Embarquement immédiat pour une ville durable

 Il s’agit dans ce propos d’explorer, voire de dessiner, des hypothèses censées définir les contours d’une ville responsable, bâtie moins sur des ordonnances que sur des raisonnements fiables et d’agir en conséquence pour diminuer, en priorité, nos émissions en carbone. Il s’agit de montrer que c’est par les mises à jour continues des bâtiments (réhabilitations suivies ou hybridations fortuites) que la ville faisant évoluer ses usages, sera moins émissive en carbone.

 Chapitre 1 : La ville et ses bonnes intentions

 C’était hier 

C’était un temps où les objectifs urbains et les contrecoups climatiques n’avaient rien en commun, sans qu’on s’en soit vraiment aperçu. Dès lors, et alors qu’ils paraissaient si solides, comment aurions-nous su comment agir pour nous séparer de tous ces modèles planifiés, dépassés par la raréfaction croissante des ressources naturelles de la planète ou par l’accroissement inflexible de la population sur terre ?

Est-ce parce que l’intérêt que nous portions à nos modèles économiques et sociaux se serait déplacé en rythme avec l’actualité, les alliances politiques renforcées, les désaccords scientifiques ou ces inventions insensées, sensées enrichir nos existences, sans que nous ayons pu maîtriser quoi que ce soit ?

Et, aurions-nous pu assimiler tout ça, sans essayer d’en rompre les mécanismes ? 

Car, à travers les différentes époques que nous avons croisées, on le sait, ce furent toujours les systèmes sociotechniques qui modifièrent nos comportements. Ceux qui, articulant nos sociétés et ses croyances, présidaient à nos malaises. Ceux qui, contrefaisant les réflexes que nous avions acquis, depuis tant de temps, accéléraient leur inefficacité.

Il s’agit donc bien de revoir la technique de nos villes et de leurs architectures.

L’internet fit réapparaitre l’idée de condominiums, du partage des espaces quotidiens comme de celui du travail, des villes gérées en assemblées, des mesures nouvelles et renforcées par les dernières combinaisons foncières. On constate que ces changements se fabriquent à travers l’accroissement fulgurant d’une économie nouvelle et d’activités plus universelles.

Différentes analyses évoquent une hybridation des cultures qui se développent de manière hypersonique, à travers des échanges permanents qui ouvrent à de plus grandes libertés d’expression et de mouvement, exceptées celles, encore vivaces, qui restent circonscrites aux réflexes dogmatiques des castes et des religions simplificatrices.

Car, plus l’énergie d’une ville se transforme en culture (voir l’identification et l’embellie des architectures qu’elle produit) plus elle s’hybride, comme se complexifie simultanément l’accès à la compréhension des composants essentiels, que sont ses architectures.

L’invention de l’ascenseur aura permis de construire plus haut et de modifier la densité de la ville. La voiture aura permis de nous déplacer de plus en plus loin (et de plus en plus vite), contribuant à l’étalement incontrôlable de l’urbanisation. Le téléphone mobile aura changé les comportements courants et facilité la multiplicité comme la simultanéité des actions, dans un temps compressé, en faisant exploser la notion de distance effective.

Le « recyclable » aura modifié la valeur d’usage, le « renouvelable », l’emploi de l’énergie.

Quand en parallèle

a/On constate, quelquefois découragé, notre incapacité à juguler la démesure commerciale, prioritaire sur toutes les autres, faite de mutations sociales et technologiques, quand il serait facile d’en recaler les facteurs serviables. La société, banalisant les effets d’une consommation excessive, elle reste durablement enracinée dans des décisions faibles et ordinaires, paralysant l’évolution des villes.

b/on se dit que la dimension planétaire de l’internet a définitivement changé la forme du travail et l’accès aux connaissances, pendant que le développement des villes et des territoires reste tenu par des règles obsolètes. Cette contradiction renforce le mitage de nos régions par des constructions toutes aussi inertes que destructrices, sans qu’elles n’émettent aucune idée d’avenir (82 000 m² de terres agricoles disparaissent chaque année, en France, pour peu de réussites).

c/Mal pensées et mal construites, les villes se figent par une réactivité beaucoup trop lente face à la vitesse d’évolution des complexités urbaines et des technologies galopantes. On le sait, elles n’évolueront que si elles se libèrent de l’emprise des stratèges du foncier qui raisonnent exclusivement en rendement ou si elles s’extraient de ces stratégies, encore plus restrictives, façonnées par les nouveaux ensembliers, prolongements directs des grandes entreprises françaises du BTP.

C’est pour demain

C’est ce temps innocent au cours duquel le développement des villes connaitrait une nouvelle Renaissance

La présence de 7 milliards d’individus sur terre nous rapproche précipitamment, et non sans inquiétude, du chiffre des 9 milliards d’individus avancé par les démographes. Pour répondre utilement aux besoins de cette démographie, en réelle expansion, il devient urgent de reconsidérer, le plus largement et le plus fondamentalement possible, ce que nous apprend l’évolution naturelle des espaces urbains, une fois les densités remises à jour.

Repensée avec ses extensions, la densité est le facteur majeur de la transformation des villes. Considérée comme la forme la plus efficace pour éviter de gaspiller les dernières ressources de la planète, elle réoriente la ville dans une direction neuve et pragmatique.

En effet, la planète est un gisement de ressources fossiles dont on atteint les limites d’exploitation. Et les énergies renouvelables, même si elles se substitueront un jour au nucléaire et au fossile, ne savent être dissociées de la production des terres réservables, terres arables et productives, capables de nourrir, depuis toujours, les hommes et la faune, comme de développer, en surface, la flore.

L’identification précise des ressources et la manière la plus économe de les exploiter comme de les stocker, sont donc les clés des prochains modèles socio-urbains. Aussi, faudra-t-il rendre nos constructions garantes de leurs propres projets et voir ce que cela veut dire en les inscrivant dans les actes, encore vierges, d’une nouvelle Renaissance.

On peut affirmer qu’apprendre à moins (ou à mieux) consommer, comme apprendre à moins (ou à mieux) construire, deviendrait alors code de conduite ordinaire.

L’action la plus efficace consisterait donc à inverser l’ordre des priorités actuelles.

On esquisserait les vides justes avant d’évoquer les pleins, on ancrerait des immeubles bien construits dans un paysage toujours vu et lu comme provisoire. Et on ne penserait à construire du neuf, que si on n’avait pas pu, avant, optimiser l’existant.

Il s’agit donc bien, là, de cette idée qui consiste à proposer des mécaniques urbaines et constructives bâties sur une dimension plus juste et très particulière, puis de les déposer ensuite sur le sol, dans des échelles variables. La ville resterait ainsi en lien interactif et continu avec son territoire.

Les marqueurs de cette conquête effective (beaucoup moins théorique) pourraient être ceux-ci :

1/ favoriser l’innovation dans les bâtiments et leur mutabilité en les soustrayant à la réglementation

2/ favoriser la biodiversité du territoire en portant plus d’attention au corridor vert.

3/ installer un modèle français comme la référence d’une politique d’échanges responsables.

4/ renforcer les trois grandes échelles d’intervention (ouvrage, quartier, territoire)             

5/ subventionner des idées pour agir : L’I.D.E.E

 1/ Innovation et mutabilité

Le numérique et la chronotopie, d’abord

La croissance de l’internet a des incidences certaines sur les modes de vie. « La Petite POUCETTE » de Michel SERRES permet de comprendre comment et combien le numérique a pu changer nos comportements au cours des dix dernières années. Cette énergie qui fonctionne en dehors de la physique des matériaux courants dématérialise nos rapports.

Elle s’est introduite dans nos phrases comme dans nos gestes, faisant glisser un pouvoir vertical et hiérarchisé vers un déploiement de décisions métissé, horizontal et plus collaboratif.

La conduite au travail s’en trouve modifiée et l’espace est bouleversé, qu’il se situe sur une échelle rapprochée ou sur une échelle territoriale. Les centres-villes se transforment, intégrant l’idée d’une « chronotopie » fidèle aux objectifs d’une occupation optimisée annoncée. Il s’agit, avec ça, de renforcer et de diversifier l’usage des surfaces, dans le temps, en leur attachant un calendrier qui optimisera leur mise à disposition.

Ce modèle horizontal, construit comme un étalon intelligent, dans lequel le temps est le facteur principal, renforce l’idée qu’on peut éviter de gaspiller des espaces, en donnant à les occuper plus de temps. Et, par conséquent, de construire moins.

La mutabilité, ensuite

Pour éviter de gangrener davantage un territoire mité par beaucoup trop de surfaces obsolètes et battre cette surenchère d’espaces mal maitrisés (5 millions de m² de bureaux restent vides aujourd’hui parce qu’ils ne sont plus adaptés aux exigences actuelles de fonctionnement), on glisse, dans de nouveaux immeubles, bâtis hors la perspective de péremption à 10 ans, cette idée de mutabilité qui s’inscrit obligatoirement dans l’ADN de chaque bâtiment.

Nous sommes, là, dans la logique de ne rien figer, de proposer des surfaces disponibles et de faire en sorte que les villes, devenues des « villes-outils », se transforment aussi vite que les usages l’exigent (changements d’affectations qui dépendent de cycles économiques devenus de plus en plus courts).

Cette mutabilité va incontestablement provoquer une nouvelle esthétique de la ville et des immeubles, de la rue et des espaces publics. Elle reste à découvrir et est certainement très éloignée des modèles proposés jusque-là.

Strasbourg, un exemple concret en cours de réalisation

La réversibilité des espaces est aujourd’hui traçable et vérifiable. Mise en place à l’occasion de l’opération dite des BLACK SWAN, construite à STRASBOURG, pour le compte d’ICADE, la réversibilité est une donnée tangible. Plus de hauteur sous plafond est donnée à la construction des logements qui constituent l’ossature du projet, améliorant ainsi le confort des habitations et permettant leur transfert vers des espaces de travail connectés. Une architecture plus banalisée de la façade (plus travaillée techniquement) contribue à cette disposition. Et sa texture concourt à augmenter la durée de vie du bâtiment.

Des espaces disponibles plus que des espaces dédiés sont proposés et l’ouvrage devient alors un espace capable, prêt à encaisser toutes les modifications d’affectations et de reconversions qu’on lui demande, sans aucune dégradation de son architecture et de son équilibre technique. Bien au contraire.

La réglementation enfin

Il devient urgent et capital de déréglementer. En effet, on devra engager des actions de dérèglementations si on veut faciliter la réalisation d’architectures aussi adaptables que disponibles ou si on pense élargir les profils de la ville à des figures plus avenantes et plus souples. On corrigera donc les règles en cours, beaucoup trop contraignantes afin de booster l’innovation.

En conclusion, il s’agira donc, en priorité, de :

1/de modifier les autorisations de construire en établissant des permis mixtes montrant les installations initiales et leurs destinations potentielles finales.

2/de modifier la règlementation technique (par exemple, s’affranchir du service de sécurité 24h/24h en proposant une sécurité alternative, mieux concertée avec les services de sécurité incendie)

3/d’uniformiser les hauteurs des constructions dites domestiques en réglant leurs hauteurs respectives à minima sur un même gabarit maximum (règle affichant aujourd’hui une hauteur maximum de 28m pour les bureaux et de 50 m pour les logements).

4/d’inciter à investir ou de stimuler fiscalement la construction au travers de crédits RCBCE, équivalents à la somme due et qui peuvent être utilisés à l’occasion d’une autre opération.

5/de proposer d’étendre le taux réduit de la TVA à la vente de la majorité des logements en s’en tenant à la directive TVA et en revenant à une durée de régularisation de la TVA, à 10 ans, au lieu de 20, pour éviter ses reversements

6/de proposer de ramener le taux de l’IS de 33% à 19%, pour les opérateurs qui s’engageraient, par exemple, à transformer leurs immeubles de bureaux en immeubles de logements, sous 15 ans.

 2/ Biodiversité

 Le nappage vert

C’est le pouvoir de mettre en œuvre, au niveau des agglomérations et des collectivités, une politique de gestion initiée par le public et étendue, à travers des mesures d’incitation à agir, au secteur privé. Ce sont des actions concrètes qui visent à ralentir la perte de biodiversité. Des corridors écologiques sont créés (ou renforcés) avec l’intention de préserver le plus d’espaces naturels et de terres agricoles possibles.

C’est un nappage vert qui préserve les caractéristiques végétales du territoire. C’est l’idée que moins construire et mieux construire permettent de plus grandes libertés d’action et de décisions pour la prochaine génération. Les territoires, laissés vacants, sont requalifiés par d’authentiques espaces de biodiversité suggérant, en contrepartie, de réaliser de la densité urbaine.

3/ Modèle français

Une politique d’échanges responsable

Et comme il s’agit de poser une politique d’échanges responsables (matériaux, énergies, ressources et savoir-faire) à travers tout le territoire, on proposera d’établir ses bases, en priorité, sur un modèle français de développement.

On sait bien que la réglementation et les certifications fran­çaises ne font aucune différence entre les régions Nord, Sud, Est et Ouest de la France. Car, quel que soit l’espace géographique sur lequel on construit, on subit l’esprit centralisateur et estampilloneur du contrôleur ou la pensée martiale du codificateur. La condition réglementaire, qui se montre plus généralisante que bienveillante, montre ses limites quand il s’agit du climat et de ses comparateurs thermiques.

Les orientations, le confort d’été, le confort d’hiver, les ponts thermiques, les isolations, l’inertie des ou­vrages, la dimension des ouvertures et même l’arrosage des jardins, sont exclus de toute logique spécifique ou régionale au profit de règles universelles construites sur des modèles administratifs toujours aussi autistes. Les objectifs y sont absents.

Les résultats qui sortent des études en cours montrent une certaine contre-productivité économique, portant sur des surabondances énergétiques (graves) ou des insuffisances calorifiques (inquiétantes). De grandes différences climatiques existent. (voir le nord et le sud de la France) en face desquelles il s’agit d’opposer la notion d’échanges responsables (dont nous parlions) et d’en exploiter les différences par voie règlementaire.

On rééquilibrerait alors les charges énergétiques à travers le territoire, comme on le fera bientôt avec les ressources agricoles, maritimes ou bioénergétiques (vent, pluie, eau, soleil).

L’eau douce et l’énergie propre

En même temps, et dépassant l’intérêt qu’on porte à l’indépendance énergétique des nations, la vraie indépendance des pays va s’organiser à partir de la raréfac­tion de l’eau, sur les réserves naturelles et sur l’énergie. L’eau douce et l’énergie propre vont devenir, de manière crois­sante, les nouvelles valeurs d’échange.

Face aux enjeux énergétiques mondiaux, un nouveau modèle français, qui découle directement de la situation géographique privilégiée du pays, peut émerger sur sa capacité à réorgani­ser les consommations et à accroitre son autonomie énergétique (sans oublier toutefois de les inscrire dans un système d’échanges avec les pays limitrophes).

Une ligne de partage nord/sud ou est/ouest.

La France possède, en effet, des terres, des mers, des côtes, des plaines et des mon­tagnes. Il y fait froid et chaud, au même mo­ment, sur une ligne de partage nord/sud ou est/ouest. On y croise des terres humides ou des terres sèches. On y répertorie des énergies re­nouvelables et des ressources naturelles, comme le soleil des régions sud, les vents des côtes d’ouest, les pluies du nord et la neige de sa façade est. L’eau y est présente, sous toutes ses formes, et en abon­dance.

C’est cette richesse de l’eau qu’on doit exploiter cardinalement dans toute ses dimensions.

 4/ Echelles diverses d’intervention

Il existe trois grandes échelles sur lesquelles appuyer un raisonnement est nécessaire pour rendre toute intervention pertinente (l’échelle de l’ouvrage, l’échelle des assemblages, celle du territoire)

Ces trois échelles désignent ce qu’on appelle la Ligne d’Echange Responsable

C’est sur l’échelle des lignes de partage nord/sud et est/ouest, qu’on peut créer un échange d’in­térêts spécifiques entre deux villes éloignées l’une de l’autre ou entre deux pays limitrophes l’un de l’autre, opposés sur le plan climatique. Des complémen­tarités se mettent alors en ordre sur une échelle macro-économique et sociale, en créant de nouvelles relations culturelles, économiques et industrielles dont les exercices se pratiquent entre des cibles territoriales ou urbaines consentantes.

 5/ Instituts pour un environnement évolutif

Mais qu’en est-il des supports universitaires, collégiaux ou républicains ?

Ins­tituts pour le Développement d’un Environ­nement Evolutif. (IDEE).

Pour agir efficacement et développer Pactes d’Intérêt Energétique (PIE) et Lignes d’Echange Responsable (LER), il est indispensable de monter et de financer des comités d’incitation à la réflexion, au développement et à la surveillance des applications. Ces hauts conseils de l’Environnement se présenteraient sous la forme de 4 Ins­tituts pour le Développement d’un Environ­nement Evolutif. (IDEE).

Ce seraient des établisse­ments gérés à la fois par l’Etat et par le privé, existeraient dans 4 des régions de France et fonctionneraient, trans­versalement, sur des morceaux de ville et des bâtiments, apportant aux maires, aux collecti­vités territoriales et aux régions, des propositions critiques ou constructives.

Une assemblée d’experts

Leurs réflexions se manifesteraient à partir de celles qui auraient été émises par une assemblée d’experts, élar­gie aux hommes de terrain. Des aides et des subventions d’Etat stimuleraient ceux qui se seraient inscrits sur ces Lignes d’Echange Responsable, auraient signé les pactes qui s’y référent et pousseraient toute réflexion théorique, suffisamment vérifiée, à se situer sur les champs opérationnels.

L’IDEE est renouvelé en permanence. Les membres sont choisis dans les des branches professionnelles et universitaires différentes : planification, en­vironnement, politique, paysage, économie, énergies, anticipation sciences, philosophie et architecture. 

 

RBR pacte intérêt énergétique bas carbone

 

RBR partage des ressources