La nef

PARIS 1er 2020
Maître d'ouvrage : NOVAXIA
Architecte : Anne Démians
ACMH : Pierre-Antoine Gatier
Directrice de projet : Maïté Casas
Équipe : Alain Sabounjian, Georges Daou, Mathieu Rouveix, Antoine Leriche
Perspectives : Georges Daou
BET Façade : VP & Green
BET HQE : OTEIS
SDP : 700 m²
Coût : 1,8 M€ HT
La nef Hôtel-Dieu

UN PARFUM D’ETERNITE

C’est un passage, rien qu’un passage sur terre, mais pour elle c’est une éternité.

Patiente et silencieuse, longiligne, assumant avec une élégante discrétion ses rondeurs, la chapelle de la Cour Notre Dame ouvre un nouveau champ d’accès à la prière réflexe. Note poudrée et parfumée, elle laisse, derrière elle, le sillage express et vaporeux de ces endroits construits en pierres et en humidité, baignés d’encens et d’eau bénite.

Blanche et diaphane, allongée comme la blanche Ophélie dans un endroit exquis (sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles, la blanche Ophélia flotte comme un grand lys, très lentement, couchée en ses longs voiles/ Arthur RIMBAUD), elle fait peser, sur le ciel intérieur de l’Hôtel Dieu, cette touche nouvelle de translucidité qui la rend incroyablement belle et propice à la méditation teintée de l’ère moderne.

 

 

Une certaine conception de l’enthousiasme poétique.

Car, moins mélancolique que romantique, elle est sûrement de son époque. Douce et attentive, entrouverte au pèlerin venu pour prendre le pouls de sa voisine, la Cathédrale en souffrance, elle déroule son sol en bois à l’emplacement du jardin, encourageant alors chacun d’entre ceux qui sont venus pour elle (la Cathédrale) à dispenser piété, charité, pardon ou hospitalité. 

On y trouve, là, sa grande carcasse construite sur le pas de sa grande charpente de bois. Une succession décalée avec régularité d’arcs boutants dont les embouts ressemblent, mais en plus gros, au chas d’une aiguille. Et c’est dans l’enfilade des chas que se glisse une poutre de cime, de section ronde, qui raidit les arceaux et assemble une construction qui se couvre d’une membrane faite à partir d’une matière translucide portant le nom barbare de polypropylène.

Se dessinent alors les bases d’un vocabulaire classique mais vivant. C’est la fragilité de l’enveloppe qui choque seulement. Elle marque paradoxalement mais spontanément son temps. Une époque de contemplation dans laquelle la légèreté des esprits rejoint étrangement la massivité des corps. Y aurait-il quelque chose de désinvolte dans tout cela ? non, car à arrêter son regard sur son allure de drap blanc déployé du faîtage jusqu’au sol, on pourrait croire qu’elle serait aussi capable d’abriter tout autre chose que la prière.

Et si, ces derniers temps, la presse nous informait que tendance était à encombrer le parvis de Notre Dame avec toutes les hypothèses les plus extravagantes, on peut voir en celle-ci, la résolution simple d’une question simple : comment accueillir les pèlerins du monde entier sans encombrer la vue de la plus belle des patientes que l’histoire de la chrétienté nous aura laissée ?