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Questions à Monsieur le Maire de Nancy, Laurent Hénart

09 | 02 | 2015

Depuis le XIIe siècle, les décideurs successifs du destin de la ville, historiquement moderne, ont su avoir une vision d’ensemble. Laurent Hénart, maire de Nancy, s’inscrit pleinement dans cette lignée. Témoignage.

La ville de Nancy est historiquement une ville moderne qui a su se développer sur elle même au XIIe, XVIIe et XVIIIe siècle. De surcroit, une partie de l’ensemble urbain du XVIIIe est classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Comment aborder la modernité urbaine et l’innovation avec un tel héritage ?
Si l’on regarde Nancy au fil de ses différentes périodes d’évolution urbaine, on constate que la vision de la cité a toujours précédé la commande architecturale. Les faubourgs de la ville ont d’abord été agrégés au bourg castral d’origine, puis au XVIIIe siècle, il y a eu l’affirmation d’un message d’unité à l’occasion du rattachement de la Lorraine au Royaume de France. Au début du XXe siècle, est arrivée la richesse de l’Ecole de Nancy, fruit naturel de l’accueil des Optants. Tout cela se poursuit aujourd’hui avec la reconquête des Rives-de-Meurthe.

Les décideurs successifs du destin de la ville ont toujours su avoir une vision d’ensemble, en déterminant des lignes directrices permettant une juste répartition entre les équilibres existants et les programmations ambitieuses. Je m’inscris pleinement dans cette lignée, en veillant à ce que les interventions architecturales soient la résultante de l’affirmation d’un bâtiment et de son usage, au cœur de quartiers où cohabitent la richesse d’une mixité et l’héritage de l’histoire.

L’audace architecturale n’est jamais détachée de cette démarche : oser développer la ville sur des marécages ; affirmer un plan de développement d’une Ville Neuve en damier ; faire rayonner la puissance ducale autour d’un exceptionnel ensemble architectural ; accompagner l’Art Nouveau dans son maillage du territoire avec de multiples réalisations bâties ou de subtils détails architecturaux ; promouvoir les idées nouvelles sur l’habitat et la construction, à l’instar de Jean Prouvé… Voilà autant de décisions fortes et affirmées, parfois à contre-courant, qui permettent d’assumer la démarche particulière de la ville de Nancy. L’architecture nancéienne a aussi su intégrer positivement, et depuis longtemps, l’art décoratif dans ses réalisations. Une identité spécifique et un héritage que je veux également faire perdurer.

Les rives de la Meurthe représentent-elles le prolongement de la ville du XXIe siècle ?
Je dirais plutôt qu’elles représentent les enjeux et les questions de la ville du XXIe siècle. Le réaménagement du secteur des Rives-de-Meurthe, qui représente pas moins de 20 % du territoire communal, offre un espace immense, situé au cœur de l’agglomération, pour envisager la reconquête de la ville sur des zones inondables et des friches industrielles ou d’activité. De grands progrès ont été accomplis sous la houlette d’André Rossinot, qui a fait de la reconquête des friches et de l’aménagement des bords de la Meurthe un marqueur de son engagement au service des habitants de Nancy et du Grand Nancy.

C’est nécessairement un exercice qui doit se faire dans la durée et qui impose d’identifier les objectifs à long terme et les enjeux à dépasser : oublier la logique de quartiers dédiés et assurer une bonne mixité entre accueil d’habitants et d’activités ; offrir des lieux de vie, de loisirs et d’activités où l’on marie investissement, fonctionnement et beauté, en dépit des difficultés relatives à la raréfaction de l’énergie et des matières premières et aux difficultés des finances publiques… Il faut bien avoir conscience de l’échelle de temps que nécessite cette reconquête progressive : 50 ans se seront écoulés entre la pose de la première pierre du premier immeuble de la ZAC et la livraison du dernier bâtiment.

Quels sont les enjeux sur ce territoire (ex-friches industrielles) ?
Les enjeux sont de différents ordres. Les espaces publics étant la résultante des occupations laissées historiquement par l’habitat et l’activité, il convient de retisser la trame urbaine, en identifiant les vocations des usages privés et publics, afin de mettre en exergue les zones amenées à être partagées par l’ensemble des usagers de ce territoire. La requalification de friches industrielles, sans chasser l’activité mais en la réorganisant, nécessite de réfléchir aux vocations des terrains libérés, souvent vastes et bien placés, mais parfois pollués.

Cette zone est aussi la première zone d’activité de l’agglomération. La nécessaire couture engagée ambitionne tout à la fois de la positionner comme un secteur paysager de première importance, qui ne tourne pas le dos au canal ou à la rivière mais, au contraire, les magnifie, et également comme un poumon vivant qui permet de connecter naturellement les déplacements au cœur de l’agglomération. Elle doit également tenir lieu d’épine dorsale à l’échelle de la métropole.

Quelle modernité architecturale et environnementale Nancy cherche-t-elle à promouvoir ?
Nancy est riche de ces grandes écoles et des interactions qu’elles savent trouver entre elles. Bien évidement, l’école d’architecture y tient un rôle de premier ordre dans les propositions urbaines novatrices et pour insuffler un esprit général sur la réflexion architecturale et environnementale. Mais depuis toujours, à Nancy, on travaille les matériaux et les procédés, cela alimente naturellement la réflexion en amont et les techniques en aval et cela permet de constituer des filières, des implantations industrielles et des secteurs de recherche innovants et riches d’une interdisciplinarité et d’une ambition de développement.

Dans le même esprit, l’étroite relation entre architecture et arts décoratifs permet de redonner à l’acte de bâtir un élan de créativité, une fraîcheur de propositions et une richesse générale de propositions artistiques.

Le bâtiment Quai Ouest (Pertuy/Bouygues/architecture Anne Démians) se dresse fièrement le long du canal, en lisière du secteur sauvegardé, il marque un signal. Quel signal ?
Ce bâtiment porte différents messages. D’abord, il est une exposition affirmée de matériaux, qui est en rappel avec l’histoire profonde et structurelle de l’activité séculaire de la ville de Nancy. Il marque aussi l’équilibre entre densité et mixité : sur le site de l’Île-de-Corse, friche industrielle complexe, il porte un enjeu plus global que la ville de Nancy a à aborder, à savoir contribuer à un développement urbain harmonieux, qui permette l’accueil de populations ou d’activités supplémentaires, en ne reniant rien de son histoire. Ce bâtiment représente enfin une proposition architecturale diversifiée à la jonction du Secteur Sauvegardé, et de son exceptionnel patrimoine, et du quartier des Rives-de-Meurthe, espace de reconquête et de projets. Cette architecture de marquage, plus que de transition, permet de signifier et d’affirmer le passage d’un secteur de la ville à un autre et de faire adhérer les quartiers à une identité commune, portée fièrement par Nancy.

Laurent Hénart, Maire de Nancy

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