Quai Ouest, rives de Meurthe, Nancy
Ensemble immobilier à usage de bureaux, résidence hôtelière et commerces - Livraison 2015
Maître d'ouvrage : Cirmad
Architecte : Architectures Anne Démians
Directeur de projet : Philippe Monjaret
Chef de projet : Typhaine Blanchet
BET TCE : Pertuy construction
BET Façade : VP et Green
Perspective : Cong Chen
Maquettiste : International model
Surface : 10 200 m2
Coût : 15 000 000 M€

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Acte de résistance

On constate que la construction des logements s’effrange dangereusement à l’endroit de la résistance de son rôle social ou de son low-standing. L’architecture domestique, envoyée au combat du « toujours moins cher » rivalise d’oppositions avec celle du « toujours plus cher » de projets publics, mal gérés et sur-dessinés.

Car, comment résister à l’effeuillage chronique de la construction et de la ville, constatée sans que personne ne réagisse vraiment ? Cet « effeuillage » (dont parle André ROSSINOT) est un signe flagrant de la déliquescence des attitudes responsables, au profit de l’affermissement du « tout rendement ». Faut-il le négliger ?

Le secteur public, on le sait, malgré toutes les incantations tactiques, n’a plus de moyens pour porter loin un développement immobilier dynamique et concerté.  Ses compétences ont été transférées, sans frais, ni précautions, au secteur privé. Mais, s’il y a bien eu transfert opérationnel et financier, on n’y a constaté aucun portage culturel, ni aucune prescription encadrée. La loi du « rendement en toute bonne foi », devenant l’évangile du nouvel investisseur.

L’acte de résistance est celui qu’on accorde communément, au caricaturiste à l’artiste, à l’architecte. Pour les premiers, la démonstration d’une résistance active est faite. Les derniers, désemparés par la crise, ne se retrouveraient-ils pas complices, malgré eux, d’une exigence dégradée par ordonnance ? La fermeté et l’audace, seraient-elles devenues coupables ?

A ne pas en prendre la mesure, le risque de disparaitre pour l’architecte est grand.

Il s’agit, pour l’architecte, d’atteindre le noyau dur de la beauté et de l’efficacité, s’il veut rester indispensable à l’acte de construire et ne pas se déguiser en  illustrateurs de programmes chiches.

Bien loin de moi, l’idée d’avancer que l’acte de résistance est chose aisée, naturelle et inscrite dans nos gènes. Mais, rien ne nous oblige à reculer devant la contrainte du « tout commercial, du tout  médiatique». Je m’y suis inlassablement opposée, toujours laborieusement, parfois difficilement, mais jamais coupablement.

Faire acte de résistance, sur ce terrain n’est donc pas chose facile, tellement les habitudes, les réflexes et les certitudes sont présentes. Mais, proposer un code d’architecture universel pour faire front serait illusoire. « Il ne peut y avoir que des actes distinctifs, en réponses particulières à des cas spécifiques ».

Ce serait donc répondre par une succession de contre-pieds aux successions d’absurdités qu’on nous assène, à chaque projet, au prétexte que tout aurait déjà été testé et vérifié. « Rapports, audits et analyses commerciales en témoignant formellement, bien sûr ».

Cette histoire, dans laquelle se déclinent des architectures prioritairement domestiques, trouve son origine dans les opportunités que j’ai croisées, ces six dernières années. J’ai pu successivement atteindre des opérations de logements, de bureaux, de sièges d’entreprises ou d’équipements, parce que l’occasion m’en était donnée mais aussi parce que c’est sur ce terrain que la ville s’écrit. Et la ville, ses extensions, sa densité, ses mutations énergétiques, son esthétique et ses règles, m’intéressent.

Cette présentation des choses, vous l’aurez compris, vise à éradiquer, la question politique d’un style (marque, étiquette) qui encombre la dimension fondamentale de l’œuvre et limite sa portée. Il s’agit, bien sûr, d’atteindre le noyau dur de la beauté, en tendant vers l’efficacité et de rester essentiels à l’acte de construire, en ne nous déguisant pas en  illustrateurs de programmes chiches.

Des projets suivent. Ils sont, chacun, porteur d’un un acte de résistance, soit qu’on attendait tout autre chose, soit qu’ils aient affiché un refus à se standardiser ou à se limiter à l’urgence.

A Nancy, on nous demanda de « l’exceptionnel ». Mais la dimension de l’exceptionnel,  n’ayant pas la même signification pour tous, l’acte de résistance se situa sur la précision de sa définition.

Le projet devait marquer l’image d’une société de construction (PERTUY) par son architecture. Il répondait à ce qu’André ROSSINOT voulait : un immeuble d’une grande nouveauté, capable de créer un effet d’enchainement économique et esthétique sur le site et, par voie de conséquence, sur la ville.

Le bâtiment, fort par sa densité générale, est adouci de feuilles en acier inoxydable, satinées. Il est percé par des grandes ouvertures oblongues dont les fenêtres rondes sont comme des yeux ouverts, au-dessus desquels les paupières sont toutes relevées. capable de ramener les effets changeants du ciel sur la rue et par un dessin inédit d’ouvertures.

Influences annoncées d’un  Takashi MURAKAMI et répétées, à l’envi, comme un réflexe de Jean PROUVE.