Tables rondes / Conférences

Conférence ENSA Paris-Val de Seine

« DES IMMEUBLES PAS TOUT À FAIT FINIS ».

La notion « d’immeubles pas tout à fait finis » ne signifie, en aucune façon, qu’il faille laisser des immeubles en voie d’achèvement.

 Il s’agit plutôt de répondre, en construisant, à des exigences nouvelles en économies de matières et de nuisances, pour nous empêcher de tout reconstruire à chaque fois et de tout avoir à refaire quand on cherche à densifier ou à modifier la ville.

 Les additions et les adaptations ponctuelles sont alors rendues possibles par la mise en place d’ajouts dessinés à partir de géométries et de supports pensés pour cela.

 Il s’agit d’apprendre à moins (ou à mieux) consommer, comme apprendre à moins (ou à mieux) construire. Ce qui reviendrait à produire une nouvelle esthétique.

J’aurais pu consacrer l’intervention de ces soir à présenter l’ensemble de mes réalisations. J’ai décidé de préférence de vous transcrire la vision plutôt militante de mon travail d’architecte. Et cela à travers peut-être les projets les plus importants de mon parcours.  

Il me semble, en effet, important que les architectes se remettent à réinvestir le champ des idées et de l’engagement citoyen afin de contribuer à faire que notre environnement urbain, notre espace santé et leur dimension esthétique soient urgemment remis entre de bonnes mains.

Comme toile de fond à ce propos, nous dirons que l’actualité écologique a complètement modifié notre rapport au monde :

  • D’une part avec l’apparition récente et massive de l’hyper-communication qui, liée très étroitement à l’internet, aura multiplié nos échanges virtuels et la fréquence de nos déplacements.
  • D’autre part parce que nous sommes passés de la société sédentaire à la société nomade et que les bouleversements qui s’en sont suivis n’ont pas encore été accompagnés. (Un récent rapport avance que plus d’un milliard de personnes se retrouveront sur les routes dans les années à venir, pour des raisons climatiques (les réfugiés climatiques pour plus de la moitié d’entre elles) ou des raisons politiques.
  • Enfin, avec la population sur terre qui augmente sans ralentissement palpable ? Nous consommerions, désormais, chaque année, considérablement plus que ce que toutes les ressources naturelles de la terre pourraient encore produire.

Or, face à ces constats scientifiques et sérieux et en s’extrayant du débat politique trop enlisé, nous pouvons avoir 2 attitudes qui ne sont pas forcément opposées mais complémentaires.

1/ D’un côté, on agit pour sauver nos espaces naturels, en préservant des ilots des méfaits de la pollution et de la destruction massive produite par le foncier. Mais pour combien de temps ?

2/ D’un autre côté, on réfléchit plus fondamentalement à la manière de faire la ville de demain pour la rendre plus adaptable et plus ouverte à ces évolutions impalpables pour le moment, mais inéluctables pour les années à venir.  On agit sur nos villes comme nouveaux espaces de vie, denses, contenus et moins générateurs de désordres

Ce que je propose donc aujourd’hui n’est qu’un début de réponse, circonscrit au seul domaine de la construction et pour lequel les architectes ont des réponses responsables à apporter.

Mon intervention parle de la ville mutable peuplée d’immeubles que j’ai voulus « pas tout à fait finis »

Le groupe RBR 2020-RBR 2050

Depuis 2010, je participe au groupe de travail RBR 2020-2050, commission dirigée par Philippe PELLETIER, missionné par le Ministère de l’Ecologie, de l’Energie et de la Cohésion des territoires Ce groupe a pour mission de proposer des solutions pour rendre les bâtiments plus responsables et que l’énergie consommée soit beaucoup mieux gérée qu’elle ne l’est aujourd’hui sur notre territoire. Il s’agit de mettre en lumière et de favoriser une prise de conscience collective sur le climat qui pourra faire changer les choses, dans un proche avenir.

De « sortir en quelque sorte de cette globalisation des réglementations thermiques qui sont identiques sur l’ensemble du territoire français, alors même que nous avons un climat extrêmement varié entre le nord et le sud ». 

Les représentants de ce groupe sont des représentants publics et privés. La poste, EDF, le CSTB pour le secteur public. BOUYGUES, le Crédit Agricole et autres promoteurs pour le secteur privé. Tous, sont des acteurs et des grands décideurs de la construction en France.

Et c’est dans le cadre de ce groupe de travail que j’ai rédigé, début 2018, un texte sur la ville moderne et flexible, dont le titre était : EMBARQUEMENT IMMEDIAT

Dans ce texte, j’articulais mes arguments autour de 5 points :

1/Zéro carbone/ construire des bâtiments moins émissifs en carbone et préserver ainsi la biodiversité de nos territoires 

2/Réversibilité des espaces/ à l’échelle de la ville, et afin d’éviter de détériorer le territoire avec des immeubles dédiés, devenus vite obsolètes, il s’agit, en priorité, de ne rien figer, mais de proposer des espaces à caractère « disponible », capables de s’adapter, en temps réel, aux évolutions des besoins des populations et de se situer au plus près des cycles économiques devenus de + en + courts.

3/ Les 3 échelles/ agir efficacement sur l’environnement ne peut se faire qu’avec l’attention particulière qu’on porterait sur 3 échelles majeures en termes de planification urbaine : l’immeuble, le quartier et le territoire.

Nous sommes, déjà, aujourd’hui dans le partage plus ou moins accompli de ces 3 points. C’est déjà beaucoup, mais on doit considérer que ce n’est qu’une étape pour intégrer toutes les dimensions de la construction dans une analyse territoriale ou internationale.

4/ Les échanges responsables

Nous sommes dépendants de la production énergétique d’autres pays et de leurs demandes en matière d’énergie produite chez nous.

Car, est-ce bien normal que notre capacité à augmenter, d’une manière déterminante, les énergies renouvelables, soit assujettie au recul du charbon en Allemagne ? Nous sommes en retard sur le développement de ces énergies propres, comme l’éolien terrestre et hydraulique, le photovoltaïque, la méthanisation ou le bois-énergie, selon les régions dans lesquelles elles se développent »

La France possède, par ailleurs et paradoxalement, des ressources naturelles extrêmement variées :  à l’ouest : le vent, au nord : la pluie, au sud : le soleil, à l’est : l’eau douce

Il faudrait donc favoriser les échanges en agissant sur l’ensemble des paramètres d’une urbanisation durable, connectée à d’autres urbanisations pour stimuler la compétition et la solidarité entre les régions. Car, c’est en utilisant mieux nos ressources naturelles et en les mettant sur des lignes d’échanges responsables, que nous mettrions en place des dispositions efficaces qui seraient issues alors d’un modèle français. Ce modèle émergerait sur sa capacité à réorganiser les consommations et à accroitre l’autonomie énergétique des régions par des échanges intelligents entre elles, voire même jusqu’aux pays limitrophes.

5/ L’IDEE (ou L’Institut pour le Développement d’un Environnement Evolutif)

Pour agir efficacement et développer utilement ces échanges, 4 Instituts seraient alors créés. Favorisant le développement pour un Environnement Evolutif (IDEE), ils se répartiraient sur les territoires de 4 régions climatiques. Ce serait des Instituts qui centraliseraient les informations régionales et favoriseraient la construction et l’architecture les mieux adaptées aux spécificités climatiques et industrielles des régions concernées.

Ces données resteraient à la disposition de membres choisis dans des branches professionnelles et universitaires différentes : planification, environnement, politique, paysages, économie, énergie, sciences, philosophie paysage et architecture. Ils apporteraient aux maires, aux collectivités territoriales et aux régions, des propositions objectives, critiques et constructives.

Exemple : ces Instituts seraient en mesure d’absorber toute la créativité des Ecoles d’architecture de les restituer dans le cadre d’un intérêt collectif qui serait marqué par des lois ou par des mesures de bon sens prises à tous les niveaux de la décision de construire.

Zéro CARBONE

En 2008, je fus la toute première lauréate du concours lancé par EDF pour répondre à la question BAS CARBONE. Cette distinction changea beaucoup de choses dans le regard que j’ai pu avoir, par la suite, dans mes projets.

La question était la suivante : « Comment diminuer efficacement l’impact des émissions de carbone, produites par les bâtiments, dans l’atmosphère ? »

On sait que la construction des bâtiments dans le monde contribue pour 40% de l’émission de CO² dans l’atmosphère. Or, les émissions massives de carbone, nous dit-on, contribuent à l’effet de serre et à l’augmentation des températures moyennes sur la surface terrestre.

L’enjeu du concours était de proposer un nouveau type de bâtiment, peu émissif en CO², afin de faire évoluer responsablement les paramètres de la construction.

Ma proposition s’est articulée autour de 4 points :

1/ La forme pure du carbone c’est le diamant et la forme impure, c’est le dioxyde de carbone. Pour l’identité architecturale d’un bâtiment peu émissif en carbone, j’ai pris la forme du diamant et l’ai traduite dans le projet plastique.

2/ Je remets au gout du jour « le courant d’air », cette forme simple et naturelle de la ventilation

Le bâtiment s’installe dans le sud de la France à Montpellier. Il est peu épais. J’installe de grandes ouvertures au sud et de petites ouvertures au nord. En été la différence thermique entre la façade exposée au soleil et celle qui reste exposée au nord crée des mouvements d’air profitables qui permettent aux étages d’assurer leur propre rafraichissement, sans qu’on ait besoin d’y ajouter une quelconque technique énergivore.

3/ J’intègre par ailleurs les résultats d’une recherche conduite à l’université de TOKYO par le DR Hideki KOYANAKA et ses équipes en intégrant des cassettes de dioxyde manganèse sur mes façades. En effet, il fait la démonstration que le dioxyde de manganèse permet, par l’action conjuguée de l’eau et du soleil, une photosynthèse artificielle. C’est ainsi que le bâtiment, au lieu d’émettre du carbone, diffuserait de l’oxygène.

4/ Chaque matériau de cette construction est choisi et retenu pour son bilan carbone, notamment en ne retenant que les moins énergivores au niveau de leur fabrication, leur maintenance et leur recyclage. Analyse complète du cycle de vie des matériaux

Nous sommes dans une période médiane où « maitriser l’émission du carbone dans l’atmosphère » est loin d’être acquis. Mais, intégrer ce paramètre dans les réflexions sur toutes les constructions à venir serait déterminant. Les prochaines réglementations viseront évidemment à un degré d’émission niveau zéro carbone pour toute la construction.

Réversibilité des espaces

Je considère la réversibilité des espaces comme le point de départ positif d’une nouvelle économie développée pour mieux construire et pour conserver plus longtemps la qualité et « la dimension ouverte et transformable » des ouvrages.

Il s’agit de cumuler les avantages et les points distinctifs des structures conduisant à la construction des immeubles de bureaux à ceux des logements, des hôtels ou des résidences pour en ressortir avec une base commune, servant de guide. Ce qui permettrait, par exemple, pour les logements, de bénéficier de plus de hauteur (qualité de l’espace), aux bureaux de s’appuyer sur des coursives périphériques (maintenance) ou sur des terrasses

J’ai déposé en 2017, avec ICADE le label IDI, Immeuble à Destination Indéterminée.

Et j’illustrerai plus précisément ce point avec la présentation des black Swan à STRASBOURG qui était, au moment du concours, un projet théorique et prospectif et qui fait aujourd’hui la démonstration que les objectifs sont atteints avec leur réalisation.

3/ Simultanéité et complémentarité des 3 échelles

Les différents projets qui vont être présentés s’intéressent à la complémentarité entre les 3 échelles de la ville : celle du bâtiment, celle du quartier et celle du territoire.

La maitrise des émissions de carbone à l’échelle des bâtiments doit être étendue au-delà au quartier, vers le territoire, par l’anticipation des besoins, en ne figeant rien. On pense le territoire comme une grille d’espaces disponibles, adaptables à chaque époque qu’ils traversent.

TROIS REALISATIONS

Sont à suivre donc, 3 Réalisations qui intègrent et illustrent mon propos sur les 3 premiers points d’EMBARQUEMENT IMMEDIAT

Ce sont 3 projets livrés ou en cours de livraison :

Black swans comme nouveau modèle « réalisé » de réversibilité des espaces

Les Dunes, un bâtiment-paysage, mise en espace de nouvelles façons de nous comporter au bureau, à une époque où l’hyper-communication propose (ou impose) de nouveaux rapports au travail. Un bâtiment-paysage qui incarne la complémentarité des échelles entre un bâtiment, un quartier et un territoire.

La Place de la Porte d’Auteuil, comme mise en commun de moyens de conception comme de réalisation, pour aboutir à plus de qualité, plus de rationalité, plus d’évolutivité et davantage de créativité esthétique, dans le cadre plus global d’une disposition générale passive et peu émissive en carbone.

LES BLACK SWANS

C’est un projet vertueux, à la base, puisqu’il s’agit de reconstruire la ville sur la ville en reconvertissant un ancien site industriel en un nouveau quartier de centre-ville, situé tout près  de la Cathédrale de STRASBOURG

C’est un morceau de ville de 30 000m², que je construis à STRASBOURG. L’opération sera terminée en janvier 2019.

Le concours, lancé en 2012, est un concours public-privé, lancé conjointement par la ville de STRASBOURG et ICADE.  C’est, à mon avis, là que se situe en priorité la réussite de l’opération. La ville a gardé, tout au long du développement du projet, la main sur les enjeux territoriaux, développé l’axe économique entre le centre de STRASBOURG et la ville voisine de KIEL pendant qu’ICADE avait la responsabilité de construire des bâtiments de qualité et, si possible, à caractère innovant.

Le projet articule le passage entre la presqu’île MALRAUX, l’ancien site industriel, et le quartier DANUBE, nouvel écoquartier. Plutôt qu’une accumulation de prouesses architecturales qui auraient exprimé la diversité des programmes du projet (.. mais qui auraient interdit toute évolution des immeubles, plus tard, j’ai préféré mettre en place un dispositif homogène et modéré, qui pouvait s’adapter à toutes les contraintes et les projets changeants d’un quartier en situation instantanée de métamorphose.

Avec l’axe Nord-Sud, le projet fait revivre le lien qui avait été interrompu par l’activité industrielle, entre le centre de STRASBOURG et le quartier du NEUDORF, de KIEL, en Allemagne.

Ce nouveau quartier est largement desservi et relié en tout point du territoire proche et lointain, par des transports en commun, propres comme le tramway, notamment. Cette disposition urbaine favorise l’essor des commerces et des services associées à cette opération mixte.

C’est une opération qui mixte des programmes de logements étudiants, de logements privés, de résidence-services, d’hôtel de luxe, de bureaux et de commerces.

On le voit, les tours de 50 m se décalent les unes par rapport aux autres, pour ne pas porter ombres, les unes sur les autres et favoriser des vues lointaines.

Si on dit de ces bâtiments qu’ils ne sont « pas tout à fait finis », c’est qu’ils sont aptes, à accepter plusieurs formes d’évolution. Le programme a d’ailleurs déjà évolué, pour plus de 50% de sa surface, entre le concours et sa réalisation.

 Caractéristiques des immeubles pas tout à fait finis

Ils se caractérisent par :

  • Une trame unique pour tous les programmes. Ce qui permet d’adapter les programmes à toutes les données du projet et de présenter un système constructif beaucoup moins cher que dans une opération avec des destinations diverses, puisqu’il est le même, quels que soient les usages recherchés
  • Les noyaux de dessertes verticales sont situés au centre du bâtiment et les façades sont porteuses, ce qui permet de faire évoluer le cloisonnement intérieur sans la moindre difficulté constructive.
  • Les coursives qui enserrent le bâtiment permettent d’apporter aux bureaux comme aux logements, un usage confidentiel des surfaces développées.
  • En effet, ces coursives complétées par les brise-soleils et les garde-corps (finement ajourés) contribuent à préserver l’intégrité architecturale du bâtiment, vis-à-vis des espaces publics, quel que soit l’utilisation de ses espaces domestiques

Les plans des 3 bâtiments dans leur configuration définitive qui a évolué à plus de 50% entre le concours et la réalisation. On devine les 3 tours décalées les unes par rapport aux autres pour ne pas pénaliser la vue et l’ensoleillement de chacune d’entre elles.

La réversibilité, entre une occupation de bureaux et une occupation de logements, est anticipée pour qu’elle puisse être effective, et se réaliser à moindre coût. Cette anticipation a été rendu possible par trois dispositions principales :

  • Des noyaux verticaux, conçus avec des mesures conservatoires qui leur permettent de s’adapter aux réglementations particulières, à la fois celles des logements et celles des bureaux
  • La coursive des bureaux qui devient balcon pour les logements, sans aucune modification portée sur la façade extérieure
  • Les hauteurs, compatibles avec les différents usages et modifications de plan qui se feront par des modifications de cloisons et non pas de murs. Mesure économique. Des modifications sont aussi rendues possibles, au droit des plafonds et le dimensionnement des locaux techniques, comme celui des réseaux secondaires, n’est pas impacté.

La réversibilité permet d’accroitre la longévité de la valeur locative de l’immeuble, dans la mesure où l’utilisation du bâtiment s’adapte à la demande. Ce qui créé une valeur intrinsèque du bâtiment, valorisable à la construction.

Un bâtiment réversible est donc un bâtiment qui s’installe dans la durée. Pour ce faire, la qualité constructive et sa capacité à être pérenne, fait intrinsèquement partie de cette problématique. C’est une manière de reprendre la main, pour nous, architectes, sur l’opportunité de considérer la réversibilité comme une nouvelle base pour créer. Une occasion pour reprendre la main sur l’objectif de la construction.

Nous sommes dans un process industriel dont les bonnes raisons de faire les choses et les choix esthétiques se situent au croisement d’une identité architecturale qui est  liée au contexte, de résolutions climatiques évidentes et urgentes et de la volonté d’installer désormais ces bâtiments dans la durée.

  • La perfection de mise en œuvre est indissociable d’une attention constructive (au boulon près), de chacun des panneaux.
  • Le clos couvert et la structure extérieure sont en aluminium et ne demandent pas d’entretien particulier
  • Les brise-soleils sont mobiles et ils permettent de réguler l’ensoleillement en été, comme en hiver, au plus près des besoins des acquéreurs ou des locataires.
  • L’isolation par l’extérieur et l’épaisseur statique du bâtiment contribuent à l’inertie thermique efficace requise du bâtiment

L’ensemble de ces dispositions constructives contribue à la qualité thermique passive du bâtiment, conçu pour faire face au climat continental de STRASBOURG. Froid en hiver, chaud en été. Ici on peut voir les coursives, brise-soleil, marquise et garde-corps qui contribuent à réguler les températures et à hiérarchiser l’intimité des espaces vis-à-vis de l’espace public.

Le RDC, en double hauteur, contribue à une plus grande disponibilité des espaces de commerces et permet à tout moment d’en changer l’affectation. La contrainte de la disponibilité est un prétexte à améliorer la qualité des espaces du RDC.

On peut voir, les différents halls de logements qui bénéficient d’une double hauteurAu centre, la photo des 3 tours, aujourd’hui (en cours de livraison) et à droite l’image initiale de l’esquisse. On peut voir qu’il n’y a pas une grande différence, alors même que le programme à changer de plus de 50% !           

Contextuel

Cet immeuble qui reste lié à un process générique dans sa conception est en même temps une réponse attachée à un contexte industriel par son histoire et romantique par sa dimension poétique.  Il est pour cela duplicable dans sa méthode et dans ses objectifs sur d’autres sites, mais sa forme n’est pas duplicable. Sa matière et son identité architecturale sont complètement attachées aux bassins et aux cygnes !

Hybridations / Aller plus loin

Ce qui importe aujourd’hui, c’est de proposer des immeubles qui, bien que pouvant apparaitre comme achevés, restent ouverts (par leur constitution même), à des ajustements, à des mutations, voire à des additions, qui les font vivre au-delà de la configuration qu’ils montrent le jour de leur livraison.

Hybridations/ Embasement

Si on dit d’eux qu’ils ne sont « pas tout à fait finis », c’est qu’on les sait déjà aptes à accepter plusieurs formes d’EVOLUTIONS et d’HYBRIDATIONS à partir de l’EMBASEMENT

Hybridations

Ces transformations peuvent se manifester à l’intérieur ou à l’extérieur de l’ouvrage. Elles peuvent être ponctuelles ou étendues, se situant entre un simple changement de cloison et une modification de gabarit.

LES DUNES

2ème projet pour illustrer mon propos : les Dunes

J’ai livré, en 2017, à Val de FONTENAY, en Région parisienne, le siège social de la SOCIETE GENERALE. C’est 100 000m² de surfaces de plancher qu’il s’agissait de construire, et en une seule phase. Toute l’histoire de ce projet consiste à juxtaposer deux réflexions menées parallèlement :

D’une part, il s’agissait de créer un univers cohérent, de grande échelle et ouvert sur un contexte urbain incertain. D’autre part, il s’agissait de dessiner des espaces adaptés aux nouveaux rythmes de travail, capables de répondre à toutes les configurations actuelles et futures.

J’ai préféré une composition non achevée, des constructions linéaires, mises les unes à côté des autres qui sont tranchées nettes quand elles tutoient les limites du terrain, sans autre forme de projet que d’ouvrir le site au paysage.

C’est un bâtiment-paysage composé d’ouvrages forrmé sur 3 trois plis successifs et parallèles avec des vallons ensemencés de verdure. En effet, entre ces ondes construites en béton et en bois, sont mis en place des herbiers dans des jardins qui créent un univers aimable et calme.

Les jardins sont orientés dans un axe nord sud. Ce qui permet de promettre une végétation luxuriante dans des patios très bien ensoleillés.

Les bâtiments sont orientés est-ouest ce qui est favorable à un bon éclairement des espaces de travail, quelle que soit l’heure de la journée.

Le terrain totalise 23 000m2 pour 100 000m2 construits. Il s’agit faire de cette densité une qualité. J’eus donc l’idée de plisser le terrain, comme pour comprimer une feuille vers le haut et créer ainsi trois ondes qui contiendraient l’essentiel des surfaces.

Ce bâtiment-paysage se décline en 3 grandes strates.

La strate haute qui présente près de 75 000m2 de surfaces libres et émergeant au-dessus du sol. Les espaces situés dans les superstructures ne se présentent pas comme de simples bureaux. Le travail en flex-office a tout bousculé. On occupe désormais l’espace qui est libre. L’idée du bureau affecté à un individu se perd et l’architecture vient remettre du confort de la lumière et de la convivialité dans le travail.

La strate intermédiaire, de plain-pied avec l’accès du RER vient desservir, d’ouest en est, les différents corps de bâtiments reliés deux à deux

L’architecture des Dunes facilite les déplacements en pleine lecture. Le rapport entre l’espace et le déplacement signifie vraiment quelque chose. Bien que ne pouvant s’appréhender d’un seul regard, tellement la pièce est grande, c’est une succession de séquences vivantes, de placettes, de jardins et de transparences qu’on croise au cours de la journée.

La troisième strate, dite basse, mais de plain-pied avec l’Avenue DELATTRE DE TASSIGNY dessert, d’est en ouest, les différents corps de bâtiments. Vous l’aurez compris, ce sont au total, 2 rues superposées, l’une découverte, l’autre couverte qui desservent l’ensemble des bâtiments. La rue intérieure est un sol habité, creusé et éclairé par des patios.

Cette strate basse qui abrite près de 15 000m2 d’espaces partagés (qui sont des lieux d’échanges et de travail caractérisés par leur capacité d’adaptation à toutes les configurations), est une réponse aux nouvelles temporalités plus fragmentées dues aux nouvelles formes du travail. Ces espaces sont constitués d’amphithéâtres, de restaurants, de salle de réunions, d’espace de détente.

De grandes ouvertures et des espaces en double hauteur sont relié par des escaliers. Ces pièces contribuent à favoriser les complicités d’usage entre les deux strates superposées du jardin

L’originalité de ce projet est le rapport entre l’espace et les déplacements des 6 000 personnes qui sont rendus visibles et mis en scène dans les bâtiments. Les occasions pour se retrouver et de se rencontrer sont démultipliés. Ce qui contribue à humaniser les innovations managériales liées à l’introduction du numérique dans le travail.

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous voyons, ici, le pavillon d’accueil qui est l’accès au site depuis le niveau haut ;

Le paysage file dans les perspectives horizontales et s’enfonce dans les creux des jardins. L’organisation géométrique de l’ensemble n’empêche en rien l’organisation plastique des espaces. Les respirations qui sont marquées par les patios proposent paradoxalement des points de vue extrêmement variés qui contribuent à l’imbrication des 2 échelles.

C’est par le contraste entre la grande échelle des bâtiments (soit 160 m de long environ) et la petite échelle (relative) des patios (qui font environ 10 m de large par 50 m de long) qu’un ordonnancement subtil s’organise. En effet les bâtiments en superstructure cadrent la vue sur le paysage lointain en dessinant naturellement la grande échelle

Les patios s’inscrivent dans des échelles plus conviviales, pour remettre du confort et de la lumière sur tous les espaces partagés. Ils contribuent à créer des prolongements extérieurs à toutes les activités du siège.

Les espaces de travail accompagnent l’arrivée du numérique. En fait cette voie du numérique, c’est simplement pouvoir favoriser des moments de travail sur une plage plus étendue de temps, faisant croiser des moments intenses de travail avec des moments de détente.

Les espaces sont changeants dans leur destination. C’est aussi arriver à faire en sorte que les glissements entre le travail et les activités complémentaires soient toujours possibles, et sans rupture.

Chaque espace est capable, grâce à son ergonomie, de pouvoir s’adapter à différentes configurations. Par exemple, comme ici, avec des amphithéâtres qui s’écartent des configurations habituelles des amphithéâtres traditionnels dans le but d’augmenter la fréquence de l’espace et d’ouvrir son usage.

Une architecture adaptée à la révolution numérique. Pour ce faire il fallait créer des atmosphères propices à la mobilité, à la rencontre, à l’échange. Les aménagements intérieurs contribuent à permettre la diversification des usages dans le temps d’une journée ou d’une semaine ou à plus long terme.

J’ai travaillé pour les jardins avec Pascal CRIBIER, pour l’architecture intérieure et le mobilier avec Christophe PILLET et pour la signalétique avec RUDIE BAUR.

 

 

 

 

 

 

 

 

Détail Façade

Les façades trouvent une interface inédite avec l’intérieur, lui-même modifié par l’intrusion d’un esprit né du numérique. Nos comportements, à travers nos façons de travailler, sont devenus évidemment différents. Avec l’informatique, nos besoins propres au confort ou à l’ergonomie se sont accrus. La lumière doit être abondante et mesurée, tout à la fois.

Détail Façade

Les lames extérieures en bois sont des brise-soleils verticaux. Les façades sont orientées prioritairement est-ouest. Ces lames verticales viennent atténuer la lumière directe entrant dans les bureaux. Le clos couvert marque une certaine brillance. Il est tout en aluminium. Et c’est ce décalage entre ces deux matières (entre la brillance de l’aluminium et la matité des lames de bois), qui crée l’épaisseur de la façade.

Détail Façade balcon

Les Dunes forment un paysage ondoyant et réglé. Le bois structure son image.

Le bois est la matière générique des immeubles. Il tisse le lien entre les jardins bas et les jardins haut. La répétitivité des détails constructifs contribue à la maitrise des coûts. Mais au-delà de la question du coût on vise la poésie de l’espace à travers celle de l’écriture

Un ordonnancement subtil peut s’installer entre les différentes pièces de la façade. Chacune des pièces a son dessin spécifique, comme ici les balcons d’étage.

Détail Façade pied de façade

Ici, aussi, le détail des pieds de la façade qui assurent la jonction avec le sol, l’éclairage, l’évacuation des eaux. Mais chacun de ces détails reste dans une ligne d’assemblage identique. Comme s’ils étaient issus de la même matérialité d’origine.

Le bois, mis en œuvre, est un bois de synthèse reconstitué à partir de bois ayant déjà eu une première vie. C’est une pâte de bois, sans aucune trace de pétrole, montée autour d’un profil aluminium finement micro-rayé pour produire une bonne adhérence. C’est cette technique qui m’a permis d’agencer des éléments de 4 à 7 mètres de long. C’est une première en Europe mais ce matériau est utilisé depuis près de 30 ans au Japon. C’est un matériau qui défie le temps et qui ne demande pas d’entretien.

On peut parler ici d’écologie recyclée, de produit recyclé recyclable.

Pour aller plus loin

J’ai parlé de paysage, de déplacement, de flexibilité. Or c’est bien cela, la configuration du numérique, faciliter les déplacements en pleine visibilité, faire que les regards se croisent, les gens se rencontrent, afin de rendre les réponses plus efficaces.

Pour aller plus loin

Plutôt qu’aboutir à un projet fini, j’ai préféré installer, sur le site, une grille d’espaces disponibles concentrés dans des bâtiments marquant un paysage en devenir. Ce bâtiment-paysage a inscrit, dans son ADN, son identité architecturale, le déplacement, la mobilité comme vecteur de communication, de transformation et d’adaptabilité. Cette grille d’espace disponible ne fige rien Elle accepte le changement et anticipe les changements.

LA PLACE DE LA PORTE D’AUTEUIL

Le projet d’Auteuil s’inscrit dans le 16ème arrondissement de PARIS qui reste, dans l’imaginaire collectif, un espace protégé ou la bourgeoisie cultive à l’envi l’entre-soi. Force est de constater que le taux de logements sociaux est faible ; 2,5%. Le projet que je vais vous présenter propose de réaliser 200 logements en accession et 200 logements sociaux, côte à côte. Soit 50% de logements sociaux sur l’ensemble de l’opération. Ce qui peut expliquer la durée longue qui nous aura contraints pour aller jusqu’au bout de cette opération. La réalisation de ce projet se termine fin 2018 alors qu’il a commencé début 2008. Il aura fallu 10 ans pour convaincre et construire ce défi lancé par la ville.

 

 

 

Ce projet est un projet vraiment particulier dans mon travail : le programme est homogène. Il comptabilise 400 logements à réaliser. Toutefois, sa particularité s’exprime avec la présence de non pas un, mais de quatre architectes. Trois personnalités qui, avec moi, doivent élaborer une proposition cohérente à l’intérieur d’un dispositif commun. Ces architectes sont Francis SOLER, Rudy RICCIOTTI et Finn GEIPEL. Je devais, pour ma part, assumer le rôle difficile mais passionnant d’architecte mandataire du groupement.

Une autre particularité : ce projet de 400 logements se réalise sous l’autorité d’une double maîtrise d’ouvrage : PARIS HABITAT pour les logements sociaux et ALTAREA COGEDIM pour les logements en accession. Ce projet sera précisément fini et livré en janvier 2019.

 

C’est un projet qui propose une alternative à la centralité routière qu’est la porte d’AUTEUIL, en proposant une centralité piétonne. Mais, c’est d’abord un jardin qui prolonge l’ensemble des espaces laissés libre par l’abandon des trains de la petite ceinture jusqu’à la gare d’AUTEUIL. De ce terrain désaffecté, il s‘agissait d’en faire un parc habité, généreusement planté plutôt que de prolonger un tissu déjà achevé par des retours de façades qui regardent vers le sud.

 

Il s’agissait de porter une attention effective sur l’excellence des dispositifs mis en matière d’environnement durable.

Le projet est classé plan climat (réglementation énergétique ville de PARIS et vise à être peu émissif en carbone) Pour cela, il nous a suffi d’éloigner les bâtiments les uns des autres en les rapprochant sur leurs angles pour ensoleiller les jardins puis les espaces intérieurs des appartements et proposer ainsi des vues lointaines en organisant leurs perspectives.

Il s’agissait là de bâtir un parc, envahissant pour que chacun puisse sentir la fraicheur des arbres, et avoir accès à leur frondaison ou aux canopées.

La petite ceinture, aujourd’hui déferrée, est une percée dans le tissu urbain, colonisée par une végétation spontanée. Le projet consiste donc à poursuivre cette écriture végétale sur un axe vert qui rappelle la trace du sillon ferroviaire jusqu’à la gare d’AUTEUIL.

Louis BENECH a dessiné cet axe vert. Il n’a pas souhaité dessiner et séparer les cheminements minéraux des plantations. Il a installé un maillage minéral pour organiser l’aléa des plantations. Ce maillage est la géométrie, mise à plat, au sol, de la façade du bâtiment que j’ai dessiné.

Tous les éléments de cette pièce urbaine constituent un tissage de complémentarité de matières et de géométries subtiles. Les architectes et le paysagiste se sont choisis et ont décidé de travailler sur une matière quasiment unique se répandant sur le sol de l’opération avec une multitude de petites variations. Cette opération fonctionne à contre-temps de certaines opérations récentes, réalisées  avec des tas de juxtapositions et de prouesses architecturales qui, trop souvent, sont bavardes et s’expriment sans  aucune pensée fondamentale et collective qui leur donneraient une raison d’être

La contribution des 4 architectes est dans la démonstration d’une cohabitation, sur une même parcelle, de logements loués et de logements achetés, sans qu’aucun signe déqualifiant ne puisse permettre de distinguer les logements sociaux des logements en accession.  

 

Quelle a été la méthode pour y parvenir ?

 

C’est l’idée d’une coopérative de composants et de système constructifs mis en commun. Des systèmes constructifs identiques ont été utilisés pour trois bâtiments. Les mêmes huisseries et l’effet de masse ont contribué à faire baisser les prix de construction. Cela aura autorisé des innovations comme, par exemple, l’usage des menuiseries repliantes dans les 4 bâtiments. On aura mis en commun des matérialités visibles, à base d’aluminium plissé, perforé, fond d’aluminium oxydé, qui auront été utilisés par les uns et les autres pour faire œuvre commune.

 

D’autre part, le projet joue sur une attention particulière pour un bon rapport entre profondeur et éclairage afin que chaque bâtiment offre une inertie thermique efficace. Les logements sont majoritairement des logements traversants ou à double orientation. Ce qui reste favorable à une bonne ventilation naturelle. Tous les logements bénéficient d’un balcon ou d’une terrasse.

L’ensemble de l’opération fabrique une œuvre globale et cohérente. On aurait pu imaginer qu’avec 4 architectes, on aurait eu droit sur la parcelle 4 bâtiments complètement différents. 

Finalement, n’apparaissant comme pas tout à fait pareils, ils ne sont toutefois pas complètement différents.

Les composants, mis en commun, ont été utilisés de manière différente par chaque architecte. Chacun, à sa façon, a pu contribuer à cette pièce urbaine qui, bien qu’hybride, se caractérise par une cohérence plastique assumée, transposition contemporaine, sans concession, de la ville haussmannienne.

CONCLUSION

Le choix des projets, de nature domestique (bureaux, logements, hôtels et autres) est volontaire. Les projets domestiques représentent plus de 80% de la construction dans une ville.

Et il est plus efficace (et plus structurant) que les architectes qui s’intéressent à l’écologie, le fassent, en priorité, à travers des espaces domestiques plutôt qu à l’occasion de la construction de grands équipements publics, plus rares, moins nombreux que les opérations de logements et moins consommateurs de matériels polluants (Philharmonie ou musée).

Toutes ces recherches structurantes pour l’avenir de nos villes et de nos territoires n’empêchent en rien de contribuer à des nouveautés esthétiques. On peut développer une authenticité d’action écologique sans pour autant évoluer dans le banal.

La question de la flexibilité est une question récurrente qui revient aujourd’hui encore comme piste importante pour anticiper les évolutions des villes.

L’architecte munichois Otto STEIDL utilisait des poutres préfabriquées de l’industrie du béton, ce qui lui permettait de créer une esthétique de l’aléatoire tout en visant une économie de projet

Il crée une nouvelle esthétique.

Mes dernières réalisations se caractérisent par une attention à faire que la construction ne soit pas statique. La mixité des programmes, leur capacité à évoluer dans le temps et à s’adapter aux évolutions des usages, contribuent à limiter l’émission de dioxyde de carbone dans l’atmosphère et permet de limiter l’accroissement des villes.

EMBARQUEMENT DIFFERE

Une autre façon de penser « EMBARQUEMENT IMMEDIAT », de penser responsable, c’est en se projetant dans la nouvelle forme de vie d’un bâtiment plutôt que d’en faire table rase. Bâtir par-dessus l’existant, c’est faire acte d’économie responsable.

LE GRAND NANCY THERMAL sera le plus grand centre thermal de l’EST rien que par l’accueil de ses 17 000 curistes envisagés / an. Le centre thermal est situé près de la gare

Le projet est porté par la métropole LORRAINE. La revitalisation du site contribuera à redonner une attractivité à une région en baisse d’activités et d’attractivité.

Louis LANTERNIER, est un architecte qui, en 1914, à la suite à la découverte d’un forage d’eau dont la température avoisinait les 36°, construit les thermes de NANCY. Ceux-ci seront arrêtés en 1917, à sa mort ; Les thermes forment une œuvre inachevée qu’il s’agit désormais de terminer.

Mais, comment terminer cette belle symétrie jamais achevée ?

 Deux solutions, pour cela, existaient :

1/ Soit en répliquant l’existant avec le risque évident, compte tenu de la compétence perdue en matière de complexité sur la pierre, de faire moins bien que l’original

2/ Soit en essayant l’hybridation des styles.

J’ai tenté plutôt l’hybridation des styles avec une nouvelle mise en scène de la façade historique.  C’est la juxtaposition d’une écriture contemporaine qui réinvente le regard qu’on peut porter sur elle. J’accole, alors, et de façon symétrique, un volume habité, de même gabarit. C’est le négatif assumé de l’original, à la fois à travers sa couleur (noir pour blanc) et ses lignes de façades (horizontales pour verticales).

C’est une organisation en plan similaire (figure circulaire centrée dans une figure carrée et surmontée d’un dôme visible depuis le lointain. Le béton pierre du bâtiment historique et le métal utilisé pour le bâtiment contemporain, sont les nouvelles matières de cette hybridation assumée. Ils ne fabriquent plus qu’une seule architecture.

Est-ce que la façon de reconstruire la ville sur la ville n’est pas une occasion de réparer les erreurs du passé ? Dans les années 70, le bâtiment a été rejeté et réduit à un vulgaire décor laissé à l’abandon. Un nouveau centre de sports et de loisirs s’est intercalé devant la façade d’accès des thermes et s’est interposé entre le quartier et le jardin Sainte-Marie.

Peut-on réparer les erreurs du passé ?

Le centre de sports et de loisirs a été mis au bon endroit, au sud de la parcelle. On retrouve ainsi l’accès historique des thermes.

Reconstruire la ville sur la ville c’est aussi profiter des investissements du passé pour faire plus grand, tout en valorisant ce qui est déjà en place.

Les thermes existants sont restaurés, un centre de soins, a été rajouté ainsi qu’une résidence hôtelière pour les curistes.

Le bassin olympique est restauré et ont été ajoutées des salles de fitness. Les espaces de sports et de loisirs ont été replacés au bon endroit.

Un hôtel et un restaurant permettent un accueil qui est à la mesure du rayonnement qu’un tel centre thermal (unique en France et en Allemagne) mérite

LE GRAND NANCY THERMAL vaut par sa taille aux thermes de Caracalla. Le parc Sainte Marie se développe sur 70 000m² tandis que les bâtiments présentent une surface de 30 000m².  

L’hybridation et la confrontation des styles renforcent la puissance de la compacité du bâtiment. Une image composite et hybride apparait alors comme une immense tablette en noir et blanc, posée sur le vert d’un jardin dessiné avec une grande simplicité.

L’ensemble du projet expose à la fois des pièces anciennes et des pièces modernes.

(Image 97)   Le nouveau dôme qui éclaire les bassins des thermes

(Image 98) Façades contemporaines

(Image 99) vues dégagées

Les jardins des thermes sont grands et dégagés de toute construction et de tout véhicule pouvant interrompre les grandes perspectives vers le Parc Sainte-Marie.

Un tapis végétal continu et planté de quelques bosquets d’arbres dont les essences sont les mêmes que celles du Parc Sainte-Marie prend place entre les thermes et l’hôtel.

On reprend l’histoire dans le sens où elle s’est arrêtée en 1917 

L’ESPCI

L’ESPCI ou Ecole de Physique et de Chimie Industrielle de la ville de PARIS s’inscrit dans une ambition scientifique internationale.

L’ESPCI est implantée sur la montagne Sainte-Geneviève à PARIS, ce lieu historique et privilégié pour la recherche.

L’école a imprimé sa présence dans l’histoire par la qualité de ses recherches et de ses immenses découvertes.

La particularité de cet établissement est de former un bâtiment-îlot, formé d’extensions successives. J’ai proposé au moment du concours de lui redonner une cohérence globale en lui gardant son alignement sur les rues qui forment l’ilot et de refermer le tracé sur lui-même.

L’enjeu du concours international, lancé par la ville de PARIS, était double :

1/ Il s’agit, à terme, de doubler la surface de l’école. Ceci afin de répondre à l’accroissement de ses besoins et de lui donner des espaces à la hauteur de son prestige à l’international

  2/ Il s’agit également de rendre ses locaux évolutifs et adaptables aux besoins changeants

Pour répondre à cet enjeu, la question de la conservation des espaces existants était à reposer. Fallait-il ne rien toucher de l’existant et réparer ce qui était en place pour ménager les associations adeptes de « tout garder » et empêcher l’extension naturelle de l’école ?

 

Ou fallait-il admettre de conserver uniquement ce qu’il y avait de plus intéressant de son histoire (à savoir la façade historique des années 30) comme socle d’une mémoire solide ? Ce socle mémoire sera complété par un développé régulier de portique revêtu d’une matière générique. Ceci afin de dessiner, à la demande des chercheurs, des bâtiments dont tous les espaces seront évolutifs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE LYCEE HOTELIER DE GUYANCOURT

C’est un bâtiment des années 80 que j’ai eu à requalifier en quelques années.

C’est le plus grand lycée hôtelier de FRANCE par le nombre de ses cuisines d’initiations, d’applications, de pâtisseries. Il est surmonté par un internat et par des salles de classe.

Le bâtiment, bien que relativement récent, était en perdition pour des raisons de fonctionnement trop complexes et d’image dégradée.

Le bâtiment existant frappe par sa puissance physique. L’intervention l’accepte pour l’accroitre plutôt que de la diminuer. L’énergie du bâtiment sert redonner vie au lycée hôtelier

 L’enjeu était multiple :

1/ il fallait redonner une visibilité urbaine pacifiée. Les éléments parasites du bâtiment sont absorbés par un revêtement extérieur 

2/ il fallait lui redonner une visibilité d’accès et simplifier son fonctionnement : une immense place traverse de part en part le lycée pour lui donner un ancrage urbain et permet de donner distribuer l’ensemble des entités du programme

3/ il fallait rendre plus didactique et exemplaire l’enseignement hôtelier : une nappe technique en aluminium organise l’ensemble des cuisines sur un seul plateau et remet dans le bon ordre les contraintes techniques pour réduire les coûts de fonctionnement et par la lisibilité de la marche en avant donner un outil pédagogique représentatif de l’exigence de l’art culinaire.

 

 

 

 

 

 

 

Table ronde aux 17ème journées de l'architecture à Strasbourg

Les Journées de l’architecture fêtent cette année leur 17ème anniversaire avec pour thématique « Changer la ville, changer la vie ».

La Maison Européenne de l’architecture de Strasbourg souhaite présenter, voire démontrer à son public, que les villes changent, se métamorphosent et avec elles la vie de leurs habitants.

Dans ce cadre, Anne Démians a initié une table ronde autour du projet des Black Swans, en présence du Maire de Strasbourg, Roland Ries, de l’urbaniste Jean-Louis Subileau, du Directeur territorial d’Icade Antoine Marre. L’exercice : raconter et expliquer la ZAC des Deux-Rives. Un exemple type d’une grande échelle à reconquérir sur un site industriel, la création d’un lien urbain avec l’Allemagne, le maintien de l’équilibre économique du port, la proposition d’une relation nouvelle entre la ville et l’eau. Sur un tel territoire, la question immobilière s’est posée en terme d’innovation sur une vision à long terme. La réponse est dans la prise de risque des tours Black Swans.

La table ronde était préparée et animée par Michèle Leloup, Agence 14 Septembre.

Strasbourg, 17 octobre 2017 : présentation au public des tours Black Swan lors des 17e journées européennes de l’architecture

Lors des 17e journées européennes de l’architecture, les Strasbourgeois ont pu visiter  deux des trois tours Black Swan dans le quartier des Deux Rives en compagnie de leur maitre d’œuvre Anne Demians. Pour clôturer cette journée, l’architecte a réuni les acteurs de l’aménagement de ce nouveau territoire lors d’une conférence à la Maison des Associations. Etaient présents : Roland Ries maire de Strasbourg, Jean-Louis Subileau urbaniste conseil de la métropole européenne, Antoine Marre directeur régional d’Icade et l’architecte Anne Démians.

Monsieur le Maire pouvez-vous nous retracer la genèse des Tours Black Swans ?

Roland Ries :   J’ai l’avantage de n’être spécialisé en rien, mais dans mon rôle de maire de Strasbourg je prends un soin particulier à m’entourer de spécialistes de l’immobilier, de l’architecture et de l’urbanisme, notamment en la personne de Jean-Louis Subileau qui est urbaniste conseil auprès de la Ville. Je crois que dans la décision publique sur des sujets aussi complexes que l’aménagement du territoire, il est bon d’avoir un regard extérieur en s’appuyant sur des compétences. Le quartier des Deux-Rives est un secteur dont j’ai suivi la mutation et la gestation depuis de nombreuses années puisqu’il s’agit de la deuxième centralité de Strasbourg. A cette occasion, j’ai mesuré la complexité de la tâche de mes prédécesseurs et notamment, Catherine Trautmann qui, dès le début de sa mandature en 1989/1990, a lancé un appel à projets entre la place de l’Etoile et la ville frontalière de Kehl. Ce secteur que l’on appelle les Deux-Rives représente 250 hectares, il fait partie du port de Strasbourg, ancienne emprise industrielle qui a perdu son utilité au fil du temps. A mon tour de prendre le relais. Le projet des tours Black Swan m’a donné l’occasion d’un dialogue nourri avec les associations de riverains qui ont clairement exprimé leur point de vue à propos des tours, sujet toujours épineux. J’ai noté une évolution des opinions tout à fait intéressante : les Strasbourgeois admettent que la densité est un point de convergence et ils ne récusent pas les hauteurs, à condition de ne pas bâtir un totem isolé de 100 mètres de haut ni des barres qui véhiculent toujours une image négative.  En clair, ils jugeaient plus raisonnable d’édifier deux ou trois tours de seulement 50 mètres de haut à condition qu’elles s’ancrent avec élégance sur le bassin d’Austerlitz.  Cet échange avec les riverains m’a conforté dans l’idée que nous devions refaire un cahier des charges très explicite en ce sens.

« Quel est le rôle d’un bon urbaniste ? » Quand je vous ai posé la question Jean-Louis Subileau, vous m’avez répondu, que c’est quelqu’un qui fait sortir un projet d’aménagement de l’ordinaire. Est-ce la raison pour laquelle vous avez conseillé au maire de lancer un nouveau concours sur le secteur des Deux Rives ?    

Jean Louis Subileau : En qualité d’aménageur, la SERS, avait lancé un concours de promoteurs sur l’emplacement des Black Swan, un concours sans cahier des charges d’urbanisme très clair. Les projets proposés n’ont pas fait consensus à l’époque, autrement dit, la ville n’en voulait pas.  Lorsque je suis arrivé en qualité d’urbaniste  conseil à Strasbourg, j’ai encouragé le maire à repartir de zéro et à relancer un concours, ce en quoi il n’était pas obligé. En toute logique les promoteurs ont compris qu’ils ne pouvaient pas aller à l’encontre des choix de la ville, par conséquent, il fallait que Strasbourg redonne un autre cahier des charges à l’aménageur. Pour ma part, je souhaitais que ce cahier des charges soit instruit par un urbaniste afin de dégager une partition urbaine cohérente incluant une, deux ou trois tours.  C’est ainsi que l’urbaniste Christian Devillers qui travaillait sur le quartier Danube voisin a examiné  avec moi ce secteur ; nous avons constaté qu’il y avait déjà des réalisations de grande qualité sur la presqu’Ile Malraux, comme par exemple la médiathèque André Malraux de Ibos et Vitart, les Docks de Georges Heintz, la Cité de la Musique et de la Danse d’Henri Gaudin, la réhabilitation de la tour Seegmuller elle-même ; tout ceci composait déjà un très bel  ensemble. Nous avons donc élaboré pour la SER un cahier des charges très précis dans lequel il était décidé, en accord avec le Maire, d’édifier trois tours pour donner de la densité à ce secteur et révéler le fond du bassin d’Austerlitz. Par ailleurs,  il était également décidé que ces trois tours bien distinctes serviraient d’« agrafe » au futur éco-quartier Danube puisqu’elles se trouvent à son articulation et à l’aplomb d’un grand mail en cours d’aménagement.  En outre, Christian Devillers a eu l’idée juste de demander à ce que ces tours préservent des percées sur la Forêt Noire qui se distingue à l’horizon ;  la géographie d’un lieu donne toujours beaucoup de sens à un projet. C’est sur cette base  qu’Icade a lancé un concours avec des équipes d’architectes de grand renom préalablement sélectionnés, à savoir l’agence française Jacques Ferrier, les berlinois Sauerbruch &Hutton, le Suisse Harry Gugger, le cabinet Hollandais MVRDV de Winny Maas, enfin l’agence Anne Demians dont le projet des trois tours Black Swan à fait débat, mais in fine, il a séduit les membres du jury qui l’ont adopté.  

En quoi les Black Swan représentent-elles un défi pour Icade ?

Antoine Marre : Notre défi est largement gagné, mais je souhaiterais revenir sur cette notion d’anomalie dont parle Anne Démians à  propos des Black Swan. Nous avons fait en sorte que cette anomalie devienne une normalité ; en effet, lorsque l’on se promène au pied des tours, nous avons le sentiment d’être sur un gabarit urbain classique alors que ce n’est pas le cas. Le fait d’avoir construit trois tours et non une seule, permet de rythmer l’espace et de modifier l’échelle du quartier qui a complètement changé. Certes, nous avons eu la chance d’avoir un grand maire bâtisseur ; il a porté une vision en exprimant une conviction. Cet état d’esprit a permis de nous installer dans le temps long de la concertation puis de gérer, ensuite, l’accélération du programme. Ce temps long s’est d’abord inscrit dans l’expression du concours. Avant même la décision du jury,  les 5 projets des architectes sélectionnés ont été exposés  dans la ville, les médias ont pu s’en saisir, les Strasbourgeois ont pu les voir, les commenter afin de nourrir leur réflexion. Lorsque la décision fut prise, tout le monde était déjà dans l’acceptation du changement d’échelle de ce quartier. L’autre élément primordial a été l’arrivée du tramway qui desservait déjà le secteur,  c’est une constante strasbourgeoise de bien coordonner le développement de son territoire.  Cette incidence a joué dans le crédit du projet et c’est aussi la raison pour laquelle il a connu un tel succès auprès des futurs acheteurs. Initialement, nous étions partis sur un rythme de construction d’une tour achevée tous les 18 mois,  en réalité, nous avons commencé les deux premières tours en même temps et la troisième un an après. Le planning s’est rétrécit de moitié grâce à ce travail préparatoire permettant de livrer un quartier qui fonctionne déjà.  Dans cette mixité du programme figure des logements classiques en accession mais leur vocabulaire est très différents à commencer par des éléments de confort très résidentiels comme par exemple la hauteur sous plafond : elle est de 2,70 mètres contre 2,50 mètres comme le veut la norme. En outre, les espaces extérieurs sont dispendieux, ils permettent une certaine confidentialité et sont gérés comme une extension naturelle du logement. Enfin, tous les matériaux des prestations sont très hauts de gamme. Il est a noté également que ces tours ont été commercialisées en majorité auprès de résidents principaux et non d’investisseurs qui restent minoritaires. Avec les autres entités, tels que l’hôtel, la résidence services séniors et les logements étudiants, nous arrivons à une masse critique qui autorise la venue de douze commerces en rez-de-chaussée. Rappelons que la livraison d’une tour représente une jauge d’hébergement de mille personnes, c’est dire si les Black Swan participent à l’animation du bassin d’Austerlitz et ce, en seulement dix huit mois ! Dernier point, pour enraciner ce nouveau quartier dans la société civile et auprès de ses utilisateurs, nous avons eu le projet, avec Catherine Trautmann et les services culturels de la métropole, de mettre en place une œuvre d’art dans l’espace public au pied des Black Swan. Un concours a été lancé avec des artistes locaux  et c’est  le plasticien Vincent Chevillon qui dévoilera son œuvre lors de l’inauguration des deux premières tours en décembre 2017.

 

 

Journée de clôture des Universités d'été de l'architecture 2017 à Paris

Anne Démians a contribué à une grande journée de restitution, de débats et d’échanges qui clôturent ces Universités 2017, à Paris, au théâtre Le Monfort. Elle a partagé sa réflexion lors de la table ronde « Comment fabriquer la ville ? ».

Sous le titre « #UTILES ! »,  ont été abordés les 2 thèmes suivants :

  1. « #Utiles : Comment fabriquer la ville ? » : Dans un contexte de « privatisation » des projets urbains, quels nouveaux équilibres trouver entre les acteurs (entreprises privées, pouvoirs publics, usagers) de la fabrique de la ville ? Comment construire, dans ce contexte, une ville éco-responsable ?
     
  2. « #Utiles : transformons nos métiers ! » : avec l’importance prise par l’économie digitale et l’émergence de nouvelles concurrences, les architectes élargissent leurs missions et le métier se redéveloppe vers l’ensemble de leurs compétences. Quelles pratiques pionnières pour les architectes ? Comment faire reconnaître et défendre la valeur économique de l’architecture aussi bien que l’indépendance des architectes ?

Ses propos ont été repris dans l’article,ci-dessous, publié par Batiactu le 10 juillet 2017.

ECHANGES. 

 

Lors de cette troisième édition des universités d’été de l’architecture, la question de la fabrique de la ville a occupé une place importante dans les débats.

Elus, architectes, maîtres d’ouvrage privé et public ont livré leur point de vue. Voici ce qui en est ressorti.

Pour la troisième édition de ses universités d’été, l’ordre des architectes avait choisi le cadre verdoyant du théâtre Monfort, dans le 15e arrondissement de Paris, pour évoquer deux grandes thématiques au cœur de la réflexion des professionnels de l’acte de bâtir à savoir la fabrique de la ville et la transformation du métier d’architecte. Jean-Michel Daquin, président de l’ordre des architectes d’Ile-de-France, a introduit cette journée en annonçant les résultats de l’appel à contributions, lancé en mars, pour réfléchir sur le métier et la construction de la ville de demain.

Franck Lehuédé, du Crédoc, a ensuite analyser ces résultats. A la question « comment fabriquer la ville de demain, il en ressort qu’il est nécessaire de comprendre les déséquilibre entre les territoires, les populations et les usages de la ville et que la construction de la ville de demain sera marquée par la révolution numérique ». Il sera aussi nécessaire de « penser et fabriquer la ville collectivement, en interaction avec différents acteurs » (urbanismes, paysagistes, entreprises de BTP, artistes,…) car les contributions montrent une volonté de mener des réflexions pluridisciplinaires. Et enfin, il ressort qu’il faut penser la ville en s’appuyant sur des pratiques d’urbanisme pouvant faire évoluer progressivement la ville.

Une relation élu-architecte essentielle

Pour aborder cette fabrique de la ville, Stéphane Raffalli, maire de Ris-Orangis (Essonne), a livré son point de vue. Selon lui, « le rôle de l’élu est de définir un projet », or il constate « que certains de ces confrères ont des carences en termes d’aménagement ». Il estime important que l’élu puisse définir le plus finement possible le cahier des charges à l’architecte pour que celui-ci comprenne au mieux les attentes. Avant de solliciter les architectes, il explique qu’il a pu juger l’utilité d’interroger en amont les riverains pour les impliquer dans le projet. Pour autant, il considère qu’il « faut laisser de l’espace et de l’autonomie à l’architecte » et lui confier la place « de chef d’orchestre aux côtés de l’élu avant même de choisir le maître d’ouvrage ».

Un point de vue partagé par l’architecte Anne Démians : « quand l’élu ne garde pas la main jusqu’au permis de construire, c’est la porte ouverte aux ensembliers », explique-t-elle. Et elle ajoute que « même dans les procédures privées, les élus doivent garder la main ». Elle rejoint également le maire de Ris-Orangis sur la question de l’implication des habitants, une démarche qui permet d’inscrire le projet dans la durée et de créer de la mixité dans un quartier, fait-elle valoir. Elle va plus loin : « Additionner les expertises fait souvent la force des projets pour insérer avec intelligence un bâtiment dans un territoire ».

Des bâtiments multi-usages

Pour fabriquer de la ville de demain, il faudra repenser la possibilité de transformer l’usage des bâtiments, estime aussi Anne Démians. Elle évoque alors la question de la restructuration des bâtiments vides, comme les nombreux immeubles de bureaux vides : « comment les recycler ? ». Pour construire, « il faut donc penser à des usages multiples dès la départ (…) ça coutera moins cher à réhabiliter », argumente l’architecte. Penser à des usages multiples, c’est justement ce qu’a fait l’architecte Carmen Santana lorsqu’elle a imaginé le parking en silo proche de la gare Saint Roch à Montpellier. « Ce bâtiment est réversible, si besoin », explique-t-elle.

En conclusion, la recette serait peut-être : « un élu sachant, maîtrisant son projet, puis de la consultation et de la participation et un architecte qui reste le pivot central travaillant avec une diversité d’acteurs », synthétise Carmen Santana.

 

Table ronde avec Christophe Pillet chez RBC à Lyon

«Architecture, Design et mutation numérique».

Animé par Michèle Leloup, agence 14 septembre.

En présence de Anne Demians et Christophe Pillet, designer, autour du projet Les Dunes, siège social de la Société Générale (Val-de-Fontenay).

Le propos : après deux décennies de bouleversements technologiques liés à l’Internet, les mutations de la société se font jour ayant toutes des conséquences sur nos modes de vies. Annonciateur d’une ère nouvelle, l’outil numérique booste aujourd’hui en profondeur les comportements individuels, sociaux, les échanges et les modes d’expression. Nos attitudes au bureau s’en trouvent modifiées et notre rapport à l’espace est bousculé. Cette transition numérique impacte les relations de travail et prend corps dans les bureaux.

Mais comment se (re)dessinent-ils?

Un questionnement auquel Anne Demians a répondu avec le bâtiment Les Dunes pour accompagner la Société Générale dans ces nouveaux modes de collaboration, s’entourant de Christophe Pillet pour le design, de Ruedi Baur pour le design graphique et de Pascal Cribier pour le paysage.

 

Table ronde à la Maison de l'architecture en Ile-de-France

Animée par Jean-Philippe Hugron, 
En présence de Françoise Mercadal-Delasalles Directrice des Ressources et de l’Innovation du Groupe Société Générale,  Jean-Marc Castaignon Directeur immobilier RESG/IMM Groupe Société Générale, Ruedi Baur Designer et Anne Démians.

Pouvez-vous brièvement nous présenter ce projet et plus particulièrement ses enjeux ?

Anne Démians : Les enjeux étaient doubles : Le premier  était, pour Société Générale, de déplacer 5 500 personnes de la Défense à Val-de-Fontenay. Il faut avoir à l’esprit que ce projet représente plus de 100 000m² construits sur une parcelle de 23 000m².

Le second enjeu était de répondre, dans le cadre d’un concours international, à un programme avec, pour ambition, l’innovation sans que le contenu ne soit précisément défini.

Aux tours verticales de La Défense, j’ai donc préféré un système horizontal afin de répondre à une volonté d’innovation managériale.

Dans ce système horizontal, deux réponses étaient possibles : soit un bâtiment carré qui tient les limites de la parcelle avec une cour carrée ou celle que j’ai choisie, à savoir trois lignes parallèles orientées est-ouest qui s’interrompent aux limites de propriété. Ce sont donc trois ondes de 35 mètres de haut pour 160 mètres de long environ que nous avons réalisées.

Cette pièce urbaine qui n’a ni début ni fin m’a permis de mettre en place un bâtiment paysage, pour pallier à la faiblesse de la forme de la ville. J’ai créé un morceau de paysage ouvert sur le territoire.

J’ai installé un système horizontal avec une alternance de pleins et de vides, entre dimension bâtie et dimension paysagère, le tout relié par un grand rez-de-chaussée qui couvre l’intégralité du terrain simplement percé et éclairé par de grands patios.

Cette grille d’espaces disponible me permettra, une fois le concours gagné, de définir précisément le contenu du programme pour répondre aux ambitions de Françoise Mercadal Delasalles en matière d’innovations managériales et de Jean-Marc Castaignon en matière d’innovation de projet immobilier.

L’enjeu était également architectural. Il s’agissait d’offrir une alternative qualitative face à ces bureaux banalisés et tristes qui se construisent depuis des décennies et d’opposer une rupture franche avec les modèles américains type Apple et Google par l’intelligence des dispositions et la frugalité des moyens.

Que devait représenter les Dunes pour la société générale ?

Françoise Mercadal : Il était important de rééquilibrer la présence de Société Générale sur le territoire francilien et d’offrir aux salariés du groupe, à l’est de la région parisienne, une adresse nouvelle. Avant toute chose, je tiens à féliciter le génie de la proposition d’Anne Démians. Au moment du concours, quand j’ai vu cette femme me proposer sa poésie alors que nous étions dans un monde comptable, j’ai tout de suite compris – et Jean Marc avec moi – que son projet devait être notre projet. En face, nous avons invité d’autres agences reconnues pour leur travail et leurs références tertiaires. Leurs façades vitrées, leurs murs rideaux me donnaient l’impression de recréer Issy-les-Moulineaux à Val-de-Fontenay. Anne Démians nous a proposé un paysage à même de porter nos ambitions en termes d’innovations. Ce choix a pu en surprendre plus d’un mais qui aujourd’hui ne se presse pas pour venir travailler aux Dunes ? Nous avons su créer une émulation. Ne serait-ce que ce nom : Les Dunes ! Il est né d’un concours d’idées que nous avons ouvert au sein du groupe. C’est l’un de nos collaborateurs qui a trouvé ce nom !

Quelle position avez-vous adaptée face au programme du concours ?

Anne Démians : L’intérêt du programme était de tenir en 3 pages seulement ; il définissait des objectifs d’innovation sans en préciser les moyens. C’est là toute l’intelligence de ce document qui était ouvert et qui laissait une marge de liberté appréciable pour innover. C’est pourquoi, plutôt qu’un projet fini et arrêté, j’ai préféré installer une grille d’espaces disponibles avec un projet inachevé.

Cette grille d’espace devait pour autant être extrêmement structurée dans sa spatialité. Elle se caractérise aujourd’hui par deux strates principales : le rez-de-chaussée qui occupe l’ensemble de la parcelle regroupe l’ensemble des espaces collaboratifs et partagés. On y trouve le business center, constitué de salles de réunions aux configurations évolutives, un amphithéâtre de 250 places avec des extensions possibles de 200 places supplémentaires, des espaces de restauration, des espaces d’innovations, de repos, de sport…

Deux rues superposées, une extérieure, une intérieure créent le lien entre la strate basse et la strate haute. A partir de ces deux rues, les distributions verticales qui innervent les plateaux supérieurs sont accessibles. Ces plateaux présentent des structures porteuses à même de libérer sur plus de 160 mètres de long des espaces disponibles.

J’ai voulu créer un dispositif ou la notion de travail collaboratif trouvait sa plénitude dans un système plutôt horizontal que vertical pour rapprocher physiquement les individus

L’originalité de ce projet demeure dans le rapport entre l’espace et le déplacement, ce qui donne toute sa valeur à ce bâtiment-paysage. Le paysage défini par ces nefs forme une pièce urbaine cohérente. Cette pièce est tellement grande qu’elle ne peut s’appréhender d’un seul regard, c’est une succession de séquences vivantes : des moments de travail, des jardins apaisants, des transparences, des profondeurs, des vues proches (dans les patios), des vues lointaines.

Cette disposition spatiale a été la base de discussions ouvertes avec le maître d’ouvrage pour définir ensemble la scénarisation des espaces la mieux adaptée à l’intégration d’une innovation managériale liée à l’introduction du numérique. Les mises au point sur le projet étaient contenues surtout sur les aménagements intérieurs, notamment pour diversifier les usages dans le temps.

L’intégrité du dispositif général n’ayant jamais été remise en cause contribue à la qualité de sa cohérence entre intérieur et extérieur.

Quelles étaient vos références respectives ? Fallait-il bannir le mot campus ?

Anne Démians : On pourrait considérer que Google et Apple sont des modèles récemment construits qui aurait pu influencer le projet, ce qui n’est pas le cas. Nous n’avons pas de complexe à avoir vis-à-vis de ces réalisations dans la mesure où elles participent d’une autre culture par une surenchère de signes. Il s’agit aux Dunes de mettre en place un nouveau modèle adapté à notre culture et à nos codes d’échanges.

C’est un projet complètement nouveau. Il s’agissait davantage, à mes yeux, de donner une texture à ce bâtiment-paysage en prenant comme point de départ des références qui ne prennent pas racine dans l’architecture elle-même.

Le dispositif général a été d’une manière fortuite inspirée par des campements sauvages et libres de gens qui s’installent selon des lignes successives parallèles à la mer, aux Salins de Giraud, en Camargue. Il s’agit de caravanes et de roulottes qui se positionnent d’avril à fin octobre. C’est, somme toute, un campus naturel qui existait bien avant même que le mot campus ne soit inventé. C’est ce modèle spontané de liaisons horizontales et de liens sociaux qui m’a inspiré.

La texture générale du bâtiment  est inspirée des rivas que l’on voit sur le grand canal à Venise. Ils m’ont suggéré, par leur beauté, l’agencement de deux matières précieuses que sont le bois d’acajou et les pièces en inox.

Comment est né le projet managérial ? Quel rôle a joué l’architecture proposée par Anne Démians dans ce processus ?

Françoise Mercadal : Nous avions bien entendu au moment du concours quelques idées sur le projet managérial que nous voulions mener à bien. Notre première volonté était de créer de l’enthousiasme, de donner l’envie d’aller à Val-de-Fontenay, d’embarquer nos collaborateurs. Nous voulions donner corps à un mode collaboratif. Cette ambition n’aurait pas pu être possible sans une architecture spécifique. Le travail d’Anne Démians est remarquable. Il y a dans son projet des choses extraordinaires : des cadrages, des perspectives, de la lumière ! Rendez-vous compte, ouvrir une fenêtre dans un bureau : c’est révolutionnaire ! C’est ce qui donne le sentiment d’être humain. Nous voulions insister sur le caractère différenciant des Dunes, qu’elles soient l’incarnation du numérique. Il fallait créer des lieux pour fédérer une communauté. Prenons, par exemple, le jardin : ce n’est pas un espace d’agrément ! Le travail mené de front par Anne Démians, Pascal Cribier puis Jean-Marie David a donné naissance à un jardin où l’on peut vivre et s’épanouir ! Il ne faut pas que le travail soit une torture. Il nous faut apporter de la valeur au monde. Il n’y a aucune nécessité de se faire mal. Il fallait offrir de la beauté. J’y vois une forme de respect à l’égard de nos collaborateurs. Nous avons voulu un espace innovant sans surenchère. Anne Démians a su se rendre disponible. Elle nous a proposé un paysage, sans esbroufe, ni redondance ; le tout, dans la plus grande simplicité.

Comment les Dunes se sont, a posteriori, adaptées au projet managérial ?

Anne Démians : Il s’est passé quelque chose de rare, lors de ce projet, dont je n’ai compris que plus tard l’importance : ma vision architecturale rencontrait une nouvelle vision managériale liée à l’ère du numérique qui allait s’étoffer et s’enrichir l’un et l’autre au fil de l’élaboration du projet et des échanges avec Société Générale.

La richesse spatiale des Dunes est la somme d’une addition d’expertises extraordinaires et d’un échange régulier avec Françoise Mercadal-Delasalles et Jean-Marc Castaignon.

J’ai eu la chance de pouvoir regrouper autour de moi, avec l’assentiment de Société Générale et de Françoise Mercadal-Delasalles, une « dream team » de paysagistes, de designers, de graphistes qui a permis de renforcer le dispositif spatial et de l’enrichir. Avec notamment Pascal Cribier et Jean-Marie David, paysagistes des extraordinaires jardins des Dunes, Christophe Pillet, designer hors pair qui a nourri la narration de la vallée et du business center, Ruedi Baur qui a su agréger signalétiques et différents langages graphiques, nous avons pu inscrire les Dunes dans la grande tradition française de l’architecture comme lieu de littérature et d’histoire.

Ruedi Baur : Anne Démians est venue nous chercher car elle considérait que la signalétique pouvait jouer sur la manière dont chacun pourrait percevoir l’espace et le pratiquer. Toutefois comment éviter une forêt de panneaux qui affectent généralement ce genre de lieu ? Comment conserver toute l’humanité d’un parti architectural sensible ? Il nous fallait être juste et rendre notre intervention la plus discrète possible.

Travailler aux Dunes, c’était être dans un univers comptable fait de chiffres et de nombres. Aussi, l’écriture s’est révélée être le contrepoint évident d’un monde mathématique et abstrait. Elle est à la fois fonctionnelle et lyrique. Nous avons dès lors fait travailler des calligraphes du monde entier. Nous avons également imaginé des poèmes calligraphiés qui viennent croiser des textes plus longs retranscrits à l’aide de nos caractères latins. Tous indiquent les montées d’ascenseurs. Ils débutent aux sommets des bâtiments pour descendre d’étage en étage jusqu’au niveau de la rue intérieure. Nous avons également fait travailler des graffeurs dans le parking. De l’audace pour une banque ! Cela allait toutefois de pair avec les ambitions fixées à l’origine par Société Générale. Nous n’avons fait qu’affirmer une volonté d’ouverture au monde.

SECONDE PARTIE : LA CONSTRUCTION D’UN PROJET

Le projet devait être le plus qualitatif mais aussi dans les prix du marché : quelle économie avez-vous imaginé pour ce projet ?

Anne Démians : Il fallait pour assurer la qualité du projet imaginer des dispositifs simples. Nous avons également travaillé des économies d’échelle. Nous n’avons toutefois pas renié sur l’innovation et nous avons travaillé des matériaux nouveaux (un bois recyclé et recyclable, une première en Europe) mais toujours selon une rationalité dans les assemblages.

Jean-Marc Castaignon : Nous nous sommes fixés pour impératif d’être dans les prix du marché. La valeur locative, dans le quartier est de 280 euros/m², du moins pour ce qui est des opérations récentes et semi-récentes. Nous avons atteint cet objectif. Toutefois, Société Générale n’avait pas pour ce projet de marge à faire. Il nous fallait des loyers bas et que l’immeuble soit, in fine, payé par les entités qui l’occupent.

Dans quelle mesure l’approche d’Anne Démians correspondait-elle parfaitement au modèle de la direction immobilière de la Société Générale ?

Jean-Marc Castaignon : le modèle de Société Générale, plus précisément de sa direction immobilière, est différent de ceux d’autres banques. Nous ne prenons pas de produit promoteur, nous ne faisons pas de VEFA, nous gardons la maîtrise du projet de A jusqu’à Z pour en assurer la meilleure qualité. Nous avons construit pour nous-même et non pour un autre occupant.

Comment avez-vous géré la question des appels d’offres ? Ils sont de par trop souvent la cause d’une paupérisation du projet…

Anne Démians : Nous avons imaginé une façade innovante. Pour ce faire, nous avons très tôt consulté une première entreprise pour développer une formule. Toutes les AMO nous disaient que nous allions, avec nos ambitions, dépasser, les coûts. Nous avons donc, très en amont, poussé très loin la spécificité de ces façades. Nous avons mis au défi une entreprise sans lui promettre, pourtant, de la retenir au moment de l’appel d’offre. Finalement c’est bien elle qui a été choisie.

N’était-ce pas une prise de risque pour elle et pour vous ?

Anne Démians : Ce n’est pas une prise de risque mais un mode opératoire. Je ne souhaite pas amener, droit dans le mur, ma maîtrise d’ouvrage. Il nous faut créer des chairs en école d’architecture pour imaginer de nouvelles façons de travailler avec les industriels.

Jean-Marc Castaignon : Je suis pour cette approche. Les bureaux d’études n’ont parfois pas les moyens de l’innovation. Et puis, lors de notre appel d’offre pour les façades, nous nous sommes retrouvés avec des industriels qui ont remis en cause le dessin. Notre objectif était avant tout au respect du dessin d’Anne Démians, à la qualité du bâtiment et à la tenue des délais. Ceci n’a été possible que par un travail en fort partenariat avec toutes les entreprises.

CONCLUSION

Anne Démians : Dans sa représentation physique, l’économie numérique questionne l’architecture du XXIe siècle. Les Dunes sont une réponse à ce questionnement. Cette réalisation est certainement, une nouvelle référence en matière d’innovation spatiale et managériale d’une nouvelle façon de travailler à l’ère du numérique.

Ce n’est pas le résultat qui est à reproduire mais la méthode et c’est la méthode mise en place dans ce projet que je considère comme exemplaire et j’ai bien l’intention de la prolonger dans d’autres projets pour toujours m’inscrire dans une attitude d’innovation active.

Ce qu’il y a de bien dans cette affaire c’est que nous avons tellement réussi et que la Société Générale s’identifie tellement aux Dunes, que je ne vais pas pouvoir proposer le même projet à une autre banque ; il va falloir que j’innove encore et encore !