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Trilogie des échelles, Bagnolet
Logements et commerces, concours 2010
Maître d'ouvrage: Ville de Bagnolet
Maître d'ouvrage mandataire: Nouveaux Constructeurs
Architecte: Architectures Anne Démians
Directeur de projet: Martin Mercier
Chef de projet: Julie de Legge
Equipe: Cong Chen, Stéphane Bauche
BET Structure: VP Green
BET Fluide Electricité: Alto Ingénierie
HQE: Alto Ingénierie
Perspective: Martin Mercier, Cong Chen
Maquettiste: International Model
Surface: 12000m² + 2000m² commerces



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« Le mélange des genres »



L’oeuvre se présentait dans une atmosphère blanche et contractée, avec un empilement de grands carrés gris argent qui réfléchissaient

la lumière de Bagnolet. C’était une ligne aux arrêtes vives qui aurait pu fermer le carré inscrit au sol, si elle n’avait pas préféré dresser, vers le ciel, le quatrième côté. L’ouvrage était coiffé de grandes maisons de couleur quetsche, qui semblaient se désagréger dans l’espace, comme des oeuvres de Xavier Veilhan. Il fallait juste, à cet instant précis, les immobiliser, avec toutes leurs vertus et toutes leurs maladresses.

Des gens, apparemment allaient être délogés de là. Ils devaient être expropriés sans destination bien définie, disait-on, sur le communiqué de l’association pour le droit à la « Citadi(g)nité ».

J’ai utilisé ces actes d’expulsion, comme prétexte politique utile d’une proposition nouvelle où l’on penserait la mixité des typologies urbaines plutôt que la sectorisation des quartiers de banlieues (pavillonnaire, barre, tours etc…).

Murs d’acier en support de maisons de couleurs vives : une scène saisie à la frontière d’un monde au mélange des genres.



J’avais dû inconsciemment vouloir répondre au mélange des genres en additionnant toutes les échelles possibles d’un même programme, alors qu’on nous presse, ces temps-ci (et sans avantage), à empiler des programmes différents. C’était, enfin, une occasion unique de fabriquer un bout de ville qui userait des différences pour exister. N’avait-on pas, par le passé, préféré localiser les genres, sans qu’ils s’hybrident ? Là, des quartiers pavillonnaires, maisons de banlieue et jardins clos ? Là, des zones de bâtiments de grande hauteur, tours carrées et vastes squares ? Là, des secteurs d’immeubles barres, cages d’escaliers et grandes pelouses ? Et des hommes, dans tout ça, qui ne se parlaient pas.





Trois échelles urbaines, des plus significatives (tour, barre et pavillons) sont installées dans la même opération. L’échelle principale (la plus utilisée) est celle de l’immeuble de 7 étages.

Elle accompagne la forme projetée de l’îlot et est complétée par celle d’un immeuble de grande hauteur (17 étages) qui se dresse à l’endroit où l’espace urbain est le plus ouvert et à celle, plus miniature, de 5 pavillons (2 étages), disposés librement sur les terrasses. Elles forment une composition forte où chacune des échelles contribue à régler des difficultés urbaines et des gênes sociales.

Les maisons du toit relogent les « déplacés » du site qui occupent les pavillons implantés sur le terrain jouxtant la parcelle (ce ne sont plus des « expulsés »). Les immeubles de hauteur courante poursuivent les gabarits existants. La tour marque une verticalité vive au droit d’un vide laissé par un stade de football. L’évocation, à échelle réduite, de Central Park, à New York, présente dans le projet. L’oeuvre pressentie a pris forme avec 3 archétypes d’habitations différents, qui s’additionnent pour former, de manière évocatrice, un ensemble urbain hétérogène et fusionnel d’ouvrages appartenant à une seule et même famille.