« Quel futur pour l’Architecture ? », Débat, Cité de l’Architecture et du Patrimoine, Paris

« Quel futur pour l’Architecture ? », Débat, Cité de l’Architecture et du Patrimoine, Paris

14 | 01 | 2020

CITE DE L’ARCHITECTURE ET DU PATRIMOINE , TABLE RONDE ANIMEE PAR FRANCIS RAMBERT

QUEL FUTUR POUR L’ARCHITECTURE ?
ECONOMIE DE MOYENS VERSUS NOUVELLE ECONOMIE

Vidéo:https://www.citedelarchitecture.fr/fr/video/quel-futur-pour-larchitecture-economie-de-moyens-versus-nouvelle-economie


Introduction :

Pour parler de l’architecture du futur, ce n’est pas l’économie de moyens qui m’intéresse mais plutôt la multiplicité des moyens nécessaires à mettre en œuvre pour atteindre l’équilibre de ses multiples composants et bien sûr provoquer l’émotion, cet état affectif, intrinsèque et universel sans lequel l’architecture, qu’elle soit du passé, du présent ou du futur, n’existe pas.
Pour atteindre cette émotion, et au vu du contexte difficile actuel dans lequel nous évoluons la solution du classicisme moderne, est celle que je préfère mettre en avant pour redonner cette intemporalité dont la période nous prive.
Je m’explique :

Le classicisme moderne peut se résumer à cette chose très simple de plans et de schémas classiques associés à des grammaires nouvelles. Un assemblage qui permet d’éviter les effets de mode et de s’adapter dans la durée aux nouveaux enjeux.

Mais revenons à l’intervention d’Éric Lapierre

L’économie de moyens

Trop de formes et trop de concepts ne sont pas propices à la qualité de l’expression d’un bâtiment, c’est un fait. Et cette affirmation à toujours prévalue dans la longue histoire de l’architecture. La complexité et la diversité sont plutôt des caractéristiques à l’échelle de la ville.
(Désaccord)
Cependant, il faut faire le distinguo d’un côté entre l’idée principale portée par un bâtiment et de l’autre par les multiples paramètres à résoudre pour réaliser une œuvre pertinente. On ne peut pas accepter cette attitude qui consiste à de ne faire « que ce que l’on nous laisse faire », au risque de se retrouver très prochainement amputé de ce qui caractérise l’architecture et de n’être plus considérés que comme des designers de façades.
Dans les années à venir, au lieu de réduire, la dimension de l’action de l’architecte, il faut au contraire la déployer avec plus d’exigence et de compétence. Le tout, au mieux, en un seul individu (comme à la Renaissance) ou à plusieurs individus (dans le cas d’expertises augmentées).

L’architecture du futur, est à mon sens plus un art d’assemblages qu’un art de composition.
En effet, que ce soient l’histoire, le climat, la topographie, la territorialité, l’économie, l’esthétique ou la règlementation, elles sont autant de paramètres qu’on assemble pour qu’un projet révèle un véritable ancrage au site et qu’il affirme sa légitimité.
L’architecture du futur, art d’assemblage, passe par la parfaite synthèse de l’ensemble des points multiples qui constituent, ensemble et coordonnés, le corps entier d’une architecture. Pour cela, il faut axer la formation des architectes vers une parfaite maitrise de la synthèse. Ce que plus personne, en dehors d’un architecte, ne sait faire.

Le langage commun

La perte du langage commun en architecture est liée à une inversion des paradigmes. Au lieu de penser la ville on met en avant l’originalité d’écriture de chaque architecte indépendamment de sa légitimité collective.

Démonstration par l’exemple : l’opération de la Porte d’Auteuil
En effet, pour concevoir et réaliser, les 400 logements de la Porte d’Auteuil qui nous avaient été confiés par Paris Habitat et par COGEDIM, nous avons, à quatre architectes, décidé de mettre en place un langage commun, (grammaire et vocabulaire) qui mettait en évidence les intérêts esthétiques et fonctionnels de la ville avant ceux d’une mise en avant de l’œuvre de chaque architecte, comme on le voit dans tous les dernières opérations immobilières d’envergure.
Les architectes, vous les connaissez tous. Ce sont Francis SOLER, Rudy RICCIOTTI et Finn GEIPEL. Et ce ne sont pas à priori des architectes sans langage personnel ou autonome, que je sache.
Ici, à la Porte d’Auteuil, on est davantage dans une configuration de moyens augmentés que dans une économie de moyens, en profitant de l’addition des moyens de chacun. Ce qui ne signifie pas, pour autant, une augmentation des moyens financiers de l’opération, qui aura été dotée, on peut le dire, du même budget que n’importe quelle opération parisienne de même nature.
On est plutôt dans une ambition exceptionnelle de projet, une addition de compétences et dans le pari d’une toute nouvelle méthode d’approche du projet qui peut conduire à une nouvelle forme de pratique et de résultats.
A l’économie de moyens nous avons mis en place l’éloge de la méthode que est une façon de faire une économie de moyens augmentée.
Le classicisme moderne

Le classicisme se retrouve dans l’analogie de nos ouvrages avec ceux de la période haussmannienne et dans la présence de jardins alternés. Sa forme moderne se traduit à travers le dessin de son plan de masse (ouvert et orienté) et l’homogénéité d’écriture qui apparait entre les quatre bâtiments et qu’on peut voir à l’approche des bâtiments
Le classicisme moderne, ainsi mis en application, nous permet de retrouver cette intemporalité dont la période actuelle nous prive.
On ne peut pas tout réinventer à chaque fois, au risque de perdre cette continuité historique qui permettrait de renouer le lien avec notre époque…
Réinventer Paris et Réinventer la Métropole n’auront rien réinventé. On se sera contenté de faciliter la commande à une architecture de communication, paravent stratégique bien pratique pour faire oublier l’absence totale de vision futuriste.
Autre exemple : les Black-Swans à Strasbourg ici, encore, c’est la ville qui compte d’abord. Elle est prépondérante dans mes choix. L’esthétique de ce projet est issue d’un langage commun malgré la pluralité des programmes pour proposer un bâtiment capable de s’adapter à toutes les évolutions programmatiques sans que le quartier ne soit pénalisé par ces modifications d’usage.
Cette nouvelle esthétique prend racine dans la mémoire et le caractère industriel du site. Le mode répétitif de ses façades assure l’économie et la cohérence de l’opération tout entière. Et la variation de couleur qu’on peut voir en deuxième plan du dernier des trois bâtiments est là pour démontrer que la répétitivité peut être le socle de variation subtile qui ancre et oriente le projet dans le site. 2 tours sur 3 sont bleues et la 3ème est rouge. La position des tours se décalent l’une par rapport à l’autre pour ne pas se porter ombres les unes sur les autres.
Ce sont des variations atemporelles et émotionnelles.

Les Black Swans, c’est surtout la pensée artistique qui fait tout basculer.

En effet, avec le basculement des cygnes blancs du bassin André MALRAUX à Strasbourg en cygnes noirs tout droit sortis du film BLACK SWAN d’ARONOFSKY, je révèle la dimension romantique de cet ancien site industriel et, donc, j’attache plus directement cette réalisation à son site.


Sont utiles et belles les formes qui révèlent l’accord entre les exigences de la matière et les aspirations de l’esprit. Charlotte Perriand

Utopie, théorie, pratique

C’est donc ainsi qu’on établit des systèmes théoriques qui devraient servir de base, en toutes circonstances, à l’édification de bâtiments. Or, ce qui manque précisément aujourd’hui pour construire cohérent et pertinent, c’est précisément l’absence de systèmes théoriques comme on a pu les croiser dans la période moderne, avec le BAHAUS ou la ville dans l’espace d’ARCHIGRAM et de Yona FRIEDMANN. Et l’architecture ne peut se passer de références utopiques, d’abord, de systèmes théoriques qui en découlent, ensuite, et de mise en pratique, enfin, pour être parfaitement complète.

C’est de la prise de conscience récente sur la survie de la planète qui peut remplir à elle seule, ces trois valeurs essentielles pour construire un futur en architecture et en définir un nouveau langage qui sera alors, authentique et forcement inédit.

Aujourd’hui la dimension habituellement extraordinaire de l’utopie nous est donnée par les scientifiques sur l’état de l’environnement et sur les solutions qu’ils proposent et qui dépassent le registre restreint de l’architecture. Et ce ne sont pas les divagations de l’architecte Vincent CALLEBAUT ou les dictats du bois a tout va, édités par des individus qui apparaissent davantage comme des actionnaires majoritaires de la filière bois que de vrais constructeurs, qui constituent cette base théorique dont les architectes ont besoin pour réfléchir, puis bâtir.

Anne DEMIANS,
Le 14 janvier 2020