Le Terrarium Annecy NTN-SNR

Le Terrarium Annecy NTN-SNR -2019
Maître d'ouvrage : UrbanEra
Architecte : Anne Démians
Directeur de projet : Alain Sabounjian
Chef de projet : Maïté Casas
Perspectives : George Daou
Paysagiste : Michel Desvigne
Acousticien : Jean-Paul Lamoureux
Surface : 17900m²

ANNECY / Les Hirondelles / CARTE D’EXPERIENCES DE VIE

On pourrait considérer ma proposition pour Annecy-Les Hirondelles comme un empilement méthodique et simpliste d’appartements, réalisé à l’intérieur d’un gabarit de hauteurs fixé par la ville d’Annecy. Une suite d’appartements réglés, tous, sur le même calibre. Et on aurait pu ajouter  que tous les espaces, créés pour l’occasion, s’accompagneraient d’une réversibilité devenue, aujourd’hui, incontournable. Nous aurions pu, alors, en rester là.

En fait, j’avais décidé, à ce moment de l’avancement du projet, d’aller plus loin, en déplaçant son aspect apparemment contraint avec ce qui pouvait ressortir de l’insolite. Je m’appuierais sur la base minimale que je venais d’arrêter. Et, sans avoir à la perturber, de trop, j’y introduirais une autre dimension : celle des interférences visibles.

ACTE 1 / Les enjeux du projet dans le site

Le projet se présentait alors dans une succession verticale de plans, tous identiques et standardisés au maximum, pour fabriquer une figure urbaine rectangulaire d’apparence classique. On y trouvait une cour intérieure, plantée de grands carrés de végétaux variés, et des bâtiments dressés tout autour, sur un même gabarit. Les appartements avaient tous vue dessus en même temps qu’ils ouvraient des fenêtres sur la ville. Les objectifs en densité du site, surtout, puis sa géométrie, par voie de conséquence, en avaient décidé ainsi.

Enfin presque.

Car, c’était une figure parfaite et systématique, inspirée des places royales des grandes capitales ou des jardins classiques qui les nomment parfois. Une figure urbaine haute de 6 étages au-dessus d’un rez-de-chaussée qui dressait ses façades sur le dessin d’un quadrillage horizontal, dont les dimensions et le rythme avaient été inspirés par les grands casiers mis en scène dans une œuvre de 1973 de Christian Boltanski « Inventaire d’objets ayant appartenu à une vieille dame ».

On y trouve le contenu d’une vie peuplée d’objets, devenus brusquement autonomes, par la seule décision de l’artiste. On insiste sur la construction d’une vie, revue à travers des empilements de sujets différents, mis dans un étalage frontal et faits de successions calibrées. On peut, alors, oser la comparaison avec celle d’un immeuble qui, plus qu’un empilement ordinaire de familles, dessinerait une carte d’expériences de vie.

Ainsi l’œuvre d’architecture nait, qui se compose de contraintes urbaines et économiques, de géométries spécifiques et de récits prompts à identifier le résultat.

ACTE 2 / Intégration paysagère a l’échelle du bâtiment

L’œuvre m’apparaissait, avec sa première forme, comme incomplète. Il s’agissait de la conduire vers plus d’esprit et d’élégance. Et je compris assez vite que l’espace urbain que j’avais dessiné au cours du premier acte n’était pas suffisant. C’était juste un espace ouvert entre l’immeuble formant ilot et l’autre bâtiment, plus petit. Mais rien, en particulier, n’évoquait la dimension complice que je cherchais à donner aux ouvrages et à leur mise en scène, depuis le début.

Aussi, me suis-je mise à creuser la masse bâtie du premier immeuble afin de faire sauter 4 de ses trames de façade, sur une hauteur d’étage. L’action était engagée au droit du rez-de-chaussée et du quatrième étage, reprise identiquement sur les angles sud et nord de la figure.

L’ilot était fendu horizontalement en quatre endroits stratégiques de sa masse. Les césures laissaient apercevoir les intérieurs plantés de la cour, depuis l’extérieur. Elles apportaient à l’immeuble des respirations expressives, au sol et dans les étages, et se vivaient comme de véritables ornements vides dans la composition du bâtiment.

Les pièces entières que nous détachions de l’angle du quatrième étage étaient déplacées dans le petit immeuble placé sur la pointe de la parcelle. Leur géométrie et leur épiderme restaient très voisines des traces qu’on pouvait encore voir au droit des vides laissés par leur extraction. L’illusion du déplacement était parfaite parce qu’il était visible.

L’œuvre poursuivait la recherche de sa finalité dans une composition plus complète, proposant pour cela une suite d’interférences posée entre les bâtiments. Ces interventions se concrétisaient par des hybridations géométriquement simples et colorées, dispositions-miroirs, univers transplanté symétriquement à l’identique sur une structure voisine ou en vis-à-vis, remplissage complet des vides par des matières exogènes au milieu.