Maître d'ouvrage: Groupe 3F Architecte: Architectures Anne Démians Chef de projet: Philippe Monjaret (Directeur), Julie de Legge (CP) Equipe: Leslie Nguyen, Chloé de Quillacq, Simon Guillemoz BET TCE: OTCI LG Perspective: C. Chen Surface: 8000m² Coût: 12.3M€
Les pièces montées du petit bois d’derrière chez moi
« 8 Septembre 2009, les rez-de-chaussée sont déclarés impropres à l’habitation »
8 Septembre 2009 / Déclaration et projet de loi du Ministre du logement, après la distinction faite dans les « Droits de l’homme et du citadin » entre « vivre le droit du sol » et « vivre au droit du sol »
« Le droit du sol » est une règle de droit qui rend légitime un individu né sur un sol sur lequel ses parents ne sont pas forcément nés. « 1515 », ce n’est pas seulement Marignan, c’est aussi l’introduction du droit du sol en France, de l’attachement privilégié du corps à la terre d’origine, de la priorité de la naissance sur la pensée religieuse ou culturelle ascendante.
« Au droit du sol » est une règle de droit urbain qui rend coupable la mise à disposition des rez-de-chaussée des immeubles d’habitations à l’usage de logements. « 2009 », c’est « la Déclaration de Bondy » qui dit que les individus d’une époque appelée « durable », n’habitaient plus au droit d’un sol qu’on voulait préserver, mais dans les airs, à partir du premier étage, pour mieux s’oxygéner.
« Le droit au sol » est une règle qui complète les deux règles précédentes, en instituant le droit à disposer de portions de sol, sans avoir nécessairement besoin d’habiter dessus. C’est une mise à la disposition des individus, de parcelles de terre qui sont rehaussées au dessus du niveau du terrain naturel pour privatiser des « lots à planter ».
« Les Pièces montées du petit bois d’derrière chez moi » sont le fruit de la rencontre de ces trois règles. De la première, on retiendra « le bien-fondé d’un droit enraciné, acquis sur liste d’attente », de la seconde : « l’hygiène de la lumière, déclarée d’utilité publique par décret » et de la troisième : « le bonheur de laisser les plaisirs du ballon de foot dans les carreaux de la cuisine aux autres (ou, précisément, ici, à personne).
Ce sont trois pièces pareilles (ou presque) qui s’exposent, en se répétant à pas régulier, sur une voie qui longe le nouveau Parc de Bondy. C’est un paysage urbain de type nouveau, au sens où il signe un traité de paix avec « le sol » et propose « un paysage porté ». Tendu au droit de la Voie Promenade, il affiche son niveau de référence « au point 4 d’altitude », plaçant toutes les acteurs de la résidence en surplomb sur le Bois. C’est la synthèse avantageuse entre une réalisation minimalisée et répétitive et un acte accommodant, une action d’hygiène urbaine et de voisinage et un geste de considération.
Au sol, l'espace est partagé. Vous trouverez un espace pour les accès à l’îlot, les halls d’entrée, les parcs pour les deux roues, pour les vélos et les poussettes, les bornes à incendie et même, peut-être, une épicerie ou une pharmacie. Au centre du dispositif, vous rencontrerez aussi une « boite à voitures », bien fermée et à peine enfouie, au dessus de laquelle des parcelles de terre auront été plantées et distribuées aux locataires. D'autres parcelles de terre plantées, également partagées, se développent entre les trois entités principales pour permettre aux habitants de l'ensemble de la parcelle de bénéficier de perception en profondeur vers le parc. Ce dispositif de jardin « ouvrier » serait un élément remarquable vecteur d'identité et d'émulation créative.
Le sous-sol, épargné, resterait intact. L’eau ruissellerait sans encombre. Le rez-de-chaussée serait, alors, complètement occupé. Il s’animerait quotidiennement, sans autre règle que celles qui régissent les rapports au sol, mais sans nuisance pour « ceux qui habitent au dessus ».
Au dessus, précisément, des individus habiteraient. Ils vivraient dans des immeubles posés sur une dalle épaisse et débordante, définissant l’assise des relations de quartier. Cet îlot, ou « Pièce montée n° 1, 2, ou 3 », serait bâti sur des pilotis qui éloigneraient les appartements des nuisances d’un sol toujours « actif ». Un plateau porterait 1 ou 2 immeubles strictement identiques, que seule la relation qui s’exerce entre eux, en vis-à-vis, et quelques incongruités dans la façade, rendraient différents.