REZO fait entrer le quartier de l’Europe dans le XXIe siècle

Rezo

Comment la qualité architecturale sur les friches ferroviaires du faisceau Saint Lazare s’impose face au nouveau quartier des Batignolles.

« La vitesse est créatrice d’objets purs, elle est elle même un objet pur puisqu’elle efface le sol et les références territoriales, puisqu’elle remonte le cours du temps pour l’annuler, puisqu’elle va plus vite que sa propre cause et en remonte le cours pour l’anéantir ». Amérique, Jean Baudrillard

L’immeuble de bureaux Rezo est unique en son genre sur le territoire francilien et hexagonal. À l’angle du boulevard Pereire et de la rue de Saussure à Paris (17e), il fédère par sa préciosité  les trois autres bâtiments tertiaires qui l’entourent sur les friches ferroviaires du faisceau Saint  Lazare.  À lui seul, Rezo réunit des singularités qui s’opposent pour mieux s’additionner, aussi percutantes qu’un oxymore. Reconnaissable par sa  texture métallique envahissante, l’ouvrage de 16500 mètres carrés est signé Anne Démians. Avec ses 130 mètres de long, ses 17 mètres de large,  le bâtiment  développe 2000 mètres par plateau éclairé par des fenêtres de 1,80 mètres de hauteur.

«La performance de ce bâtiment trois fois certifié et son raffinement distinctif participent à une recherche pleinement revendiquée, se situant sur la limite  entre son dessin abouti et l’exigence du rendement qui met en perspective toutes les raisons de sa forme », explique Anne Démians. « Il n’y a pas d’artifice  dans la démarche mais le souci d’accompagner les usages et les contraintes techniques en les inscrivant dans le site avec la légèreté d’une interprétation l  Libre,  résonnance lointaine dans l’histoire du site qui se caractérise par des voies ferrées dont on aurait retenu que le grincement du frottement des machines sur les rails ».

Son gabarit solide et trapu est néanmoins nuancé par cette carapace aussi délicate qu’une dentelle qui le nimbe de bas en  haut. Cette architecture annonce un changement de paradigme dans l’immobilier d’entreprises nouvellement implanté dans le quartier de l’Europe à Paris.

 «L’enjeu de ce projet était double, explique Anne Démians : il fallait éviter une banalité de conception et, en même temps, s’abstenir de toute surexpression dans l’écriture de l’architecture. L’agitation indue de signes architecturaux superflus ne devant pas se substituer aux fondamentaux d’un bâtiment qui a pour vocation de s’inscrire dans la durée »

Né avec le Paris d’ Haussmann, le quartier d’affaires de l’Europe est le premier du genre implanté dans la capitale au XIXe siècle. Il reste aujourd’hui un point d’ancrage des entreprises et l’avant-scène du nouvel éco-quartier Clichy-Batignolles. Aménagé sur une friche ferroviaire de 50 hectares, ce dernier se développe autour du Parc Martin Luther King, grand de 10 hectares, et de la future Cité judiciaire, signée Renzo Piano. Le secteur Saussure se situe, quant à lui, sur la couture physique et sociale de quartiers contrastés, la Plaine Monceau et Pereire, Batignolles, Clichy et Levallois. Il s’affirme dans une continuité urbaine, entre Paris et sa première couronne, à proximité du nœud modal de la Gare Saint-Lazare, là où se croisent le RER C, les lignes L du Transilien, le train Eole, les lignes du métro 14, 13 et 2, le réseau des bus et les parcs vélib’ et autolib’.

« Il n’y a pas d’artifice dans la démarche mais le souci d’accompagner les usages et les contraintes techniques en les inscrivant dans le site avec la légèreté d’une interprétation libre, résonnance lointaine dans l’histoire du site qui se caractérise par des voies ferrées dont on aurait retenu que le grincement du frottement des machines sur les rails ».

À travers Rezo, l’architecte révèle une sensation.

L’immeuble REZO s’inscrit dans la catégorie des bureaux dits «blancs», ces bureaux qui sont destinés à jouir d’une telle banalité qu’ils peuvent abriter une ou plusieurs entreprises, dans un même espace. Ces occupations, banalisées à souhait, ont guidé l’architecte – toujours attentive au risque encouru par de telles caractéristiques -, à dégager le bâtiment d’une pollution que produirait, à terme, son usage. C’est pour cette raison que la carapace métallique de REZO en garantit l’équilibre homogène avec un dessin jouant sur la vitesse. Celle-ci prend en compte à la fois la transparence nécessaire à l’entrée de la lumière et l’intimité des intérieurs comme celui des vis-à-vis. Insolite, la présence de REZO n’a rien d’incompatible avec ce quartier d’esprit haussmannien. Même compacité que celle de ses voisins, même effacement de la partie sommitale (faisant écho aux toits des immeubles de la rue de Rivoli).

« Dans l’architecture contemporaine, apparaît souvent, à terme, un appauvrissement de l’écriture, à cause du désintérêt véhiculé par une discordance entre dedans et dehors. On oublie trop souvent aussi qu’un rapport fluide entre les ouvrages et leur sol reste la meilleure façon de proposer un contact sain et réussi avec la rue ; quant à celui qu’entretient le bâtiment avec le ciel, il reste aussi une des meilleures manières de façonner efficacement ses limites. J’attache à tous ces détails beaucoup d’importance », énonce Anne Démians.

À travers Rezo, l’architecte révèle une sensation. Anne Démians voulait, en effet, que ce projet dégage une expression : celle de la mobilité, indissociable du réseau ferré de la gare Saint Lazare. La première lecture de Rezo nous emmène sur l’idée presque immédiate d’un train à l’arrêt, une sensation inédite dans l’univers de l’immobilier de bureaux où les façades sont conçues habituellement  en murs rideaux apparents ou par des lés horizontaux de fenêtres mises à la queue-leu-leu. La vêture métallique donne au projet son aspect inattendu. Le résultat reste plus proche de l’univers de la mode et du design que de celui du BTP. Une résonnance que légitimise Anne Démians qui fonde son écriture sur l’hybridation des références et sur les métissages, au profit d’un art abstrait et tendu.

« Il y a, en ce moment, une prise de conscience sur la nécessité de produire une architecture plus créative, tout azimut, même pour des espaces de bureaux» constate Anne Démians. « Et c’est un juste retour des choses, d’autant que l’intensité des activités professionnelles s’est amplifiée, requérant des espaces de travail plus commodes, moins ordinaires. »

La peau en aluminium anodisé, percée et emboutie : la texture de la carapace qui enveloppe tous les systèmes liés à la régulation  thermique du bâtiment apparait à travers une matière homogène gris-métallisé, tantôt lisse, tantôt perforée, parfois soulevée (les  volets). REZO bénéficie, en effet,  d’une isolation thermique extérieure qui est assurée principalement par une allège en béton,  revêtue d’un isolant, lui-même sous protection de la vêture métallique. La quantité et la taille des micro/perforations sont réglées  sur des orientations Nord/Sud. Par conséquent, le bouclier reste efficace, suivant l’ensoleillement saisonnier. Mais, au-delà de son  apparente préciosité, ce bouclier participe à la réduction de la consommation électrique du bâtiment. En outre, un store électrique  extérieur, installé, sur les façades Sud, Est et Ouest, entre la fenêtre et la carapace, complète le dispositif pour protéger des effets de la  chaleur, en été. En hiver, les utilisateurs bénéficient confortablement de la lumière, diffusée par des fenêtres de 1,80 mètre de haut,  assurant ainsi un facteur de lumière du jour performant (FLJ).

« Cette simplicité, dans la construction, voire son hyper/rationalisation, produit une économie globale sur l’ensemble de l’ouvrage,  économie qui est reportée sur la façade », précise Anne Démians.