complémentaires, tout au long du processus de transformation.

Ce procédé en trois temps, ou en trois « actes » met à la disposition du Caire une méthode d’approche réaliste qui laisse aux autorités la possibilité de régler les difficultés, les unes après les autres, dans une progression où les résultats sont visibles et placés dans le bon sens des choses.

1. On dés/asphyxie Le Caire, en construisant (en 10 ans) un ouvrage de haute technologie (le BoA) qui concentre toutes les nuisances et qui produit de l’énergie propre. 2. On ré/oxygène Le Caire, en rétablissant progressivement (sur 15 ans) une luxuriance verte sur tous les territoires urbains débarrassés des véhicules polluants. 3. On dé/densifie Le Caire, en réinvestissant (sur 20 ans) les milliers de mètres cubes d’espaces, abandonnés par le BoA, (devenu alors inutile), pour loger des gens (à quantité égale et maitrisée d’habitants) et des activités, une fois un air sain retrouvé et des mécaniques chaotiques remplacées par des technologies propres.

 

Anne DEMIANS, au grand Caire