La réversibilité selon Francis Soler.

La question que pose Michèle LELOUP, sur ce que pèsent, sur les ouvrages modernes, les espaces réversibles, n’est en rien surprenante. Elle le serait, si les années d’embellie (entre 1975 et 1985) qui avaient encadré ce sujet, avaient perduré et posé la réversibilité des espaces comme l’inspiration possible d’une société entreprenante, prévisionniste et prudente.

Mais les inspirations qu’on célèbre sont de toute autre nature et les mauvaises habitudes réapparaissent très vite. Les architectes lui préfèrent rapidement la forme, plus rapidement accessible, plus facilement faite et destinée à la seule fonction qu’elle inspire. La réversibilité des espaces domestiques est pourtant un de ces ingrédients solides et optimistes qui composent des architectures qui oublient d’être indolentes, une fois finies. Une part d’énergie est suggéré dans le rythme même du mot, alors qu’il s’agit d’user de son dynamisme pendant qu’il devient de plus en plus difficile de construire.

Se montrer utile, […] c’est lâcher prise sur l’espace défini, inventer des espaces en pleine capacité de sortir de l’emprise de leur auteur.

Marquer ce temps, le réanimer, l’opposer, c’est se montrer UTILE, car c’est admettre, en même temps, que les espaces dans lesquels nous vivons sont comme des héritages sur lesquels il est toujours possible de repartir pour prolonger nos trouvailles et les transmettre comme des matières premières. On essaye alors de laisser des ouvrages bien faits, comme des pièces inachevées qui produisent de la ré/identification et d’aboutir enfin à des créations inattendues, admises en tant que pièces utilement revisitées.

Se montrer UTILE, c’est aussi éviter d’imaginer ce qu’il est impossible de planifier, mais seulement s’autoriser à permettre tout ce que le moment dans lequel on œuvre refuse de saisir, par manque de projection ou de clairvoyance. C’est lâcher prise sur l’espace défini, inventer des espaces en pleine capacité de sortir de l’emprise de leur auteur. C’est enfin dessiner le mieux possible l’ossature d’une construction faite d’additions, de mutations ou de reconversions circonscrives. Le travail d’Anne DEMIANS, est au coeur de cette façon neuve de voir l’architecture. Elle mène des travaux synthétiques et fondamentaux qui s’inscrivent dans son temps, avec une discrétion à la BONNARD et que seuls quelques rares observateurs (journalistes ou critiques) ont décryptés, alors que d’autres restent encore plus facilement sensibles à la reconnaissance d’œuvres aussi ivres qu’inutiles.

Par

Francis Soler