« Architectures d’hier, vers une ville durable », Conférence, Ecole de Chaillot, département de Formation de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, Paris

« Architectures d’hier, vers une ville durable », Conférence, Ecole de Chaillot, département de Formation de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, Paris

31 | 01 | 2020

ECOLE DE CHAILLOT, JOURNEE DE FORMATION GROUPE OGIC

LA VILLE AVENIR / UN ART D’ASSEMBLAGE, Vendredi 31 Janvier 2020


Introduction :

A l’intitulé « Construire pour une nouvelle nature de ville » je réponds à l’intitulé par « La ville avenir », qui est à double sens et qui nous projette délibérément vers le futur. Comment faire en sorte que la ville de demain se renouvelle sur elle-même et que, au-delà des effets de mode, elle s’adapte dans la durée aux nouveaux enjeux économiques et environnementaux.
Je vais tenter de partager avec vous cette démarche à travers quelques exemples marquant de l’architecture du XIXème et du XXème siècle, des projets neufs que j’ai livré récemment – les Black Swans à Strasbourg et les Dunes à Val de Fontenay – et des projets patrimoniaux que je suis en train de développer comme – Grand Nancy Thermal et l’Hôtel Dieu à Paris.

Jusqu’au XIXème siècle, un langage commun était partagé dans l’architecture, ce qui donnait un vocabulaire commun. C’est ce qui assurait une qualité cohérente à la production.
L’art de composition prévalait. La fonctionnalité des édifices devaient s’adapter à la forme.
Chambord est un exemple abouti de l’art de la composition associé à une symbolique simple et efficace. Les appartements du Roi étaient dans l’une des ailes tandis que dans l’autre se trouvait la chapelle. Au centre l’escalier de Chambord crée le lien avec le ciel.
Au XXème siècle le BAHAUS, le CIAM (Congrès International d’Architecture Moderne), balaient l’architecture classique et créent une alternative à l’éclectisme des styles qui étaient en vigueur à la fin du XIXème siècle et proposent de nouvelles références esthétiques et créatives plus en lien avec la modernisation de la société.
La Bahaus, fondé en 1919 par Walter CROPIUS, est un courant artistique concernant l’architecture et le design, la photographie, la danse. Ce mouvement pose les bases de nouvelles références artistiques.
Le CIAM (Congrès International d’Architecture Moderne) (1928-1956) promouvait une architecture fonctionnelle. La charte d’Athènes en 1933 a établi des zones indépendantes pour les 4 fonctions : la vie, le travail, les loisirs et les infrastructures de transport.
Le texte, très retravaillé par Le Corbusier, n’a été publié qu’en 1941 sous le titre La Ville fonctionnelle.
Ces concepts ont été largement adoptés par les urbanistes dans leurs efforts pour reconstruire les villes européennes après la Seconde Guerre mondiale ; ainsi, Firminy-Vert qui consiste en la réalisation d’un quartier neuf et la construction d’un modèle de logements sociaux, ou encore les plans de Mart Stam pour la reconstruction de Dresde. La ville de Brasilia peut être considérée comme une incarnation des principes de la charte.
A la fin du XXème siècle et en ce début du XIXème siècle le mouvement moderne a fait l'objet de critiques et à été remise en cause pour son manque de flexibilité notamment sur le zonage des 4 fonctions : la vie, le travail, les loisirs et les infrastructures de transport qui scindait l’usage des villes et tendaient à créer des zones qui allait à l’encontre de la mixité des quartiers pour avoir une ville vivante.
Aujourd’hui force est de constater que nous sommes dans une période de changement climatique, de mode de vie lié au développement du numérique et les réponses urbaines ne sont pas à la hauteur des attentes des habitants.. Les nouveaux quartiers ne font pas l’unanimité qu’elles soient à Bordeaux, à Lyon, Metz ou Paris on retrouve partout la diversité d’écriture au détriment d’une cohérence de la ville.
La perte du langage commun en architecture est liée à une inversion des paradigmes. Au lieu de penser la ville on met en avant l’originalité d’écriture de chaque architecte indépendamment de sa légitimité collective.

L’architecture du futur, est à mon sens plus un art d’assemblages qu’un art de composition.
En effet, que ce soient l’histoire, le climat, la topographie, la territorialité, l’économie, l’esthétique ou la règlementation, elles sont autant de paramètres qu’on assemble pour qu’un projet révèle un véritable ancrage au site et qu’il affirme sa légitimité.
Pour parler de l’architecture avenir, c’est la multiplicité des moyens nécessaires à mettre en œuvre pour atteindre l’équilibre de ses multiples composants et bien sûr provoquer l’émotion, cet état affectif, intrinsèque et universel sans lequel l’architecture, qu’elle soit du passé, du présent ou du futur, n’existe pas.

La perte du langage commun en architecture est liée à une inversion des paradigmes. Au lieu de penser la ville on met en avant l’originalité d’écriture de chaque architecte indépendamment de sa légitimité collective.

Démonstration par l’exemple : l’opération de la Porte d’Auteuil
En effet, pour concevoir et réaliser, les 400 logements de la Porte d’Auteuil qui nous avaient été confiés par Paris Habitat et par COGEDIM, nous avons, à quatre architectes, décidé de mettre en place un langage commun, (grammaire et vocabulaire) qui mettait en évidence les intérêts esthétiques et fonctionnels de la ville avant ceux d’une mise en avant de l’œuvre de chaque architecte, comme on le voit dans tous les dernières opérations immobilières d’envergure.
Les architectes, vous les connaissez tous. Ce sont Francis SOLER, Rudy RICCIOTTI et Finn GEIPEL. Et ce ne sont pas à priori des architectes sans langage personnel ou autonome, que je sache.
Ici, à la Porte d’Auteuil, on est davantage dans une configuration de moyens augmentés que dans une économie de moyens, en profitant de l’addition des moyens de chacun. Ce qui ne signifie pas, pour autant, une augmentation des moyens financiers de l’opération, qui aura été dotée, on peut le dire, du même budget que n’importe quelle opération parisienne de même nature.
On est plutôt dans une ambition exceptionnelle de projet, une addition de compétences et dans le pari d’une toute nouvelle méthode d’approche du projet qui peut conduire à une nouvelle forme de pratique et de résultats.
A l’économie de moyens nous avons mis en place l’éloge de la méthode que est une façon de faire une économie de moyens augmentée.
Le classicisme moderne

Le classicisme se retrouve dans l’analogie de nos ouvrages avec ceux de la période haussmannienne et dans la présence de jardins alternés. Sa forme moderne se traduit à travers le dessin de son plan de masse (ouvert et orienté) et l’homogénéité d’écriture qui apparait entre les quatre bâtiments et qu’on peut voir à l’approche des bâtiments
Le classicisme moderne, ainsi mis en application, nous permet de retrouver cette intemporalité dont la période actuelle nous prive.
Pour atteindre cette émotion, et au vu du contexte difficile actuel dans lequel nous évoluons la solution du classicisme moderne, est celle que je préfère mettre en avant pour redonner cette intemporalité dont la période nous prive.

Le classicisme moderne peut se résumer à cette chose très simple de plans et de schémas classiques associés à des grammaires nouvelles. Un assemblage qui permet d’éviter les effets de mode et de s’adapter dans la durée aux nouveaux enjeux.

Les trois échelles – La réversibilité des espaces – innovations techniques & esthétiques

1-Les trois échelles : l’immeuble, la ville et le territoire / la composition géographique, la mobilité, l’identité, l’orientation…

2- La réversibilité des espaces
Faire que la transformation soit incluse dans la conception initiale

L’esthétique de ce projet est issue d’un langage commun malgré la pluralité des programmes pour proposer un bâtiment capable de s’adapter à toutes les évolutions programmatiques sans que le quartier ne soit pénalisé par ces modifications d’usage.
Cette nouvelle esthétique prend racine dans la mémoire et le caractère industriel du site. Le mode répétitif de ses façades assure l’économie et la cohérence de l’opération tout entière. Et la variation de couleur qu’on peut voir en deuxième plan du dernier des trois bâtiments est là pour démontrer que la répétitivité peut être le socle de variation subtile qui ancre et oriente le projet dans le site. 2 tours sur 3 sont bleues et la 3ème est rouge. La position des tours se décalent l’une par rapport à l’autre pour ne pas se porter ombres les unes sur les autres.
Ce sont des variations atemporelles et émotionnelles.

Otto Steidl – Hausman
Personne n’a inventé la réversibilité. Hausman avec ses murs percés créent des bâtiments qui s’avéreront compatibles avec des activités tertiaires.
Otto Steidl plus près de nous propose en 1972, à Munich, des systèmes de montage rapide par boulonnages d’une structure à grande portée / système constructif monodirectionnel. On voit bien ici que l’on est plus dans l’assemblage de plusieurs paramètres constructifs, industriels, économiques, social, que dans un art de la composition avec une forme figée. Cet système de structure permet une alternance de pleins et de vide qui assureront une adaptabilité des usages selon les besoins des habitants.
Cette histoire contemporaine de la flexibilité commence avec Moshe safdie en 1967 à Montréal. La flexibilité de la ville en 3D.
Puis se poursuit en 1968 dans le quartier de la Nerac, avec Jacques Bardet qui voulait lutter contre l’habitat pavillonnaire.
Il posait déjà la question de l’économie du territoire en essayant de proposer une alternative au mitage par les pavillons individuels. On voit chacun possède un espace extérieur protégé de la vue du voisin. Cette réponse permet également de répondre pour partie à des questions énergétiques.

Les Black-Swans à Strasbourg ici, encore, c’est la ville qui compte d’abord. Elle est prépondérante dans mes choix.

J'avais voulu installer ce projet dans l’équilibre de deux temporalités : celle plus immédiate d'une réalisation installée dans un site et celle, plus longue, des évolutions qu’elle subirait sans remettre en cause l’intégrité de sa construction.
Alors, me direz-vous, pourquoi les Black Swans ?
C’est simplement parce que le site est marqué par la présence de grands bassins sur lesquels glissent très élégamment des cygnes blancs. L’élégance de ces oiseaux, rendus graciles par le port dressé de leur cou sur leur forme massive, m’avait inspirée

Les Black Swans, c’est surtout la pensée artistique qui fait tout basculer.
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Avec le basculement des cygnes blancs du bassin André MALRAUX à Strasbourg en cygnes noirs tout droit sortis du film BLACK SWAN d’ARONOFSKY, je révèle la dimension romantique de cet ancien site industriel et, donc, j’attache plus directement cette réalisation à son site.

Transformation de bureaux en logements

Trame unique / système porteur en façade et sur les noyaux pour libérer les transformations

Industrialisations

Aller plus loin / des immeubles pas tout à fait finis

Hybridations

Les Dunes – Val de Fontenay

L’architecture est le révélateur, le traducteur, et au mieux une façon de sublimer le fonctionnement de notre société.
Frank Lloyd Wright a réalisé, une cathédrale dédié au travail pour la Johnson wax. Il a considéré que l’environnement n’était pas suffisament qualitatif pour ouvrir sur l’extérieur mais cela lui permettait de mettre en place un espace complètement intériorisé. Ce qui correspondait à un mode de fonctionnement de l’entreprise à l’époque très paternaliste et chaque employé contribuait au développement de l’entreprise et ne devait pas être distrait par l’extérieur.
L’entrée principale se fait par le garage sachant que la voiture était le signe fort de la modernité.

Ici, au Dunes, 80 ans plus tarc, c’est au contraire un système complètement ouvert sur le paysage lointain, comme métaphore de l’ouverture de la Société Générale sur le monde entier.

Pour la réalisation des DUNES, le siège de la Société Générale à Val-de-Fontenay, l’enjeu était double.
Il nous fallait déplacer en une seule fois 5 500 personnes sur le site (Pour cela, 100 000m2 étaient nécessaires, construits sur une parcelle de 23 000m2). Puis, intégrer une disposition managériale inédite, et de tout premier plan, pour faciliter l’introduction du numérique sur les plateformes de la banque.
Le système de développement horizontal fut préféré à la disposition verticale des espaces, plus favorable au travail collaboratif. Puis, à la figure classique de la cour carrée, entourée de 4 bâtiments, j’ai substitué celle plus moderne de 3 sillons parallèles, peu profonds et hauts sur leur crête.
Cette pièce urbaine est unique. Elle n’a, ni début, ni fin. Par ses alignements, elle traite de la grande échelle en mettant en place un bâtiment paysage qui pallie au déficit d’urbanité du quartier dans lequel il s’insère.
Car, c’est bien de la mise en scène d’une amorce de territoire dont on parle, ici, et pas d’une réalisation totalement achevée et refermée sur elle-même.

3 strates reliées par 2 rues superposées…

Cette idée d’un tracé géométrique simple, constitué de parallèles, vient pourtant d’une pensée organique. Le tissu vivant qui l’inspire, c’est celui des Salins de Giraud en Camargue. Un espace naturel (la dune et la plage) qui accueille chaque été des estivants venus avec leurs caravanes, mais aussi des baraquements en tous genres faits de bric et de broc.
C’est une organisation urbaine, sauvage et spontanée, agissant en autogestion et qui se compose de deux ou trois alignements parallèles à la mer. Les espaces dégagés sont linéaires, plus ou moins encadrés par les logis de fortune. Et toute la communauté se règle sur ces espaces en long, tracés spontanément et sans hiérarchie entre la mer et la dune. Mais ne s’interdisant jamais cette liberté de franchir transversalement les lignes.
Les Dunes à Val de Fontenay s’inspirent de cette efficacité immédiate, sans hiérarchie de constructions, ni d’habitudes d’emplacements.
C’est l’antithèse des modèles des années 70, statiques et fermés.
L’analogie avec cette structure sociale modeste et le grand capitalisme qui cherche à humaniser les conditions de travail à travers l’introduction du numérique, est l’occasion pour moi de rapprocher 2 mondes, en réalité, pas si éloignés que cela, quant à leurs aspirations.

Hôtel Dieu et Nancy Thermal
La ville avenir c’est aussi la restructuration de bâtiments existants.
Il s’agit, dans ce chapitre, d’explorer les voies d’une hybridation possible avec ce que nous laisse l’histoire et qu’on appelle communément le patrimoine. Il s’agit aussi de montrer que c’est par une relecture savante de ses composants qu’on prolongera pertinemment des ouvrages considérés en déshérence esthétique et technique.
On devra considérer que, dans ces cas particuliers, mais se faisant de plus en plus fréquents, bâtir par-dessus le bâti existant, c’est faire acte d’économie responsable

La transformation d’un bâtiment ne permet pas de faire l’économie d’un diagnostic particulier pour chaque bâtiment ou à chaque situation. Elle nous oblige à des réflexions spécifiques et pertinentes, adaptées, d’une part, à ce qu’on trouve sur les sites et dictées, d’autre part, par tous les objectifs qu’on lui aura fixés.

LE GRAND NANCY THERMAL sera le plus grand centre thermal de l’EST rien que par l’accueil de ses 17 000 curistes envisagés / an. Le centre thermal est situé près de la gare

Le projet est porté par la métropole LORRAINE. La revitalisation du site contribuera à augmenter son attractivité.

Louis LANTERNIER, est un architecte qui, en 1914, à la suite à la découverte d’un forage d’eau dont la température avoisinait les 36°, construit les thermes de NANCY. Ceux-ci seront arrêtés en 1917, à sa mort ; Les thermes forment une œuvre inachevée qu’il s’agit désormais de terminer.

Est-ce que la façon de reconstruire la ville sur la ville n’est pas une occasion de réparer les erreurs du passé ? Dans les années 70, le bâtiment a été rejeté et réduit à un vulgaire décor laissé à l’abandon. Un nouveau centre de sports et de loisirs s’est intercalé devant la façade d’accès des thermes et s’est interposé entre le quartier et le jardin Sainte-Marie.

Mais, comment terminer cette belle symétrie jamais achevée ?
Deux solutions, pour cela, existaient :
1/ Soit en répliquant l’existant avec le risque évident, compte tenu de la compétence perdue en matière de complexité sur la pierre, de faire moins bien que l’original
2/ Soit en essayant l’hybridation des styles.

J’ai tenté plutôt l’hybridation des styles avec une nouvelle mise en scène de la façade historique. C’est la juxtaposition d’une écriture contemporaine qui réinvente le regard qu’on peut porter sur elle. J’accole, alors, et de façon symétrique, un volume habité, de même gabarit. C’est le négatif assumé de l’original, à la fois à travers sa couleur (noir pour blanc) et ses lignes de façades (horizontales pour verticales).

C’est une organisation en plan similaire (figure circulaire centrée dans une figure carrée et surmontée d’un dôme visible depuis le lointain. Le béton pierre du bâtiment historique et le métal utilisé pour le bâtiment contemporain, sont les nouvelles matières de cette hybridation assumée. Ils ne fabriquent plus qu’une seule architecture.

L’hybridation et la confrontation des styles renforcent la puissance de la compacité du bâtiment. Une image composite et hybride apparait alors comme une immense tablette en noir et blanc, posée sur le vert d’un jardin dessiné avec une grande simplicité.
L’ensemble du projet expose à la fois des pièces anciennes et des pièces modernes.

Les jardins des thermes sont grands et dégagés de toute construction et de tout véhicule pouvant interrompre les grandes perspectives vers le Parc Sainte-Marie.
Un tapis végétal continu et planté de quelques bosquets d’arbres dont les essences sont les mêmes que celles du Parc Sainte-Marie prend place entre les thermes et l’hôtel.
On reprend l’histoire dans le sens où elle s’est arrêtée en 1917

Nancy thermal / compacité permet de regrouper un programme hétérogène dans un même bâtiment des formes anciennes et des formes modernes.
Il s’agissait de défaire l’irresponsabilité des années 1970 qui avait saccagé la composition originelle pour s’étaler
Procédé innovant non pas dans les matériaux mais dans les assemblages constructifs à titre d’exemple le dôme

Hôtel Dieu
On n’est pas du tout sur un durable convenu. On est dans durable mémoriel. Comment faire durer ce bâtiment dans le temps. On le portant dans le futur par des éléments ponctuels, avec un travail attentif aux grands linéaments du projet qui en font ces caractéristiques originelles.
On est dans un bâtiment qui rapproche l’antériorité de Notre-Dame par sa facture historique néo-renaissance. On est dans l’obligation de cette continuité mémorielle sans toucher ces caractéristiques extérieures et sans faire du pastiche. On l’accompagnant d’un fonctionnement moderne qui va lui permettre de durer.
L’attitude durable était dans faire le moins possible et de prolonger l’histoire par des éléments ponctuels contemporains sans pastiche.