Black Swans

STRASBOURG 2012 – 2018
Logements bureaux Hôtel Résidence étudiante et Résidence Services

C’est un projet vertueux, à la base, puisqu’il s’agit de reconstruire la ville sur la ville en reconvertissant un ancien site industriel en un nouveau quartier de centre-ville, situé tout près  de la Cathédrale de Strasbourg.

C’est un morceau de ville de 30 000m², que je construis à Strasbourg. L’opération sera terminée en janvier 2019.

Le concours, lancé en 2012, est un concours public-privé, lancé conjointement par la ville et ICADE.  C’est, à mon avis, là que se situe en priorité la réussite de l’opération. La ville a gardé, tout au long du développement du projet, la main sur les enjeux territoriaux, développé l’axe économique entre son centre ville et la ville voisine de Kiel pendant qu’ICADE avait la responsabilité de construire des bâtiments de qualité et, si possible, à caractère innovant.

Le projet articule le passage entre la presqu’île Malraux, l’ancien site industriel, et le quartier Danube, nouvel écoquartier. Plutôt qu’une accumulation de prouesses architecturales qui auraient exprimé la diversité des programmes du projet (mais qui auraient interdit toute évolution des immeubles, plus tard, j’ai préféré mettre en place un dispositif homogène et modéré, qui pouvait s’adapter à toutes les contraintes et les projets changeants d’un quartier en situation instantanée de métamorphose.

Avec l’axe Nord-Sud, le projet fait revivre le lien qui avait été interrompu par l’activité industrielle, entre le centre de Strasbourg et le quartier du Neudorf. 

Sur l’axe est-ouest, le projet s’installe comme une agrafe urbaine entre le centre de Strasbourg et l’axe de développement économique vers la ville de Kiel, en Allemagne.

Caractéristiques des bâtiments

  • Une trame unique pour tous les programmes. Ce qui permet d’adapter les programmes à toutes les données du projet et de présenter un système constructif beaucoup moins cher que dans une opération avec des destinations diverses, puisqu’il est le même, quels que soient les usages recherchés
  • Les noyaux de dessertes verticales sont situés au centre du bâtiment et les façades sont porteuses, ce qui permet de faire évoluer le cloisonnement intérieur sans la moindre difficulté constructive.
  • Les coursives qui enserrent le bâtiment permettent d’apporter aux bureaux comme aux logements, un usage confidentiel des surfaces développées.
  • En effet, ces coursives complétées par les brise-soleils et les garde-corps (finement ajourés) contribuent à préserver l’intégrité architecturale du bâtiment, vis-à-vis des espaces publics, quel que soit l’utilisation de ses espaces domestiques.

La réversibilité, entre une occupation de bureaux et une occupation de logements, est anticipée pour qu’elle puisse être effective, et se réaliser à moindre coût. Cette anticipation a été rendu possible par trois dispositions principales :

  • Des noyaux verticaux, conçus avec des mesures conservatoires, permettent de s’adapter aux réglementations particulières, à la fois à celles des logements et à celles des bureaux
  • La coursive des bureaux qui devient balcon pour les logements, sans aucune modification portée sur la façade extérieure
  • Les hauteurs, compatibles avec les différents usages et modifications de plan qui se feront par des modifications de cloisons et non pas de murs. Mesure économique. Des modifications sont aussi rendues possibles, au droit des plafonds et le dimensionnement des locaux techniques, comme celui des réseaux secondaires, n’est pas impacté.

La réversibilité permet d’accroitre la longévité de la valeur locative de l’immeuble, dans la mesure où l’utilisation du bâtiment s’adapte à la demande. Ce qui créé une valeur intrinsèque du bâtiment, valorisable à la construction.

Un bâtiment réversible est donc un bâtiment qui s’installe dans la durée. Pour ce faire, la qualité constructive et sa capacité à être pérenne, fait intrinsèquement partie de cette problématique. C’est une manière de reprendre la main, pour nous, architectes, sur l’opportunité de considérer la réversibilité comme une nouvelle base pour créer. Une occasion pour reprendre la main sur l’objectif de la construction.

Nous sommes dans un process industriel dont les bonnes raisons de faire les choses et les choix esthétiques se situent au croisement d’une identité architecturale qui est liée au contexte, de résolutions climatiques évidentes et urgentes et de la volonté d’installer désormais ces bâtiments dans la durée.

  • La perfection de mise en œuvre est indissociable d’une attention constructive (au boulon près), de chacun des panneaux.
  • Le clos couvert et la structure extérieure sont en aluminium et ne demandent pas d’entretien particulier
  • Les brise-soleils sont mobiles et ils permettent de réguler l’ensoleillement en été, comme en hiver, au plus près des besoins des acquéreurs ou des locataires.
  • L’isolation par l’extérieur et l’épaisseur statique du bâtiment contribuent à l’inertie thermique efficace requise du bâtiment

L’ensemble de ces dispositions constructives contribue à la qualité thermique passive du bâtiment, conçu pour faire face au climat continental de Strasbourg. Froid en hiver, chaud en été. Ici on peut voir les coursives, brise-soleil, marquise et garde-corps qui contribuent à réguler les températures et à hiérarchiser l’intimité des espaces vis-à-vis de l’espace public.

Cet immeuble qui reste lié à un process générique dans sa conception est en même temps une réponse attachée à un contexte industriel par son histoire et romantique par sa dimension poétique.  Il est pour cela duplicable dans sa méthode et dans ses objectifs sur d’autres sites, mais sa forme n’est pas duplicable. Sa matière et son identité architecturale sont complètement attachées aux bassins et aux cygnes !

 

Maître d'ouvrage : Icade
Architecte : Anne Démians mandataire
Directeur de projet : Martin Mercier, Jack Weinand
Chef de projet : Luca Muratorio, Julien Syras
Équipe : Juliette Mesnage, Clémence Yon, Alain Sabounjian, Igor Sanchez
BET Structure et Façade : VP & Green
BET Fluide Électricité : Alto Ingénierie
HQE : Alto Ingénierie
Maquettiste : International Model
Acousticien : Jean-Paul Lamoureux
Surface : 28 000 m² SDP
Coût : 55 M€ HT