Ziegelwasser

STRASBOURG 2012 – 2016

Cette réalisation se situe dans le quartier du Neudorf, au sud/est de Strasbourg. C’est un quartier dense en habitat social qui s’est construit dans un cadre verdoyant qui borde la rivière Ziegelwasser. Cette résidence sociale regroupe 295 logements, sur le site même du Foyer de travailleurs migrants existant. Cette opération devrait permettre de restructurer en partie le quartier du Neudorf, bien desservi depuis le centre de Strasbourg.

Le bâtiment qui existait sur le site était une tour de neuf étages  posée sur un socle. Elle était  enracinée au milieu de la parcelle. C’était plus de  300 accueils qui s’adressaient à des migrants, personnes, pour la plupart d’entre elles, isolées et sans repères. Cet immeuble, désamianté puis démoli, ses occupants seront donc relogés dans une nouvelle Résidence (précisément celle dont on m’a confié la direction des travaux) grâce à une opération de redistribution des espaces, réalisée en deux  phases de travaux.

Les bâtiments sont construits tout autour d’un grand et beau jardin central. Le dispositif constructif mis en place, avec des pilotis, permet de décoller les bâtiments du sol et de créer automatiquement des transparences basses qui ouvrent les regards sur le jardin. Cet espace se présente sous la forme d’une prairie modelée, suivant une succession de facettes qui prennent le soleil suivant les heures de la journée. Le parc de stationnement est enfoui sous le jardin. Des arbres de hautes tiges ont été plantés librement sur le terrain. On peut ainsi apercevoir le jardin de Ziegelwasser depuis la rue Soultz, à  travers les  pilotis. 

C’est une opération de constructions destinées aux travailleurs immigrés. ADOMA (anciennement SONACOTRA) en est le commanditaire.

L’adresse est un critère important. Et je pense, avant tout, à cette situation qui définit une localisation de référence, un lieu où on vous trouve, où on vous reconnait, où on peut dire qu’on habite ici. Mieux qu’un Formule 1 de Départementale, mieux qu’un abri précaire, mieux qu’un logement de fortune placé au cœur d’un squat.

L’attention portée aux aménagements intérieurs des appartements, à la lumière qui y entre, à la disposition des immeubles dans le site, à leur densité, à leur solidité, à leurs façades, comme au nombre de locataires par étage a permis de réaliser une opération bien tenue.

Loin d’être la réplique économique d’une de mes œuvres ou loin d’être la copie d’un modèle sur catalogue de Foyers pour personnes en difficultés, Ziegelwasser a son propre langage. Elle n’avance aucun résultat précipité qui se justifierait par cette médiocrité démobilisatrice que le système induit, mais développe des caractéristiques composées et raisonnées, qui fondent, au contraire, de nouveaux modèles.

J’ai voulu que les actions éparpillées de nos prédécesseurs en la matière servent de référence à ce qu’il ne fallait pas reprendre. Pour cela, j’ai dû alerter l’opérateur qu’une expérience réductrice ne serait, en rien, profitable au reflet de sa nouvelle politique d’accueil, qu’il voulait avenante, mais directe. Mettant à profit ces  penchants radicaux nécessaires quand tout est perdu, j’ai joué sur une rationalité constructive intransigeante pour construire les deux ouvrages et arracher, ainsi, au constructeur, cette économie vérifiable, qui me permettait de réserver un budget suffisant pour tout le reste. Les enveloppes, plus techniques aujourd’hui qu’auparavant, devenaient automatiquement de vrais sujets technologiques (Energie, déperditions) et prenaient des allures inédites grâce à un dessin tout autant fonctionnel que spécifique. 

C’est une réalisation qui est lourde de sens du point de vue social. Des 8m2 réservés à la chambre, comme c’était encore le cas, il y a une dizaine d’années, nous sommes passés à 18m2. Ce qui constitue l’essentiel de la progression d’un tel projet (Et je n’y suis pour rien). Il me restait donc à travailler sur la répétitivité, des surfaces données et de voir comment nous pourrions brouiller et enrichir le dessin de cette nécessaire répétition de composants (aussi bien les chambres que leurs fenêtres).

Je ne pouvais pas échapper à une telle gamme de notes qui se répètent, mais il fallait bien trouver une solution pour l’exacerber. Apres tout, le Boléro de Ravel, joue bien sur ce registre pour en faire une œuvre particulière. Nous ferions donc un Boléro de Ziegelwasser.

Les chambres, pour le moins toutes identiques, se répartissent le long d’un long couloir et ont toutes une grande baie qui ouvre sur le jardin. Les façades sont faites à partir d’une matière unique et enveloppante : L’aluminium qui, d’un gris lumineux brossé, et homogène, renvoie la lumière du dehors vers le jardin et la ville, tout en laissant entrer dans les chambres, à travers des successions radioconcentriques de perforations (aux diamètres différents), des raies de soleil puissants mais contrôlables.

 On voit sans être vu et c’est ici, une des conditions de l’intimité ethnique, indispensable à l’équilibre social de la Résidence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Maître d'ouvrage : Adoma
Architecte : Anne Démians
Directeur de projet : Philippe Monjaret
Chef de projet : Arnaud Housset, Alain Sabounjian, Marielle Kremp
BET Structure et Façade : VP & Green
BET Fluide Électricité : Alto Ingénierie
HQE : Alto Ingénierie
Acousticien : Jean-Paul Lamoureux
Surface : 6 000 m² SDP
Coût : 13.2 M€ HT