Situation urbaine

« Les immeubles hauts sont des paysages verticaux qui construisent des perspectives lointaines »

Ces perspectives sont effectives, dès lors qu’elles amplifient le théâtre urbain, sa mise en scène. On met en opposition l’intimité indispensable due à un logement avec la profondeur qu’il faut inscrire sur toute la hauteur de l’immeuble, sans qu’il soit impensable d’évoquer la compatibilité des systèmes. La profondeur en question se dilate et se comprime suivant les orientations qu’on lui donne. Les prolongements extérieurs aux pièces principales s’exposent au Sud et à l’Ouest. De grands lés d’acier, perforés de trous ronds dont les diamètres sont variables, changent la valeur habituelle qu’on donne au plan de la surface extérieure d’une façade. Suivant qu’on ouvre ou qu’on ferme les parois coulissantes, l’espace qui se situe entre le plan extérieur de la façade et les baies coulissantes de l’appartement se transforme, proposé « protégé » ou présenté « exposé ». Le plan s’essaye à de nouvelles dispositions. Il groupe l’ensemble des contraintes inertes, au centre de l’appartement, et installe, en façade, toutes les surfaces actives. Cet immeuble d’habitations s’inscrit dans le quartier neuf de Masséna, dans un agencement simple. Sur une topographie contrastée, le terrain qui lui est réservé s’étire entre la rue Léo FRANKEL et la rue du CHEVALERET. Ce site est privilégié et sensible. Il se situe dans un quartier en complète renaissance et confronte nos visions toutes faites de l’urbanisme à l’essence même de ce qui devrait, dans les années à venir, produire du lien urbain et citadin. L’architecture de ce projet se nourrit des enjeux citadins et des directives urbaines de Paris Rive Gauche, (architecture, paysage, gabarits, liaisons), comme des objectifs annoncés dans le cahier des charges particulières d’urbanisme et d’architecture de Bruno FORTIER, architecte/ urbaniste et de Jean-Thierry BLOCH, ingénieur.

« L’organisation même du bâtiment met à profit le relief du site pour favoriser une fusion palpable entre la ville et les logements »

Le socle, clairement dissocié des étages, se dresse sur deux niveaux différents de sol, permettant ainsi de rentrer, dans un même soubassement, les deux niveaux d’accès de la parcelle. Cette assise est minérale. Elle s’inscrit dans la continuité du socle en pierre de BUXY, couvrant déjà les soubassements des îlots d’à côté. Ce dispositif entre très vite en résonance avec la brèche ouverte dans les étages supérieurs, affirmant ainsi, à une échelle supérieure, une respiration intérieure, propre à l’îlot. Le projet tire avantage des particularités du site, en préservant la liaison piétonne entre la rue Léo FRANKEL et la rue Jeanne CHAUVIN, en l’inscrivant au droit d’un porche traversant. Ce passage est commun à tous les habitants de l’immeuble et dessert, de part et d’autre du cheminement, les halls principaux des logements ainsi que les espaces de service mis à leur disposition (les vélos, les poussettes, les poubelles). Cette configuration permet de valoriser les espaces traversant de la parcelle. Elle favorise la perméabilité entre les espaces privés et les espaces publics. Les commerces sont glissés dans le corps du socle qui reste adossé au volume ferroviaire dont les tunnels rejoignent la Gare d’Austerlitz. . Le parvis se prolonge par un jardin d’agrément, construit comme un petit cloître estudiantin. Ce jardin, dont on ne peut deviner la présence depuis la rue Léo FRANKEL, se découvre depuis la rue Jeanne CHAUVIN. Ses lignes directrices reprennent, comme dans une projection sur sol, le dessin aléatoire des fenêtres des logements. Des effets « améthyste » se révèlent entre le sol et les façades. Le traitement du sol se matérialise par une alternance serrée de minéraux et de végétaux. C’est un autre jardin, mais privatisé, celui-ci, qui apparaît au troisième étage du bâtiment central. Il prolonge cette impression d’ouverture, déjà présente au sol, vers le haut.