Quai de lyon

LYON concours 2010

« L’Effet Papillon »

« Prédictibilité : le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? »
Edward Lorenz, météorologue, 1972.

Introduction

Le nouveau Centre Inter Universitaire se positionne comme un projet de développement fort pour le « Quartier des Facultés ».
Le choix du site, situé au cœur du Pôle Universitaire des Quais, permet de renforcer ses caractéristiques de Campus universitaire urbain et de rassembler dans un même lieu l’Institut Universitaire de Technologie (IUT) Jean Moulin Lyon 3, le Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur (PRES) « Université de Lyon », la Résidence et le Restaurant Universitaire du CROUS.

Le nouveau Centre Inter Universitaire est au centre de Lyon, non loin des berges du Rhône. Cette situation bénéficie du cadre positif d’une urbanité multiforme, cultivée, familière et démocratique, capable de créer du lien entre les valeurs patrimoniales, la modernité et une ambition européenne, sachant que Lyon Métropole occupe une place importante sur l’échiquier des grandes villes européennes.

A l’échelle de l’entreprise comme à l’échelle de l’Université, les nouvelles technologies modifient radicalement notre manière de travailler ou d’apprendre. Idées, contenus, créations. Les réseaux prennent le pas sur les techniques de production et sur la réalisation des projets.

L’évolution des outils de communication contribue à requalifier les espaces mêmes de ce travail. Du e-learning en passant par le wifi, les réseaux sont omniprésents. L’aventure architecturale, est l’occasion de casser les codes habituels d’aménagement de l’espace. Et le passage d’une logique de centralisation à une logique d’essaimage, rend d’autant plus vitale l’existence d’une Université commune, d’un lieu identitaire où les individus se rencontrent, échangent, accueillent et transmettent.

Avec la construction du nouveau Centre Inter Universitaire,  c’est l’occasion de transposer les valeurs fédératrices de l’Université dans un dispositif d’espaces  remarquables, pour leur organisation fonctionnelle et humaine, tout en tentant une résonance à l’échelle internationale. Il s’agit de réaliser un véritable hub de la pensée et de la prospective, identifiable par une identité architecturale forte qui permette de réunir les 4 entités dans une cohérence architecturale, toute à la fois complémentaire et spécifique pour chacune d’entre elles, sans rien perdre de leur indépendance fonctionnelle.

« Coquerico* …Coquelicot »

Les Monts d’Or dominent la ville. Trois collines ensemencées de coquelicots. Un jeune homme rêve d’horizon en chassant les papillons. Les coquelicots, soulevés par le vent, se confondent aux papillons d’argent. Leurs pétales rouges et froissés prennent des formes déployées et leurs anthères noires bleutées renforcent la densité de la  membrane des ailes. Un papillon, rouge et noir, s’envole du champ de ponceaux pour survoler la ville et y couler quelques souffles légers de quelques battements d’ailes. Il se pose près du Rhône et de la Saône, et s’invite, bouleversé et métamorphosé par le voyage, au jeu des assemblages savants, comme une pièce du puzzle.
 Ses battements d’ailes, toutes de soies aplaties, soulèvent le macadam et transforme le sol sédimenté qui s’anime. Les façades ‘s’empapillonnent’ de feuilles gris argent, grêlées de bleus soyeux et de violets insaisissables. C’est l’ensemble du site qui est pris, capturé à son tour, sans autre filet que celui qui tisse les liens imprévisibles de ‘l’Effet Papillon’: effets d’une métamorphose à la métamorphose d’effets, les pavots rouges se fossilisent, dans la résine qui recouvre le sol. Une vibration lumineuse et colorée se propage du sol jusqu’en haut des façades. Un ordre surprenant émerge du chaos. Là, au cœur du dispositif urbain, à l’intérieur d’un refuge hors du temps, les papillons s’impriment.
Coquelicots et papillons ont, en commun, bien plus que la couleur.  Ils partagent la même fragilité, la même légèreté, la même délicatesse. Ils sont principalement éphémères et leurs apparitions relèvent de l’inattendu et de l’émerveillement. Les fines membranes des ailes du papillon ou les tapis colorés de coquelicots sont un contrepoids inhabituel au réalisme puissant et extrême de l’espace. Il y a soudain ‘équilibre’ dans l’effet.
La mémoire appartient au site autant que le site appartient à la mémoire. L’espace y est une sédimentation de la nature proche ou passée, autant que de souvenirs singuliers. Ces souvenirs, personnels, venus des collines voisines, se retrouvent cristallisés dans les sols, les façades et l’espace. La lecture d’un site étant aussi rationnelle qu’émotionnelle, le lien entre l’objet et son contexte est aussi mémoriel.

‘L’identité du nouveau Centre Inter Universitaire se dessine par déplacements et par analogies, par transferts et par énergie’

*Coquerico : nom originel de coquelicot par analogie à la crête rouge des coqs
 
Une communication fluide et poétique entre les entités du nouveau centre universitaire autour d’un forum
Pour les campus universitaires urbains, insérés dans la ville sans limite perceptible, les questions de la centralité et de l’identité sont essentielles. A la différence de Harvard (CA, USA) ou de Columbia (NY, USA), le nouveau centre inter universitaire des Quais peut être l’une des pièces maitresses d’un damier dépourvu de hiérarchie. Les îlots étant volumétriquement plafonnés, la localisation du centre n’a pas de prééminence.
En plein Manhattan, la New York University est fédérée par Washington Square.
En plein Lyon, le Pôle universitaire des Quais est énergisé par le forum, centralité d’un nouveau genre. Chamboulement dans le campus.
Point de départ d’une énergie tour à tour centrifuge ou centripète…
Effet papillon maitrisé…

Une inscription urbaine ‘open’

Pour résoudre le dilemme d’un lieu qui se doit de rester ouvert, et pourtant suffisamment protégé de son environnement, pour garantir la tranquillité de la vie universitaire, le projet se développe sur l’idée d’une « enceinte ouverte ».
D’abord, l’implantation initiale en plusieurs corps de bâtiment le long des limites de la parcelle matérialise fortement la clôture de l’îlot. Elle dessine à première vue un cloître enserrant ses espaces extérieurs, et principalement sa cour. Cette enceinte est ensuite percée de larges trouées, de brèches, écartant tout sentiment d’enfermement et la mettant en relation avec les rues alentours.
La dualité de ce thème permet tout à la fois d’assurer les alignements indispensables à l’urbanité des rues, des parcelles limitrophes et l’ouverture nécessaire aux échanges et à la convivialité : c’est là une des lignes principales du projet.
Cette « traverse » relie et poursuit visuellement la rue Jaboulay jusqu’à la rue Grignard.
Il s’agit par l’usage et la façon d’ouvrir le centre universitaire sur l’extérieur, de proposer une expression contrastée entre l’alignement traditionnel de la rue et un cœur d’îlot vecteur d’activités universitaires.

Des accès hiérarchisés

Sur la rue Pasteur : C’est par de larges ouvertures sur les différents halls d’accès du PRES et de l’IUT, situées à rez-de-chaussée que le nouveau centre universitaire instaure un dialogue avec le quartier.
Les halls s’étirent en galerie le long de la rue Pasteur, véritable parvis du nouveau centre inter-universitaire. Le cœur d’îlot perceptible dès la rue se découvre largement dès passé les halls en créant un déambulatoire lumineux où les vues sur l’extérieur donnent beaucoup d’agrément à la fréquentation du pôle.
Sur la rue Grignard : Les accès aux deux entités gérées par le CROUS se font rue Paulin par des halls largement vitrés et traversants notamment pour celui du restaurant universitaire.
Les accès livraisons du restaurant universitaire et au parking de la résidence étudiante se fait sur la rue P. Grignard.

Le cœur d’îlot

Le cœur d’îlot est une composante fonctionnelle essentielle du projet. Visuellement ouvert sur l’extérieur et le quartier, l’espace est entièrement libéré par l’enfouissement des amphithéâtres.
Ce forum offre une large surface rectangulaire (de 1845m²) qui se divise en deux parties ( de 1115m² et 730m²). L’une est essentiellement minérale pour permettre le rassemblement des étudiants du campus ou l’organisation d’évènements universitaires ou culturels à vocation plus large. L’autre plus végétale est caractérisée par un mail d’arbres de hautes tiges plantés dans de la pleine terre qui permettra la déambulation et offre un couvert d’arbre propice à la flânerie.
Du point de vue environnemental, la construction du sol minéral reste perméable sur une grande partie afin de respecter des impératifs de limitation de l’imperméabilisation des sols.
Le projet offre donc une place urbaine privatisée pour le centre universitaire dont l’accès est limité par des portails (elle peut aussi être ouverte occasionnellement au public). Cette ouverture urbaine conforte le PRES, l’IUT, le Restaurant Universitaire et la Résidence Universitaire comme des pièces dynamiques de la vie estudiantine à l’échelle de la ville.
Dans ce cœur d’ilot, articulant les quatre entités programmatiques, est prévu : la circulation piétonne traversante, les livraisons pour le PRES et l’IUT, le stationnement des vélos, une terrasse pour le Faculty Club et une terrasse pour le Restaurant Universitaire. Un accès direct depuis l’extérieur aux amphithéâtres est également possible, permettant par exemple l’organisation de conférences ou de concerts publics. Le cœur d’îlot est un forum au cœur de la ville.

Concept

La cour évoque un paysage sédimentaire stratifié, en référence à l’excavation du sous-sol pour la construction de l’amphithéâtre.
De fines strates en basalte fondu, roche naturelle manipulée par la main de l’homme, tapissent le sol pour former un graphisme subtil et élégant.
Ce sol, est planté dans la partie en pleine terre ( de 730m²) par un mail d’arbres, parfois même “fissuré” pour laisser émerger de fines lamelles de végétation rase, ou ponctué de pétales de coquelicots “fossilisés” dans des dalles en résine.
Cet espace à dominante minérale, accessible en permanence, permet une grande flexibilité d’utilisation pour des activités de plein air : concerts, diffusions sur grand écran ou autres activités étudiantes.
Enfin, de larges banquettes en résine sont disposées judicieusement dans la cour, et donnent l’impression d’être en lévitation au-dessus d’un fragment de champ de coquelicots…

Maître d'ouvrage : IUT J. Moulin Lyon 3, Pôle de Recherche et d'Enseignement "Université de Lyon" et CROUS
Architecte : Anne Démians
Directeur de projet : Philippe Monjaret
Équipe : Julie de Legge, Alain Sabounjian, Cong Chen, Stéphane Bauche
BET Structure : VP & Green
HQE : RFR éléments