Black Swans

STRASBOURG 2012 – 2018
Logements bureaux Hôtel Résidence étudiante et Résidence Services

IMMEUBLE A PLUSIEURS USAGES

A l’heure où l’environnement est considérablement malmené et qu’il provoque l’ouverture d’une conscience collective, (la COP 21 en est une illustration), on cherchera à démontrer que si le développement économique de nos sociétés évoluées est inéluctable, le climat ne peut, pour autant, en être la sempiternelle victime. Des formes de croisements compatibles sont à mettre en place, dans une urgence déclarée par les scientifiques.

Pourra-t-on encore longtemps gaspiller, à l’image des dernières décennies, chacun dans sa spécialité, matières et énergies, ressources et applications redondantes ?

Nous  devrons produire, dans l’avenir, une architecture domestique économe en matières et en énergies. Mais pas seulement à la construction. Dans leur durée de vie plus spécialement. Appuyons nous, par exemple, sur le nombre de bureaux construits en France ces dernières années, et dont l’obsolescence est inévitablement programmée (5 000 000m2 de bureaux sont inoccupés), contribuant à un mitage du territoire.

On l’observe, les cycles économiques sont de plus en plus courts et la construction, trop lente, ralentit par trop de contraintes réglementaires. Entre le moment où on conçoit  des espaces et celui où on les livre, le programme a déjà changé. Aussi, proposons-nous toujours, avec un succès de plus en plus  palpable, d’intégrer dans les gènes même du bâtiment cette idée d’adaptabilité générique qui modifie son plan intérieur sans que, pour autant, les modifications pénalisent son intégrité esthétique dans son inscription urbaine.

La réversibilité rend simplement libres et flexibles les espaces, configurables sous différents usages et principalement  capables de s’adapter à un autre usage que celui pour lequel ils auront été conçus.

Mais, cette disponibilité de l’espace considéré peut prendre différentes configurations. Pour les Black-Swans à Strasbourg, cette opération immobilière que je réalise pour le compte d’ICADE, près de la cathédrale, sur la presqu’île Malraux, je réponds, tout la fois, à la contrainte économique d’un projet mixte (bureaux/logements/équipements) et à l’évolutivité des programmes, dans l’immédiat ou dans le temps.

Ce projet peut donc être considéré exemplaire à deux titres. C’est premièrement une reconversion d’un site industriel, ne contribuant pas à la diminution des terrains agricoles. C’est deuxièmement, la naissance d’un nouveau Modèle de bâtiment qui fait prévaloir la mixité et la polyvalence des espaces, la mixité des populations économiques et professionnelles sur l’architecture proprement dite.

Le Modèle peut être dupliqué et adapté suivant son site, son contexte et ses programmes. On le nomme entre nous L’IDI (L’Immeuble à Destination Indéterminée). Cet Immeuble composite se caractérise par  trois dispositifs :

  • Une coursive qui vient lacer le bâtiment. Elle garantit son urbanité, filtre domestique entre l’espace public et l’espace privé des logements ou des bureaux. Identique dans les deux cas, elle témoigne de l’évolutivité possible des espaces desservis. Plus ou moins resserrée, plus ou moins élargie, elle est coursive d’entretien (devant un bureau), balcon (devant un logement) ou loggia (sur le canal).
  • Des distributions verticales sont dessinées avec des mesures conservatoires pour rendre conformes (normes de sécurité) les logements et les bureaux. Placées au centre du plan, elles n’impactent  jamais les façades qui se développent en totalité de leur  linéaire, autorisant ainsi toute autre cloisonnement.
  • Une trame unique est commune aux différents programmes. Cette disposition est nécessaire pour autoriser toutes les évolutions de programmes à la construction.

L’intérêt de ce projet se situe principalement dans l’alternative qu’il offre à la « mixité courante ». Plutôt qu’une collection d’objets finis, chargés en prouesses de toute sorte et ne satisfaisant qu’un regard daté sur les choses, le registre des assemblages se veut classique et moderne. Ce qui s’installe à Strasbourg c’est le projet d’un équilibre dressé entre deux temporalités. Celle qui est courte ou instantanée, avec son installation dans un site donné et remarquable et celle qui est longue et productive, à travers toutes les évolutions envisageables. Toutes celles aussi qui apparaitront certainement plus tard, induites par l’œuvre elle-même ; et dont on ne pourrait pas même en avoir l’idée aujourd’hui. C’est ce qu’on appelle les évidences masquées.

Anne Démians

Paris, le 1er février 2016