Éloge de l’anonymat

Rezo

REZO s’inscrit dans la famille des bureaux blancs. Ce sont des espaces libres, en forme de plateaux où les murs ont été éliminés et qui peuvent tout accueillir, y compris ce à quoi ils ne sont pas destinés. La banalité du plan dans lequel ils s’inscrivent, s’apparente à celui d’un immeuble  à la découpe, à partir duquel toutes les cessions au détail deviendront possibles. C’est pour l’architecte, le moment de considérer sa mission comme hautement symbolique, pleinement détachée de l’acte lyrique et de tenter vaguement, avec dignité, une piste d’anonymat.

Ce qu’on lui demande, dans ce cas précis, n’est pas de faire œuvre, mais bien de faire en sorte que l’exploitation de l’espace puisse se réaliser sans complexité rajoutée, avec séquences de va et vient possibles et parfois frénétiques. Il a comme mission remarquable de banaliser l’espace porteur afin qu’il puisse répondre à toute demande de surfaces sans contraintes.

Ces occupations spécifiques, déployés sur le plateau, sont à la hauteur de l’investissement et des besoins d’une entreprise ? C’est en fait ce qui définit le dessin de la construction : Il faut bâtir simple, évolutif et  sans contrainte de structure, bâtir sans mur, sans marquage expressif sur les façades et placer des verticales de circulation aux endroits stratégiques, mises à distances, les unes des autres, par l’application ordinaire des règles de sécurité.

A partir de là, c’est à chacun de répondre avec ses armes. L’objectif posé, la question reste de savoir si la banalisation de l’espace, donnée comme objectif économique et immobilier (voire spéculatif) doit se transmettre à son architecture. Sommes-nous, alors, dans le discours ambiant de ceux qui prétendent qu’une bonne architecture est le reflet parfait ses intérieurs ou essayons-nous plutôt la piste de la distance ? Pas celle qui rapproche cette façon de pouvoir tout faire avec son expression « sans expression », mais celle qui sépare les effets de la banalisation productive de la pollution visuelle qu’elle entraîne. A ces fins, la carapace de REZO en garantit la formule. C’est elle qui met en scène une belle lumière et qui protège, en même temps, les intérieurs de leurs vis-à-vis.

Insolite dans le quartier de Saussure, la présence de REZO n’a rien d’incompatible avec l’esprit des bâtisses haussmanniennes. Même compacité que ses voisines, même effacement de la partie sommitale (faisant écho aux toitures des immeubles de la Rue de Rivoli), REZO construit un contrepoint à cette architecture  attachée à ces programmes et apparaissant comme la capitulation définitive d’un genre altéré dont l’appauvrissement de l’écriture reste le reflet le plus flagrant du divorce accompli entre le dedans et le dehors.

REZO réunit, à lui seul, plusieurs singularités qui s’opposent pour mieux s’additionner, percutantes comme un oxymore.  Avec ses 130m de long et ses 17m de large, l’immeuble développe 2000m² par plateau, éclairé par des fenêtres hautes de 1,80m. Son gabarit, solide et trapu, est nuancé par la carapace qui le ferme de bas en haut. La performance de ce bâtiment (trois fois certifié) et son aspect propre, participent à une recherche qui situe ses limites entre son dessin et son rendement, mettant en perspective toutes les raisons de sa forme.

L’enjeu de ce projet était double : « il fallait que la vocation d’un tel ouvrage qui réside, en substance, dans la programmation inévitable et invariable de sa banalité, puisse s’en tenir à ses propres limites, sans qu’elle soit, en plus, en mesure de guider nos choix esthétiques ».

Michèle Leloup