Le bois des jambes de bois

Le bois ne s’inscrit pas historiquement dans la culture de la construction en France, à l’exception de ces exceptionnelles « cabanes au fond du jardin » chantées avec l’accent cathare ou de ces refuges de montagne, bâtis ainsi pour la facilité du transport en altitude.

On l’aura compris, le bois est une matière étrangère dont on aura constaté les qualités de construction dans l’ouest américain ou dans les contrées froides de l’Europe, là où les vikings en faisaient leurs vaisseaux et leurs toits, là où les cow-boys se protégeaient des vents de sable. Nos bois, à nous, ayant toujours été choisis de préférence pour construire nos hangars agricoles, nos meubles vendéens, nos métiers à tisser, nos cages de but, nos cabanons de plage ou nos pipes de bruyère n’avaient pas bonne presse. Jamais nos maisons, jamais nos édifices ne furent bâties par tenons et mortaises.

Alors, pourquoi fait-il son apparition dans la construction des bâtiments, maintenant plus qu’hier, en France ? ou pourquoi revient-il, comme dans les années 60, sur les parois intérieures de nos appartements ou de nos équipements ?

On pourrait y répondre simplement en évoquant les qualités écologiques du bois, sa dimension carbone peu élevée, sa texture chaude, le sentiment domestique et sensuel qu’il développe à son approche, mais ce serait oublier la dimension communicative et attractive qu’on lui attache aujourd’hui pour déplacer le marché de la construction prospective vers une démarche industrielle plus convaincante . En fait, le bois, n’est qu’un prétexte futile pour afficher cette dimension écologique, immédiatement compréhensible par n’importe quel élu démuni de sens critique et absolument nécessaire pour laisser croire qu’en en pratiquant la pose à volo, ce serait plus « durable » que les réponses archaïques qu’on pourrait encore faire. Rajoutez-y des plans de tomates à tous les étages et la boucle est bouclée.

On peut donc parler, ici, et sans autre forme d’écologie recyclée, de produit recyclé recyclable.

Quant aux architectes qui y entrent n’importe comment, parlons-en.

Patrick BOUCHAIN ( ses théâtres) Françoise JOURDA (sa halle PAJOL) et, aujourd’hui, Marc BARANI (son Brazza à BORDEAUX), réellement engagés dans le développement du bois ont pu montrer, dans des échelles variables, comment le bois pouvait accompagner la construction dans ce qu’elle a de plus noble. Et ce ne sont pas tous ces autres architectes ou ingénieurs, plutôt escrocs ou opportunistes que découvreurs, qui nous convaincront d’en mettre partout comme ils le font : vêture périssable, épiderme superficiel et déformable sous les différences de température, matière noircissant à la pollution, dévalorisant son support noble.
Le message transmis aux populations voisines ou concernées est une image faussée, jouant sur la nostalgie des désirs enfouis et des images de l’enfance, fondées sur ces barrières à vaches clôturant nos champs ou de nos jouets en bois, made in SWEDEN, les seuls que nous pouvions mettre à la bouche sans nous intoxiquer.

Alors, les DUNES, me direz-vous ? N’est-ce pas pourtant du bois qu’on aperçoit sur les façades ?

 

Certes, la formulation la plus performante de la forme voulue nécessitait de mettre en œuvre des composants proches de l’esprit des espaces partagés que nous voulions développer dans ce projet. L’application de nouvelles pistes en matière de matériaux devait précéder celles d’un travail en pleine mutation, tourné vers le rapport aux autres. La couleur du bois, son apparence, sa densité devait bien faire l’affaire. Encore fallait-il ne pas tomber dans une application primaire, reflexe simpliste d’un bois trop convivial.

Une piste scientifique et industrielle fut donc ouverte et je me dirigeai naturellement vers le JAPON, là où le bois relevait d’une pensée profonde et où la vie reconduite sous différentes formes avait un sens. Je m’intéressai à une matière imputrescible, forte en émotion produite, capable de résister à l’épreuve du temps en milieu urbain.

On appela cela du bois. Bien sûr. Mais voyez plutôt :
Ce bois est un bois reconstitué à 100% à partir de bois recyclés et 100% recyclables. Nous l’importions pour le proposer comme signe prospectif et communicatif d’un nouveau projet. L’enjeu était de taille. Nous devions poser plus de 200kms de bois sous la forme de lames. Le bois utilisé était un bois de synthèse, reconstitué à partir d’une pâte épaisse issue de bois ayant déjà eu une première vie. Et si c’était une matière nouvelle pour nous, c’était une matière qu’on utilisait depuis plus de 30 ans au JAPON.

Composite et souple, elle se broie industriellement et se reforme à partir d’une substance collante ne montrant aucune trace de pétrole. Montée autour d’un profil en aluminium extrudé puis micro-rayé afin de créer une forte adhérence entre l’un et l’autre, elle me permit de travailler sur des portées se situant entre 4 et 7 m, sans que j’eus besoin de points porteurs intermédiaires. C’est dire la résistance du matériau à la déformation et au temps. On peut donc parler, ici, et sans autre forme d’écologie recyclée, de produit recyclé recyclable.

Anne DEMIANS/ décembre 2016