Consonances, dissonances - Macro lot A4 ouest, Boulogne-Billancourt
132 Logements, crèche et commerce. concours 2010
Maître d'ouvrage: Immobilière 3f Architecte: Architectures Anne Démians Directeur de projet: Martin Mercier Chef de projet: Albert Beele Equipe: Typhaine Blanchet BET Economiste: Parica BET Structure: VP Green BET Fluide Electricité: Alto Ingénierie BET Façade: VP Green HQE: Alto Ingénierie Maquettiste: International Model Coût: 16.4M€
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« Il ne faudrait pas perdre la musicalité du langage » s’écria-t-elle, en s’approchant de la Dead Zone que nous devions écrire en poursuivant les installations sur site de nos prédécesseurs. Elle ne voulait pas écrire les passages que les lecteurs sauteraient, en perdant le rythme de la lecture ou le sens de l’orchestration, si caractéristique de la prose romanesque. « Le style est souvent plat », rajouta-t-elle en s’employant à décrire les opérations d’à côté, « comme si l’ennui présidait à leur programmation et à l’analyse annoncée de leurs observateurs ». La démarche « pour sortir de l’ennui » s’apparentait à une démarche de « bonne humeur » fut-t-elle nécessairement irrévérencieuse. Elle hésitait, pour arriver à quelque chose qui soit simplement nouveau, mais pas idiot, à choisir entre « consonances » et « dissonances ». Car, il s’agissait pour elle, si je la comprenais bien, de chambouler le « prêt à construire », en brassant des références urbaines, littéraires ou stylistiques, et de détourner les codes d’expressions et les signes de rigueurs obligés, dictés par la règle ou (plus étrangement) par de surprenants raisonnements du moment. La Consonance, en musique, (disait-elle) c’est « sonner avec », en ajoutant « qu’elle désigne la cohérence d’un ensemble de sons entendus simultanément ». On dit que c’est une harmonie tonale. En construction de ville, la consonance c’est « réaliser avec », en supposant que tout sonne pareil. Et, en architecture, la consonance c’est «composer avec ». C’est présumer qu’appliquée à notre art, elle consisterait à assembler des formes, des gabarits et des architectures simultanément produites. Elles seraient similaires et unitaires, tendraient vers une cohérence de signes et « d’appellations contrôlées », très éloignées des métissages ou des assemblages hybrides, « chacun pour soi, vœu pieux pour tous ». La Dissonance, en musique, désigne la discordance d’un ensemble de sons (accords ou intervalles) produisant une impression d’instabilité et de tension nécessitant une résolution. Toute note dissonante doit être considérée comme « une note attractive faisant partie d’un mouvement mélodique obligé ». Appliquée à l’architecture et à la mise en scène urbaine, la dissonance pourrait être l’expression simple de matières emmêlées et d’influences diverses. On admettrait que les styles sont alors compatibles (quels qu’ils soient) à la condition qu’ils participent à la fabrication « d’une composition consonante bâtie sur des dissonances ». En 2003, Christian Lacroix, dans sa collection Printemps /Eté, ose la cohabitation en une capote fin XIX ème, portée avec un court jupon en organdi, croisement des époques et des temps, des matières et des destinations. En s’attaquant aux mélanges des genres, le couturier poursuit dans la voie d’une créativité débridée et démontre, comme s’il en était encore utile, avec les délires de Jean Paul Gaultier qui consistent, depuis plus de vingt ans à assembler, à récupérer, à découdre, à casser, à assembler, qu’elle peut casser les diktats et les assemblages convenus pour des oeuvres pleines d’à propos. Désormais, l’éclectisme n’est plus entre les pièces d’une même collection ou d’un même territoire urbain. « Il peut configurer la pièce, elle-même ». Voici venu le temps des appellations semi contrôlées, des demi garanties, des certifications incertaines, des matériaux composites et des moteurs hybrides. Nous sommes à l’heure du métissage, du mélange des mots et des expressions, des langages et des genres. Le cinéma et la télévision nous ont appris à confondre réalité et fiction, les vrais mensonges et les fausses vérités. Chacun installe dans le paysage ses propres accumulations. En quoi devrait-elle se gêner de laisser apparaître la traçabilité de ses emprunts ?