Quai Ouest, un signal sur les rives de la Meurthe

« Attention à l’effeuillage des projets dépouillés de leurs atouts pour des raisons financières ! » avertit André Rossinot, le Président de la Communauté d’agglomération. En cette période économiquement sensible, il est nécessaire, selon l’élu, de veiller à la pérennité des réalisations urbaines à l’image de Quai Ouest situé à deux pas de la Place Stanislas.

Symbole de la réconciliation de la ville avec l’eau, les rives de la Meurthe conjuguent harmonieusement espaces publics, habitats, équipements culturels et sportifs, activités économiques et grandes écoles. Implanté sur ce nouveau quartier nancéien, le siège de l’entreprise Pertuy (filiale de Bouygues Construction) se caractérise par son esthétique inédite. Président de la communauté urbaine du Grand Nancy, André Rossinot explique la genèse de ce projet dont il a supervisé la mise en œuvre.
Comment se développe Nancy sur les rives de la Meurthe ?

André Rossinot. Lorsque l’on regarde Nancy d’Est en Ouest, c’est-à-dire entre la vallée de la Meurthe et le Canal de la Marne au Rhin, 300 hectares sont actuellement aménagés par l’urbaniste  Alexandre Chemetoff sur ce qui était autrefois un ancien faubourg industriel. Outre l’habitat, des écoles d’ingénieur s’y sont implantées ainsi que l’école d’architecture conçue par l’architecte Suisse Livio Vacchini. Le bâtiment Quai Ouest abrite le siège social de l’entreprise Pertuy sur un terrain où  subsistait l’ancienne usine GDF Suez de la ville, terrain qui se situe à l’articulation de la ville ancienne et de la ville nouvelle amorcée par les Jardins d’Eau de Chemetoff. Autrement dit, nous sommes à la limite du secteur historique sauvegardé : il fallait donc imaginer un parti pris architectural pour prolonger la ville ce qui n’est jamais aisé. Pour autant, il s’est trouvé une opportunité intéressante dans la volonté de Martin Bouygues d’y transférer le siège social de Pertuy l’une de ses filiales, une entreprise qui devait  illustrer l’image de marque du groupe et faire signal dans la ville. Par conséquent, l’enjeu était double.

Depuis le XVIIe siècle, Nancy est historiquement une ville « moderne » qui a toujours su être à l’avant-garde urbaine. Cette opportunité était-elle l’occasion de poursuivre ce développement novateur ?    

A.R. Anne Démians est arrivée comme maître d’œuvre de ce projet choisie par Bouygues Construction. Elle connaissait mes réticences dès lors qu’il s’agit de construire près des limites du secteur sauvegardé de Nancy, du moins savait-elle que je n’accepterais jamais une architecture qui blesse le patrimoine historique de la ville. Mais la qualité de son projet m’a plu, indépendamment de son aptitude à le présenter et à le défendre, en outre, cette architecte est à la force de l’âge d’un point de vue créatif dans sa discipline et elle domine son sujet.

Comment jugez-vous sa vision architecturale ?

A.R. Son bâtiment se distingue par la qualité de ses façades recouvertes d’acier inox et par la singularité des fenêtres hublots à casquettes qui expriment une image originale en même temps qu’elles offrent à l’intérieur une luminosité considérable. Le geste est juste et de surcroît la qualité d’usage est maîtrisée, un atout qui a toute son importance.

Reste que ce bâtiment dénote immédiatement dans le paysage urbain. J’ai presque envie de dire qu’il « décoiffe » par la singularité de sa partition architecturale…

A.R. Le but recherché n’était pas de « décoiffer » le paysage mais d’ancrer un signal fort à cet endroit précis pour faire une transition élégante entre la rivière, l’accès au centre ville et le nouveau territoire où œuvre Alexandre Chemetoff : Quai Ouest agit comme un phare visible sur le boulevard qui le longe et se distingue par la modernité de sa partition architecturale. Le seul engagement que j’avais expressément demandé à l’entreprise et à l’architecte était de respecter la qualité des matériaux, en l’occurrence ceux de la façade et de ses fenêtres. Le promoteur a fait confiance en l’architecte et le projet n’a pas été affadi d’une quelconque façon. Le contrat a été tenu.

De votre point de vue, la volonté politique est-elle la clé indispensable pour veiller à la bonne exécution des prolongements urbains ?                 

A.R. Il faut rester extrêmement vigilant dans l’aménagement des programmes qui viennent prolonger la ville existante, surtout dans les mois à venir où l’on va entrer dans ce que j’appelle la période de « l’effeuillage », une période où le risque est grand de voir les projets se dépouiller de leurs atouts et de leur pertinence au motif qu’il faut les contenir dans une enveloppe financière très serrée. Ces conditions sont économiquement contraignantes,  raison de plus pour les élus de veiller à la  pérennité de leurs projets urbains, sinon les séquelles dans la ville seront irrémédiables.

D’autant que les élus doivent faire face à une exigence de densité urbaine qui n’autorise aucun faux pas.

A.R. La densité est un enjeu primordial mais elle n’exclue pas une certaine élégance dans l’aménagement de nouveau quartier, à condition toutefois d’avoir en face de soi des maîtres d’œuvre qui font preuve d’intelligence constructive. C’est le cas d’Anne Démians et quand on s’engage avec elle, il faut aller jusqu’au bout.

André Rossinot, ancien maire de la ville de Nancy et actuel président de la communauté urbaine du Grand Nancy