La nouvelle vie des hôtels

Après avoir construit à Strasbourg l’hôtel OKKO 4 ****, un établissement de 118 chambres ouvert en 2017 dans l’une des tours Black Swans qu’elle a édifiées sur la presqu’ile Malraux, Anne DEMIANS vient de remporter le concours du Grand Nancy Thermal qui ouvrira en 2022. Ce nouveau projet de l’agence AAD en direction d’un secteur économique en plein essor correspond au besoin des chaines et des groupes hôteliers qui souhaitent être accompagnés par des architectes maitrisant l’innovation et le design.

Quelle est l’évolution actuelle du secteur hôtelier ?

A.D. Quel que soit leur enseigne, les hôtels ont aujourd’hui besoin d’espaces communs qui soient de plus grande qualité, c’est-à-dire des lieux disponibles aux voyageurs et à leurs différents usages. L’on peut séjourner dans un hôtel pour ses loisirs, mais aussi y venir entre amis pour célébrer un moment agréable, bruncher en famille, y travailler au calme grâce au wifi, ou fixer un rendez-vous professionnel. L’hôtel n’est plus un lieu de passage anonyme, l’on y recherche un confort accru, une identité propre, c’est un cocon urbain où l’on a envie d’être « comme à la maison », voire mieux encore.  Ces espaces qui cohabitent en rez-de-chaussée sont plus dilatés, les plafonds plus hauts et la distribution spatiale s’articule autour de salons intimes ou à l’inverse, de grandes tablées.  

Dans quelle partie de l’hôtel se trouvent ces emplacements ?

A.D. Ces espaces se trouvent toujours dans un lieu remarquable de l’hôtel, il peut s’agir d’une terrasse arborée, d’un rooftop panoramique, ou encore de lieux près de l’accueil, comme c’est le cas pour l’hôtel OKKO à Strasbourg. Ce dernier offre un club de 350 M2 au premier étage pour favoriser les rencontres entre voyageurs, il est accessible 24h/24h et dispose de nombreux lieu de détente et de travail à raison de 5 euros de l’heure. Il dispose aussi d’une salle privatisable, d’un espace business, d’une salle de sport et d’une boutique.  

Ici à Nancy, il s’agit de renouer avec ces hôtels situés au milieu de parcs remarquables et de plans d’eau. Heureux mariage entre histoire, nature et urbanité. Le site se trouve à 15 minutes de la gare.

Et les chambres ?

En ce qui concerne les chambres, les espaces ont un design sophistiqué et innovant. Il faut surprendre et dépayser le voyageur. Ce « sur-mesure » est très recherché afin de satisfaire une clientèle habituée fréquenter des établissements remarquables à travers le monde. Tout ce secteur est en quête du fameux effet « waouh », c’est-à-dire d’une empreinte distinctive qui permettra de se démarquer en proposant ce que l’on ne trouve pas ailleurs.

Les maitres d’œuvre sont donc très sollicités ?

Tous les scénarios sont possibles, l’on peut faire appel à un duo designer/ architecte, ou à plusieurs architectes qui signent chacun une suite, ou encore à un architecte qui est lui-même en capacité de signer l’architecture d’intérieure. C’est d’ailleurs ce que je vais faire dans un programme qui s’inscrit dans « Réinventer Paris ». Cette manière de procéder est relativement logique : un maitre d’œuvre est capable de concevoir un bâtiment au même titre qu’il peut dessiner ses poignées de portes !

 La bonne articulation entre architecture et le design d’espaces contribue au rapport fusionnel des différentes atmosphères entre les espaces intérieurs et les espaces extérieurs. Cette complémentarité spatiale et sensorielle développée par la qualité de la lumière et des matériaux contribuera à la cohérence de la narration spécifique portée par l’hôtel.

Ce sera le cas pour le Grand Nancy Thermal ?

Oui. Il y aura 2 offres de résidence bien distinctes.

  • D’un côté, un hôtel-Résidence de standing de 76 appartements pour accueillir les curistes (de longue durée) qui se situera sur les 2 étages hauts de l’extension des thermes. Les curistes resteront trois semaines dans la résidence hôtelière, par conséquent, nous avons imaginés des appartements douillets pour lesquels nous attachons une grande attention à la notion de confort et d’esthétique. En revanche, dans les circulations et les parties communes, le confort s’attache aux multiples scénarios d’usages qui seront offerts. Par exemple, les curistes pourront se rendre directement en peignoir par ascenseurs aux espaces de soins sans jamais croiser dans le lobby celles et ceux qui viennent assister à une conférence ou un symposium. En réalité il nous faut inventer des univers multiples et sereins où les détails sont totalement optimisés.    
  • Et le long de l’impasse Hyppolyte Maringer, l’installation d’un hôtel de 80 chambres et d’un restaurant. Il est composé de 2 corps de bâtiment, l’un dévolu aux chambres et l’autre au restaurant donnant sur le Parc Sainte Marie. Un plan d’eau extérieur le reliera aux thermes historiques.

INTERVIEW MICHELE LELOUP