M9D4

PARIS 13ème 2008 – 2014
55 logements en accession et commerces

Les immeubles hauts sont des paysages verticaux qui construisent des perspectives lointaine

Ces perspectives sont effectives, dès lors qu’elles amplifient le théâtre urbain, sa mise en scène. On met en opposition l’intimité indispensable due à un logement avec la profondeur qu’il faut inscrire sur toute la hauteur de l’immeuble, sans qu’il soit impensable d’évoquer la compatibilité des systèmes. La profondeur en question se dilate et se comprime suivant les orientations qu’on lui donne. Les prolongements extérieurs aux pièces principales s’exposent au Sud et à l’Ouest. De grands lés d’acier, perforés de trous ronds dont les diamètres sont variables, changent la valeur habituelle qu’on donne au plan de la surface extérieure d’une façade. Suivant qu’on ouvre ou qu’on ferme les parois coulissantes, l’espace qui se situe entre le plan extérieur de la façade et les baies coulissantes de l’appartement se transforme, proposé « protégé » ou présenté « exposé ». Le plan s’essaye à de nouvelles dispositions. Il groupe l’ensemble des contraintes inertes, au centre de l’appartement, et installe, en façade, toutes les surfaces actives.

Cet immeuble d’habitations s’inscrit dans le quartier neuf de Masséna, dans un agencement simple. 
Sur une topographie contrastée, le terrain qui lui est réservé s’étire entre la rue Léo Frankel et la rue du Chevaleret. Ce site est privilégié et sensible. Il se situe dans un quartier en complète renaissance et confronte nos visions toutes faites de l’urbanisme à l’essence même de ce qui devrait, dans les années à venir, produire du lien urbain et citadin.
L’architecture de ce projet se nourrit des enjeux citadins et des directives urbaines de Paris Rive Gauche, (architecture, paysage, gabarits, liaisons), comme des objectifs annoncés dans le cahier des charges particulières d’urbanisme et d’architecture de Bruno Fortier, architecte/ urbaniste et de Jean-Thierry Bloch, ingénieur.

Le socle, clairement dissocié des étages, se dresse sur deux niveaux différents de sol, permettant ainsi de rentrer, dans un même soubassement, les deux niveaux d’accès de la parcelle. Cette assise est minérale. Elle s’inscrit dans la continuité du socle en pierre de BUXY, couvrant déjà les soubassements des îlots d’à côté. Ce dispositif entre très vite en résonance avec la brèche ouverte dans les étages supérieurs, affirmant ainsi, à une échelle supérieure, une respiration intérieure, propre à l’ilot.

Le projet tire avantage des particularités du site, en préservant la liaison piétonne entre la rue Léo Frankel et la rue Jeanne Chauvin, en l’inscrivant au droit d’un porche traversant. Ce passage est commun à tous les habitants de l’immeuble et dessert, de part et d’autre du cheminement, les halls principaux des logements ainsi que les espaces de service mis à leur disposition (les vélos, les poussettes, les poubelles). Cette configuration permet de valoriser les espaces traversant de la parcelle. Elle favorise la perméabilité entre les espaces privés et les espaces publics

Le traitement du sol se matérialise par une alternance serrée de minéraux et de végétaux. C’est un autre jardin, mais privatisé, celui-ci, qui apparaît au troisième étage du bâtiment central. Il prolonge cette impression d’ouverture, déjà présente au sol, vers le haut.

Pour créer ce lieu hospitalier dont ce site avait besoin, plutôt ouvert aux échanges domestiques et pour lequel on pouvait penser qu’il était facile de proposer un modèle, il ne suffisait pas d’en référer aux classiques du genre, mais bien d’essayer de développer des dispositifs inédits et solides. 
La réalisation s’est développée sur l’idée de couches successives, organisées en filtres sélectifs, tantôt intérieurs, pour autoriser la vie en site propre, tantôt extérieurs, pour proposer une succession de degrés de confidentialité autorisant une totale liberté de repliement sur elle-même ou d’ouverture sur la ville

Les pièces principales sont largement vitrées sur les espaces des loggias et des balcons, trouvant ainsi un prolongement extérieur et une situation, de fait, qui fabrique des belvédères, à l’abri des regards. La lumière naturelle des pièces principales n’est en rien pénalisée par ces espaces protégés, dans la mesure où elles sont orientées en sud et sud/ouest, en plein soleil, sans vis-à-vis

L’esprit clos de l’îlot était toutefois préservé. Une vêture métallique emballait le tout, comme une protection qu’on opposerait aux vents froids. La disposition des différentes pièces dans le bâtiment, suivant les orientations, reste un élément fondamental et fondateur du projet.

La maille dessinée par nos soins est librement ajourée, toujours pareille, d’étage en étage. Les habitants restent en mesure de régler, à leur main, le degré d’ouverture des volets coulissants qui détermineront suivant leur position de glissement la densité de la lumière pénétrante.

Maître d'ouvrage : VINCI
Aménageur : SEMAPA
Architecte : Anne Demians
Directeur de projet : Martin Mercier
Chef de projet : Arnaud Housset
BET Economiste : Parica International
BET Structure : Egis bâtiment
BET Fluide Électricité : Parica International
BET Façade : VP & Green
Surface : 4 885 m² S.H.O.N
Coût : 8,7 M€ HT